La Conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant



La conquête de l’Angleterre par Guillaume, duc de Normandie, en 1066, est l’un des événements les plus marquants de l’histoire médiévale.

Cette invasion, motivée par la revendication de Guillaume sur le trône d’Angleterre, change à jamais la structure politique, sociale et culturelle du royaume anglais.

La Prétention de Guillaume au Trône d’Angleterre

La conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant trouve son origine dans la question de succession à la mort du roi Édouard le Confesseur en janvier 1066.

Édouard, qui n’a pas de descendant direct, laisse une situation ambiguë en matière de succession. Guillaume, duc de Normandie, prétend que le trône lui a été promis par Édouard lors d’une visite en Normandie en 1051, alors qu’Édouard était en exil et que la Normandie l’avait soutenu.



Saint Edouard le confesseur, roi d'angleterre et saint cannonisé en 1161

Par ailleurs, Guillaume affirme qu’Harold Godwinson, le plus puissant noble anglais et beau-frère d’Édouard, a juré en 1064 de soutenir sa prétention au trône. Cependant, après la mort d’Édouard, le Witenagemot (conseil des nobles anglais) choisit Harold comme roi, qui est couronné immédiatement.



Le Witenagemot, conseil de nobles anglais

Guillaume considère cela comme une trahison et un affront à ses droits. Soutenu par le pape Alexandre II, qui voit dans cette invasion une opportunité de renforcer la foi chrétienne en Angleterre, Guillaume se prépare alors à envahir le royaume pour faire valoir sa revendication.

La Prise de Pouvoir : L’Invasion et la Bataille de Hastings

Guillaume rassemble une flotte impressionnante et une armée d’environ 7 000 hommes, comprenant des chevaliers, des fantassins et des archers normands, bretons et flamands. Il traverse la Manche en septembre 1066 et débarque à Pevensey, dans le sud de l’Angleterre, où il établit rapidement une base militaire.



La flotte de Guillaume le Conquérant.

Pendant ce temps, Harold Godwinson est occupé au nord, où il repousse une invasion menée par le roi norvégien Harald Hardrada, qui revendique également le trône. Après avoir vaincu les Norvégiens lors de la bataille de Stamford Bridge, Harold se précipite vers le sud pour affronter Guillaume, marchant avec une armée épuisée.

Le 14 octobre 1066, les forces d’Harold et de Guillaume se rencontrent près de Hastings. La bataille est longue et sanglante : les deux armées s’affrontent toute la journée, et la victoire semble osciller entre les deux camps. La discipline et les tactiques des Normands, en particulier leur utilisation de la cavalerie lourde, finissent par l’emporter. Harold est tué dans la bataille, frappé par une flèche. Sa mort laisse les troupes anglaises démoralisées, et Guillaume ressort vainqueur.



La bataille d'Hastings (tapisserie). On remarque les archers et la cavalerie lourde normande.

La victoire de Guillaume à Hastings marque la fin de la résistance anglaise. Il poursuit sa progression vers Londres, et en décembre 1066, il est couronné roi d’Angleterre à l’abbaye de Westminster. Ce couronnement marque le début d’un règne normand, et représente une rupture majeure pour l’Angleterre.



Couronnement de Guillaume à Westminster

L’Installation du Pouvoir Normand : La Répression et la Réorganisation

La victoire militaire de Guillaume n’est que le premier pas dans la conquête de l’Angleterre. Les années qui suivent sont marquées par une pacification brutale et une réorganisation radicale de la société anglaise. Guillaume doit affronter de multiples révoltes locales de la noblesse saxonne, qui refuse de se soumettre.

Pour consolider son pouvoir, Guillaume réprime violemment les rébellions, notamment dans le nord de l’Angleterre. Entre 1069 et 1070, il mène ce que l’on appelle " Harrowing of the North" (le Ravage du Nord), une campagne de destruction systématique visant à briser la résistance.

Des villages entiers sont rasés, et les terres sont brûlées, laissant des régions entières dévastées et la population en grande difficulté.



