Le Prince Noir : Stratège et Fléau de la France



Édouard de Woodstock, connu sous le nom de Prince Noir, est l’une des figures les plus marquantes de la guerre de Cent Ans. Fils aîné du roi Édouard III d’Angleterre, il naît en 1330 à Woodstock, près d’Oxford. Guerrier redoutable et stratège habile, il s’illustre par ses nombreuses chevauchées, ces campagnes de pillage qui affaiblirent durablement la France. Il fut à la fois admiré pour sa maîtrise militaire et redouté pour la brutalité de ses méthodes.

Une Jeunesse Royale et Prometteuse

Fils d'Édouard III et de Philippa de Hainaut, Édouard de Woodstock bénéficie dès son plus jeune âge d'une éducation militaire et politique. Dès l’âge de huit ans, il est désigné « gardien du royaume » en l’absence de son père, alors en campagne militaire. Cette responsabilité précoce reflète l’importance qui lui est accordée comme héritier du trône d’Angleterre.

C’est à l'âge de seize ans qu’il fait ses premiers pas sur le champ de bataille. Lors de la bataille de Crécy, en 1346, il commande l’aile droite de l’armée anglaise, sous la supervision de son père. Cette victoire décisive marque le début de sa légende. Bien qu’il frôle la mort lors de cette bataille, le jeune prince montre déjà un grand talent pour galvaniser ses troupes et manœuvrer sur le terrain.



Bataille de Crecy

Les Chevauchées du Prince Noir : Une Stratégie de Terreur

Les chevauchées, qui caractérisent la guerre de Cent Ans, consistent en des campagnes rapides menées en territoire ennemi, destinées à piller, incendier et ruiner les terres adverses. Ces raids avaient pour objectif d’affaiblir l’économie française, de semer la terreur et de forcer le roi de France à livrer bataille en terrain désavantageux. Le Prince Noir devint un maître dans l'art de ces campagnes.

La chevauchée de 1355 : Dévastation dans le Sud-Ouest

En septembre 1355, Édouard de Woodstock débarque à Bordeaux, mandaté par son père pour protéger les territoires anglo-aquitains. Deux semaines après son arrivée, il mène une campagne dévastatrice à travers le Sud-Ouest de la France. Son armée ravage les comtés d’Armagnac, d’Astarac et du Languedoc, incendiant villages et récoltes sur son passage. 

- Carcassonne et Narbonne : Les faubourgs de ces villes, dépourvus de défenses, sont détruits. Bien que les cités fortifiées résistent, les régions environnantes sont ravagées.
- Castelnaudary : Le 31 octobre 1355, la ville est mise à sac.
- Retour à Bordeaux : Chargée de butin, l’armée du Prince Noir rentre à Bordeaux à la fin de l’année, laissant derrière elle des centaines de villages réduits en cendres.



La chevauchée du Prince Noir de 1355

La chevauchée de 1356 et la bataille de Poitiers

En août 1356, le Prince Noir repart de Bordeaux pour une nouvelle chevauchée. Cette fois, il traverse le Berry et le Poitou, capturant plusieurs petites villes, mais échoue à prendre Bourges. Ralentie par le poids du butin et fatiguée par les combats, son armée se replie vers Bordeaux.



La seconde chevauchée du Prince Noir

Cependant, à Maupertuis, près de Poitiers, elle est interceptée par une armée française menée par le roi Jean II le Bon. Le 19 septembre 1356, lors de la bataille de Poitiers, le Prince Noir inflige une défaite retentissante aux Français, capturant le roi Jean II et plusieurs membres de la noblesse. Cette victoire donne à l’Angleterre un avantage considérable dans les négociations qui suivent.



Capture du Roi Jean II le bon à Poitiers

Le Prince d’Aquitaine et la Montée des Tensions

En 1362, Édouard III d’Angleterre nomme son fils prince d’Aquitaine, consolidant son autorité sur un vaste territoire comprenant Bordeaux, le Limousin, le Périgord et le Quercy.

Édouard de Woodstock s’installe à Bordeaux, où il tient une cour brillante mais dispendieuse. Pour financer ses projets, il impose des taxes lourdes, notamment un fouage (taxe sur les foyers), qui provoque le mécontentement de la noblesse locale.

En 1368, ce mécontentement culmine avec la révolte du comte d’Armagnac, qui sollicite l’aide de Charles V de France. Ce dernier répond favorablement, marquant le début d’une nouvelle phase de la guerre de Cent Ans. Les territoires acquis par le traité de Brétigny sont progressivement reconquis par les troupes françaises.

La Bataille de Nájera : Gloire et Déclin

En 1367, le Prince Noir mène une campagne en Espagne pour soutenir Pierre le Cruel, roi de Castille, contre son demi-frère Henri de Trastamare, soutenu par les Français et Bertrand du Guesclin. Lors de la bataille de Nájera, il remporte une victoire éclatante, mais cette campagne s’avère désastreuse sur le plan financier. Pierre le Cruel refuse de payer les frais de l’expédition, laissant le Prince Noir endetté.



La bataille de Najéra

C’est probablement lors de cette campagne qu’il contracte une maladie (dysenterie ou paludisme) qui affectera sa santé pour le reste de sa vie. Cette expédition marque le début de son déclin, tant sur le plan militaire que politique.

La Mise à Sac de Limoges

En 1370, affaibli mais toujours à la tête de ses troupes, le Prince Noir s’en prend à la ville de Limoges, dont l’évêque avait trahi son autorité en se ralliant aux Français. Le 24 août, ses troupes prennent d’assaut la cité et massacrent une partie de la population. Si les chiffres exacts restent incertains, les chroniqueurs évoquent entre 300 et 3 000 morts. Cet acte, considéré comme une trahison aux codes de la chevalerie, ternit la réputation du Prince Noir.



Pillage de Limoge

Le Retour en Angleterre et la Fin de sa Vie

Affaibli par la maladie et incapable de maintenir son autorité en Aquitaine, le Prince Noir retourne en Angleterre en 1371. Il abdique son titre de prince d’Aquitaine au profit de son frère Jean de Gand, duc de Lancastre. Il meurt en 1376 à l’âge de 45 ans, un an avant son père, et est enterré à la cathédrale de Canterbury.



Gisant de d'Edouard de Woodstock, à Canterbury

Un Héritage Contrasté

Le Prince Noir est à la fois célébré comme un stratège brillant et critiqué pour sa brutalité. Ses chevauchées laissèrent derrière elles des régions entières dévastées, mais elles démontrèrent également son efficacité militaire. Admiré par ses contemporains pour son courage et ses talents de commandant, il est aussi une figure controversée, associée aux exactions commises en son nom.

En retraçant la vie du Prince Noir, on découvre non seulement l’un des principaux acteurs de la guerre de Cent Ans, mais aussi une illustration des tensions entre les idéaux chevaleresques et la réalité brutale des guerres médiévales.