La dynastie de Lancastre est l’une des maisons royales les plus emblématiques de l’histoire anglaise, ayant marqué une période tumultueuse entre la fin du XIVe siècle et le XVe siècle. Son histoire est intimement liée à la guerre civile connue sous le nom de la guerre des Deux-Roses, ainsi qu’à l'évolution de l’Angleterre au sein d’un contexte européen bouleversé par la guerre de Cent Ans. Voici un récit complet de son ascension, de son règne, et de son déclin.
Origines et Ascension de la Dynastie de Lancastre
La dynastie de Lancastre est une branche cadette de la maison des Plantagenêt, issue de Jean de Gand, duc de Lancastre, quatrième fils du roi Édouard III.
Jean de Gand accumule richesse et influence grâce à son mariage avec Blanche de Lancastre, qui lui apporte de vastes terres, incluant le duché de Lancastre. Cette alliance établit une solide base financière et territoriale pour ses descendants.
La montée de la maison de Lancastre au trône commence véritablement avec son fils, Henri de Bolingbroke, qui devient roi sous le nom de Henri IV. En 1399, Henri de Bolingbroke revient d’exil pour défier son cousin, Richard II, un roi de plus en plus isolé et impopulaire en raison de son autoritarisme et de ses échecs politiques.
Henri dépose Richard II et s’empare de la couronne, marquant la fin de la lignée directe des Plantagenêt et le début de la dynastie de Lancastre.
Arrestation de Richard II
Règne des Grands Souverains de Lancastre
Henri IV (1399-1413) : Consolidation du Pouvoir
Le règne d’Henri IV est marqué par des luttes incessantes pour stabiliser son pouvoir. Bien qu'il soit couronné roi, sa légitimité est contestée, notamment par des partisans de Richard II et des descendants de Lionel d’Anvers, une autre branche des Plantagenêt. Il doit faire face à des révoltes comme celles des Percy et de Owain Glyndŵr au pays de Galles. Son règne est aussi marqué par des tensions internes entre le Parlement et la couronne, car Henri dépend du soutien parlementaire pour financer ses campagnes militaires.
Malgré ces défis, Henri IV établit les bases de la dynastie, renforçant le rôle du Parlement et instaurant une politique pragmatique pour maintenir l’ordre dans un royaume divisé.
Henri V (1413-1422) : Le Conquérant
Le règne d’Henri V est l’âge d’or de la dynastie de Lancastre. Reconnu pour son charisme et son talent militaire, Henri V ravive la guerre de Cent Ans avec la France, menée jusque-là sans succès par ses prédécesseurs. Il remporte une victoire décisive à la bataille d'Azincourt en 1415, où son armée inférieure en nombre écrase les Français. Cette victoire lui assure un immense prestige et affaiblit durablement la France.
Bataille d'Azincourt
En 1420, Henri V signe le traité de Troyes, qui le désigne comme héritier légitime du trône de France à la place du dauphin Charles. Il épouse également Catherine de Valois, fille du roi Charles VI de France, consolidant ainsi ses revendications. Cependant, Henri meurt prématurément en 1422, laissant un fils, Henri VI, encore enfant, à la tête de deux royaumes.
La France, après le traité de Troyes
Henri VI (1422-1461) : Le Déclin
Le règne d’Henri VI marque le début du déclin de la dynastie de Lancastre. Couronné roi d’Angleterre à seulement neuf mois et roi de France peu après, Henri VI est un souverain faible et influençable. Il hérite d’une situation délicate :
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En France, les conquêtes de son père sont progressivement perdues face à l’essor de Jeanne d’Arc ;
- En Angleterre, la noblesse est divisée, et l’autorité royale s’effrite.
De plus, Henri VI souffre de troubles mentaux, probablement hérités de sa mère, la fille du roi de France Charles VI, surnommé "le fou". À partir des années 1450, en raison de sa folie, il n'est plus capable de gouverner. Sa faiblesse ouvre la voie à une crise dynastique, avec la montée de la maison d’York, une branche rivale des Plantagenêt.
La guerre des Deux-Roses éclate en 1455, opposant les Lancastre, soutenus par les partisans de la reine Marguerite d’Anjou, épouse d’Henri VI, aux Yorkistes menés par Richard, duc d’York, puis son fils Édouard IV.
Henri VI est déposé en 1461 par Édouard IV et brièvement restauré en 1470, avant d’être définitivement destitué en 1471. Il est capturé et meurt probablement assassiné dans la tour de Londres.
Fin de la Dynastie de Lancastre
La dynastie de Lancastre s’éteint avec la mort d’Henri VI et de son fils unique, Édouard de Westminster, tué à la bataille de Tewkesbury en 1471. Après cette défaite décisive, la maison d’York prend le contrôle total du trône sous Édouard IV, marquant la fin du règne des Lancastre.
bataille de Tewkesbury
Toutefois, un dernier représentant de la lignée lancastrienne, Henri Tudor, un descendant de Jean de Gand par sa mère, revendique la couronne. Il renverse Richard III, le dernier roi yorkiste, à la bataille de Bosworth en 1485. Couronné sous le nom d’Henri VII, il fonde la dynastie des Tudor, mettant fin à la guerre des Deux-Roses en unissant les maisons de Lancastre et d’York par son mariage avec Élisabeth d’York.
Conclusion
La dynastie de Lancastre symbolise à la fois la gloire et la fragilité du pouvoir médiéval en Angleterre. Si elle a connu des triomphes éclatants, notamment sous Henri V, ses faiblesses internes et les troubles dynastiques ont conduit à son extinction. Elle laisse toutefois un héritage durable, notamment dans la consolidation du Parlement et dans l’émergence de la dynastie Tudor, qui met fin aux luttes intestines et inaugure une ère de stabilité pour le royaume d’Angleterre.