La conquête ne s'arrète pas à Hastings. Après la bataille, Guillaume doit encore matter des rebellions dans tout le pays.

Guillaume redistribue ensuite les terres, confisquées aux nobles anglo-saxons, pour les donner à ses chevaliers normands et à l’aristocratie qui l’a accompagné lors de l’invasion.

Cette réorganisation foncière permet d’installer une nouvelle noblesse normande, qui assoit sa domination sur le pays. En quelques années, l’aristocratie anglo-saxonne est largement remplacée par une aristocratie normande, créant une rupture nette avec le passé.

Le Domesday Book : Contrôle Fiscal et Territorial

Pour mieux administrer et contrôler son nouveau royaume, Guillaume ordonne en 1085 la rédaction du "Domesday Book", un recensement complet des terres et des ressources en Angleterre. Ce document permet à Guillaume d’évaluer précisément les richesses de son royaume et de répartir les impôts de manière plus juste et efficace.

Le Domesday Book est une innovation remarquable pour l’époque, car il détaille les propriétés, les revenus et les habitants de chaque région. Ce document, une des premières traces de recensement au moyen-âge, témoigne de l’administration rigoureuse instaurée par Guillaume et de sa volonté de centraliser le pouvoir. Il devient une référence pour l’administration anglaise et offre un aperçu détaillé de la société anglaise de l’époque, une mine d'or pour les historiens !



Page du Domesday Book.

La Construction de Châteaux : Une Stratégie de Contrôle

Les Normands construisent de nombreux châteaux en Angleterre pour renforcer leur emprise. Ces châteaux deviennent des symboles visibles du pouvoir normand, et leur présence permet de surveiller les populations locales et de dissuader toute révolte.

Les constructions les plus emblématiques incluent la Tour de Londres, un édifice imposant qui symbolise la domination de Guillaume sur la capitale anglaise. Les châteaux deviennent des centres de pouvoir locaux, administrés par des barons fidèles au roi, qui y exercent leur autorité sur les terres environnantes.



La tour de Londres.

Les Conséquences Culturelles et Politiques de la Conquête

La conquête normande transforme radicalement la société anglaise. Elle introduit le français comme langue de la cour, de l’administration et de la justice, remplaçant l’anglais comme langue de l’élite.


La conquête modifie également le système de lois et d’administration en Angleterre. Le féodalisme, tel qu’il est pratiqué en Normandie, est introduit dans le royaume, structurant la société en un réseau de vassalités et d’obligations militaires.

Le serment de Salisbury en 1086, par lequel les barons normands jurent allégeance directe à Guillaume, renforce cette hiérarchie féodale et assure l’autorité directe du roi sur ses vassaux.



Vassal prêtant allégeance à son souverain.

La conquête de l’Angleterre par les Normands entraîne également une évolution de l’Église anglaise. Guillaume impose des réformes ecclésiastiques, destitue plusieurs évêques anglo-saxons et les remplace par des évêques normands. Il encourage également l’implantation de nouvelles abbayes et monastères, intégrant davantage l’Église anglaise dans le réseau romain européen.

L’Héritage de la Conquête Normande

La conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant a des conséquences durables. En imposant une nouvelle élite et en réorganisant la société, Guillaume transforme profondément le royaume. Cette conquête renforce l’autorité royale, installe une administration centralisée, et lie l’Angleterre au continent européen, notamment à la Normandie et à la France.

Cette domination normande influence les ambitions territoriales de la monarchie anglaise : les rois d’Angleterre, descendants de Guillaume, vont maintenir des prétentions sur le territoire français, conduisant aux futures tensions entre l’Angleterre et la France, qui culmineront avec la guerre de Cent Ans au XIVᵉ siècle.

En conclusion, la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant est un tournant majeur pour le royaume et pour l’Europe médiévale. En une seule génération, elle transforme une société, restructure ses institutions, et laisse un héritage politique et culturel qui perdurera à travers les siècles.