Édouard III (1312-1377), roi d’Angleterre de 1327 à 1377, est l’une des figures les plus emblématiques du Moyen Âge. Son règne, long de cinquante ans, est marqué par des succès militaires, des réformes administratives et une ambition sans limites. Souvent considéré comme un roi guerrier, Édouard III a laissé une empreinte durable dans l’histoire de l’Angleterre, notamment grâce à son rôle dans le déclenchement de la guerre de Cent Ans et ses victoires éclatantes sur les champs de bataille.
Contexte et début du règne
Édouard III monte sur le trône en 1327 à l’âge de 14 ans, après la destitution de son père, Édouard II, connu pour son règne troublé et son incapacité à maintenir l’autorité royale face aux barons. La régence est exercée par sa mère, Isabelle de France, et son amant, Roger Mortimer, qui gouvernent le royaume de manière tyrannique.
En 1330, à seulement 17 ans, Édouard III prend les rênes du pouvoir en organisant un coup d’État audacieux : il fait arrêter Mortimer et exile sa mère. Dès lors, il affirme sa détermination à restaurer l’autorité de la monarchie et à conduire l’Angleterre sur une voie de grandeur.
Arrestation de Roger Mortimer
Le roi guerrier et la guerre de Cent Ans
L’un des faits marquants du règne d’Édouard III est le début de la guerre de Cent Ans (1337-1453), un conflit complexe entre l’Angleterre et la France.
Édouard revendique le trône de France en tant que petit-fils de Philippe IV le Bel par sa mère, Isabelle de France. Bien que ces revendications soient d’abord symboliques, elles deviennent rapidement un prétexte à une guerre visant à protéger les possessions anglaises en France, notamment la Guyenne, et à affaiblir les Valois.
Possessions du roi d'Angleterre en France (en gris), en 1337 puis en 1360
Les grandes victoires militaires
Édouard III est célèbre pour ses succès militaires, qui renforcent son prestige en Europe. Parmi les batailles notables figurent :
La bataille de Crécy (1346) : Une victoire écrasante contre l’armée française, qui démontre la supériorité de l’archerie anglaise et marque un tournant dans les techniques militaires médiévales.
La bataille de Neville’s Cross (1346) : Édouard III consolide la frontière nord de son royaume en infligeant une défaite décisive aux Écossais, capturant leur roi, David II.
Le siège de Calais (1346-1347) : Après une campagne acharnée, Édouard s’empare de Calais, qui devient une tête de pont stratégique pour les Anglais en France pendant deux siècles.
Ces victoires font d’Édouard III un monarque respecté, tandis que l’utilisation des archers longbow et des tactiques modernes révolutionne la guerre médiévale.
Bataille de Crecy
Réformes administratives et institutionnelles
En parallèle de ses ambitions militaires, Édouard III est un réformateur. Sous son règne, l’Angleterre connaît des transformations majeures dans son administration et son système parlementaire.
Consolidation du Parlement : Édouard III établit une distinction claire entre la Chambre des Lords et la Chambre des Communes, renforçant le rôle de cette dernière dans la collecte des impôts et la législation. Cette évolution marque un jalon important dans le développement de la monarchie constitutionnelle anglaise.
Réformes fiscales et économiques : Pour financer ses campagnes militaires, Édouard impose de lourdes taxes, mais il veille aussi à promouvoir le commerce et l’industrie, notamment l’exportation de laine, qui devient une ressource clé pour l’économie anglaise.
L’ordre de la Jarretière : En 1348, Édouard fonde l’ordre de la Jarretière, un ordre de chevalerie destiné à récompenser la loyauté et la bravoure de ses chevaliers. Cet ordre, encore en vigueur aujourd’hui, est un symbole de l’honneur et de la tradition anglaise.
Emblème de l'ordre de la Jarretière
Les défis de la peste noire
Le règne d’Édouard III est marqué par un événement tragique : l’arrivée de la peste noire en Angleterre en 1348. Cette épidémie dévaste le pays, réduisant la population de moitié en quelques années. La peste provoque une crise économique et sociale, exacerbant les tensions entre les seigneurs et les paysans. Malgré ces difficultés, Édouard parvient à maintenir la stabilité du royaume grâce à ses réformes administratives et à son autorité personnelle.
Carte : la diffusion de la peste en Europe
Personnalité et vie privée
Édouard III est souvent dépeint comme un roi charismatique, déterminé et courageux. Passionné par la guerre et les idéaux chevaleresques, il cultive l’image d’un roi-guerrier, à la fois stratège habile et chef inspirant. Il est également un homme dévoué à sa famille.
Marié à Philippa de Hainaut, Édouard a treize enfants, dont plusieurs jouent un rôle clé dans l’histoire de l’Angleterre et de l’Europe médiévale. Son fils aîné, Édouard de Woodstock, connu sous le nom de Prince Noir, devient l’un des chefs militaires les plus redoutés de son époque.
Gisant du prince noir
Fin de règne et héritage
Les dernières années du règne d’Édouard III sont assombries par des revers militaires en France et par des troubles internes. En 1360, le traité de Brétigny met fin à une phase de la guerre de Cent Ans, mais les ambitions d’Édouard pour le trône de France restent inassouvies. Affaibli par l’âge et la maladie, il laisse progressivement le pouvoir entre les mains de son fils, le Prince Noir, et de son petit-fils, Richard II.
Malgré ces difficultés, Édouard III laisse un héritage durable. Sous son règne, l’Angleterre s’affirme comme une puissance militaire et développe des institutions politiques solides. Son règne est également marqué par une période de foisonnement culturel, avec l’essor de l’art gothique et l’influence croissante des idéaux chevaleresques.







