Édouard II d’Angleterre : un règne tumultueux et controversé



Édouard II (1284-1327) fut roi d’Angleterre et seigneur d’Irlande de 1307 à 1327. Son règne, marqué par des tensions politiques, des échecs militaires et des intrigues personnelles, reste l’un des plus dramatiques et controversés de l’histoire anglaise.

Jeunesse

Né le 25 avril 1284 au pays de Galles, Édouard est le quatrième fils d’Édouard Ier et de son épouse Éléonore de Castille. Après la mort de ses frères aînés, il devient l’héritier du trône dès sa naissance. Son éducation est typique pour un prince médiéval : il apprend l’équitation, les arts militaires et reçoit une formation religieuse.

Cependant, dès son jeune âge, Édouard montre des traits de caractère qui détonnent par rapport aux attentes de son époque. Il préfère les activités agricoles, comme creuser des fossés ou tailler des haies, à la chasse et aux joutes. Ces penchants, jugés indignes d’un futur roi, lui valent des critiques précoces.

Un avènement marqué par la controverse

Édouard accède au trône en 1307 à la mort de son père, Édouard Ier, un roi redouté pour sa force militaire et sa discipline politique. Très vite, il prend des décisions qui irritent la noblesse, notamment en rappelant son favori, Pierre Gaveston, qu’Édouard Ier avait exilé. Gaveston, un chevalier gascon, exerce une influence considérable sur le roi, attisant l’hostilité des barons qui le perçoivent comme arrogant et envahissant.

En 1308, Édouard épouse Isabelle de France, fille de Philippe IV le Bel, dans l’espoir de renforcer les relations entre l’Angleterre et la France. Leur mariage est cependant troublé par l’attitude du roi, qui semble privilégier Gaveston au détriment de sa reine. Les tensions autour de Gaveston culminent en 1312, lorsque les barons, menés par Thomas de Lancastre, capturent et exécutent le favori.



Échecs militaires et crise en Écosse

Le règne d’Édouard est marqué par des désastres militaires, notamment la bataille de Bannockburn en 1314, où l’armée anglaise subit une défaite humiliante face à Robert Bruce, roi des Écossais. Cet échec renforce les critiques à l’égard du roi, perçu comme incapable de diriger.



bataille de Bannockburn

Loin de stabiliser la situation, la famine qui frappe l’Europe entre 1315 et 1317 aggrave les tensions internes. Édouard est accusé de mauvaise gestion, et sa popularité décline rapidement. Les barons imposent alors des réformes restrictives, connues sous le nom d’Ordonnances de 1311, qui limitent les prérogatives royales.

La guerre civile et la rébellion des barons

La guerre civile, connue sous le nom de guerre des Despenser (1321-1322), fut déclenchée par l’accumulation de tensions entre Édouard II et ses barons, exacerbées par l’influence grandissante de la famille Despenser.

Hugues le Despenser le Jeune, favori du roi, avait accumulé une immense richesse et un pouvoir considérable, en partie grâce à des confiscations de terres dans les Marches galloises. Ce favoritisme provoqua la colère des barons locaux, notamment Roger Mortimer, et du puissant comte de Lancastre, Thomas.

En 1321, les barons des Marches, appuyés par une partie de l’aristocratie anglaise, se révoltent contre le roi et ses favoris. Ils s’emparent des terres des Despenser et forcent Édouard à les exiler. Cependant, Édouard, refusant de se soumettre, regroupe ses soutiens, rappelle les Despenser, et reprend l’initiative militaire. Après plusieurs mois de combats, les forces royales écrasent les rebelles lors de la bataille décisive de Boroughbridge en mars 1322.

Thomas de Lancastre est capturé et exécuté pour trahison. En réponse, Édouard gouverne ensuite d’une main de fer, avec les Despenser à ses côtés, lançant une série de confiscations, de procès expéditifs et d’exécutions pour neutraliser ses ennemis. Cependant, la répression brutale du roi et le mécontentement croissant envers le régime des Despenser creusent encore plus le fossé entre la monarchie et l’aristocratie, ouvrant la voie à de nouvelles trahisons.

La trahison d’Isabelle et la chute d’Édouard

En 1325, Édouard II confie à son épouse, Isabelle de France, la mission diplomatique de négocier un traité de paix avec son frère, le roi Charles IV de France. Toutefois, Isabelle, exaspérée par le pouvoir des Despenser et humiliée par les actions de son époux, refuse de revenir en Angleterre. En France, elle entame une liaison avec Roger Mortimer, un baron exilé qui avait échappé à la captivité d’Édouard. Ensemble, Isabelle et Mortimer rassemblent une coalition de mécontents et recherchent un soutien militaire auprès du comte de Hainaut, en échange des fiançailles du jeune prince héritier, Édouard III, avec la fille du comte.

En septembre 1326, Isabelle et Mortimer débarquent en Angleterre avec une petite armée. La popularité du couple rebelle et l’impopularité du régime des Despenser provoquent un effondrement rapide de l’autorité royale. Édouard, abandonné par ses soutiens, fuit au pays de Galles avec Hugues le Despenser le Jeune, mais ils sont capturés en novembre. Despenser est exécuté dans des conditions particulièrement brutales, tandis qu’Édouard est emprisonné au château de Kenilworth, avant d’être contraint d’abdiquer en faveur de son fils, Édouard III, en janvier 1327.

Peu après, il est transféré au château de Berkeley, où il meurt dans des circonstances troubles le 21 septembre 1327. Selon certaines chroniques, il aurait été assassiné sur ordre d’Isabelle et Mortimer, peut-être de manière atroce, bien que les détails restent sujets à débat. La chute d’Édouard et sa mort ont marqué une étape sombre dans l’histoire monarchique anglaise, symbolisant les conséquences des rivalités internes et des luttes de pouvoir au sein de l’aristocratie.

Le règne d’Édouard II est souvent considéré comme un échec, marqué par des divisions internes, des défaites militaires et une incapacité à imposer son autorité. Cependant, certains historiens soulignent que son règne a aussi vu des évolutions importantes, notamment dans le rôle du Parlement et les structures administratives.