Un mariage royal marqué par la tension
Isabelle de France, née en 1295 à Paris, est la fille du roi Philippe IV le Bel et de Jeanne de Navarre. Sa beauté et son intelligence sont louées par les chroniqueurs de son époque, ce qui en fait une candidate idéale pour une alliance matrimoniale stratégique.
En 1308, à l’âge de 12 ou 13 ans, elle épouse Édouard II d’Angleterre, un mariage visant à renforcer les liens entre la France et l’Angleterre au cœur de tensions dynastiques liées à la Guyenne et à la guerre de Cent Ans naissante.
Cependant, leur union s’avère tumultueuse. Édouard II entretient une relation étroite, voire controversée, avec son favori Piers Gaveston, reléguant sa femme à un rôle secondaire.
Édouard II et son favori
Ce favoritisme, couplé aux humiliations publiques qu’elle subit, suscite rapidement l’amertume de la reine. Après la mort de Gaveston en 1312, les tensions persistent alors qu’Édouard s’entoure de nouveaux favoris, notamment Hugues le Despenser et son fils, qui exercent une forte influence sur le roi au détriment de la reine et des autres barons.
Isabelle, pourtant loyale au départ, voit sa position se dégrader davantage lorsque les Despenser monopolisent les pouvoirs du royaume et traitent la reine avec mépris. Ces humiliations, combinées à la mauvaise gestion politique d’Édouard II, exacerbent les tensions dans le couple royal et avec la noblesse anglaise.
execution du duc de Lancastre, qui s'était rebellé contre le pouvoir des Despencer
La fuite en France et la révolte avec Roger Mortimer
En 1325, Édouard II envoie Isabelle en France pour négocier un conflit territorial avec son frère Charles IV, alors roi de France. Une fois à Paris, la reine refuse de retourner en Angleterre. C’est à cette période qu’elle rencontre Roger Mortimer, un baron anglais exilé qui avait fui la répression d’Édouard II. Leur alliance, qui devient rapidement personnelle et romantique, marque un tournant dans la vie d’Isabelle. Ensemble, ils planifient une révolte contre Édouard.
Isabelle de France et Roger Mortimer à la tête de leur armée
En 1326, Isabelle et Mortimer lèvent une petite armée avec l’aide de nobles mécontents et de soutiens français. Ils débarquent en Angleterre à Harwich en septembre, où ils rencontrent peu de résistance. Grâce à leur popularité croissante et à l’impopularité des Despenser, ils rallient rapidement des soutiens parmi la noblesse et les barons. La révolte culmine avec la capture d’Édouard II et l’exécution des Despenser, mettant fin à leur domination sur le royaume.
L'avancée rapide de l'arméee d'Isabelle
Le supplice de Hugh Despenser, écorché vif
Édouard II est forcé d’abdiquer en janvier 1327 en faveur de son fils, Édouard III, alors âgé de 14 ans. Bien que ce dernier soit couronné, Isabelle et Mortimer prennent le contrôle du gouvernement en tant que régents de facto. Leur règne est marqué par des mesures drastiques, notamment des représailles contre les soutiens d’Édouard II, et une tentative de centralisation du pouvoir.
Déclin et fin d’Isabelle
Le pouvoir d’Isabelle et de Mortimer connaît cependant une fin brutale. En 1330, le jeune Édouard III, désormais majeur, décide de reprendre le contrôle du royaume.
Mortimer est arrêté, accusé de trahison, et exécuté. Il lui est reproché la compromission de la reine, son enrichissement personnel lors de la régence, et et l'assassinat de Henri II en prison, après sa déposition. Il est pendu, comme un vulgaire criminel, sans le respect d'originaire réservé à son rang.
Gibet
Isabelle, bien que compromise dans ses actions, échappe à la mort mais est placée en résidence surveillée.
Dans ses dernières années, Isabelle se retire à Castle Rising en Norfolk, où elle mène une vie pieuse et relativement tranquille. Elle conserve une certaine influence, notamment grâce à son rôle de mère du roi, et reste une figure respectée malgré son passé controversé. Elle meurt en 1358, laissant derrière elle une image ambiguë : celle d’une reine rebelle, ambitieuse et déterminée, mais aussi d’une femme manipulatrice et avide de pouvoir.
Le château "Castle Rising"
Héritage d’Isabelle de France
Isabelle de France est une figure fascinante et complexe de l’histoire médiévale. Surnommée la "Louve de France" par ses contemporains, son rôle dans la chute d’Édouard II et l’ascension d’Édouard III est crucial. À une époque où les femmes jouaient rarement un rôle central dans la politique, elle a su utiliser son intelligence, ses relations et son charisme pour influencer le cours de l’histoire anglaise.
Si son alliance avec Mortimer a terni sa réputation, son action a également permis de mettre fin à un règne marqué par l’instabilité et les abus de pouvoir. Son histoire, mêlant intrigues politiques, trahisons et drames personnels, continue de captiver historiens et écrivains, faisant d’Isabelle de France une figure emblématique de la période médiévale. Son influence perdure encore après sa mort, puisqu'elle offre à son fils Edouard III un lien de filiation avec le Roi de France Philippe IV le Bel, ce qui lui permettra de revendiquer des droits sur la couronne de France, déclenchant la guerre de 100 ans.
couronnement d'Edouard III








