La Guerre des Deux-Roses



La guerre des Deux-Roses (1455-1485) est l’un des conflits les plus célèbres et complexes de l’histoire de l’Angleterre. Opposant les maisons de Lancastre et d’York, deux branches cadettes de la dynastie Plantagenêt, cette guerre civile s’étend sur trois décennies et marque un tournant dans l’histoire politique, sociale et militaire de l’Angleterre.

Origines de la Guerre des Deux-Roses

Les racines dynastiques et la crise de succession

Les origines du conflit remontent à la fin du XIVᵉ siècle, lorsque Richard II, roi d’Angleterre, est déposé par son cousin Henri Bolingbroke en 1399.

Bolingbroke, qui devient Henri IV, inaugure la maison de Lancastre. Cependant, cette montée au pouvoir se fait au détriment de l’héritier légitime, Edmond Mortimer, dont les droits reposaient sur une descendance par la lignée féminine de Lionel d’Anvers, le deuxième fils d’Édouard III.



Henri IV

Le règne d’Henri IV est marqué par des rébellions nobles. C’est sous son fils Henri V que la maison de Lancastre atteint son apogée, notamment grâce aux succès militaires en France lors de la guerre de Cent Ans.

Cependant, sa mort prématurée propulse Henri VI sur le trône, en 1422, agé seulement d'un an. Mais lorsqu'il atteint la mojorité, celui-ci se révèle un roi faible, enclin à des épisodes de folie. Son incapacité à gouverner ouvre la voie à des revendications rivales.



Henri VI

La maison d’York et ses prétentions

La maison d’York, descendante d’Édouard III par Lionel d’Anvers et Edmond de Langley, considère ses droits au trône comme supérieurs à ceux des Lancastre. Richard Plantagenêt, duc d’York, devient le chef de file de cette opposition.

Les défaites militaires en France, combinées à la faiblesse de Henri VI et à l’influence controversée de sa femme, Marguerite d’Anjou, attisent les tensions entre les deux factions rivales.



La perte par les anglais de leurs possessions en France au XVème siècle.

Un contexte social et économique instable

La fin de la guerre de Cent Ans en 1453 exacerbe les problèmes internes de l’Angleterre. Avec le retour de soldats démobilisés, les barons se dotent d'armées privées, augmentant l’instabilité.

La noblesseaffaiblie économiquement, se divise entre Lancastriens et Yorkistes. Les querelles privées, comme celles entre les familles Percy et Neville dans le nord de l’Angleterre, créent un climat de guerre latente.

Le Déroulement du Conflit

Les premières batailles et la montée des York (1455-1461)

De nombreux nobles sont mécontents d’Henri VI, qu’ils jugent faible, influençable et incapable de gouverner. Sa passivité face aux défaites militaires, sa dépendance à une cour impopulaire et son incapacité à maintenir l’ordre alimentent le mécontentement de l’aristocratie. 

Richard d'York trouve dans ce mécontentement un pretexte pour déclencher la guerre : il ne revendique pas directement le trône, pour ne pas passer pour un usurpateur, mais déclare prendre les armes pour protéger le royaume et débarasser le roi de ses mauvais conseillers. Il espère se rapprocher du pouvoir pour se positionnner, petit à petit, comme le plus apte à gouverner.



Richard d’York

La guerre débute officiellement avec la première bataille de St Albans (1455), où Richard d’York remporte une victoire et capture Henri VI.

Les conseillers du roi, accusés de profiter de sa folie pour le manipuler, tombent en disgrâce et sont remplacés par des soutiens des YorksHenri VI, fou, reste sur le trône mais n'exerce plus la réalité du pouvoir, qui passe entre les mains de la maison d'York. Finalement, cette bataille établit un fragile équilibre de pouvoir entre les deux maisons, mais les tensions persistent.


En 1460Richard d’York revendique ouvertement la couronne. Un compromis est trouvé : Henri VI reste roi, mais Richard est désigné comme son successeur, écarant du trône Édouard de Westminster, le prore fils d'Henri VI. Ce compromis est rejeté par la reine Marguerite d’Anjou, qui lève une armée pour défendre les droits de son fils.

Les Yorkistes subissent une lourde défaite à la bataille de Wakefield (1460), Richard d’York est tué avec son deuxième fils, Edmond. Leurs têtes sont clouées sur les portes de la ville d'York



Edmond d'York est tué

Cependant, son fils ainé, Édouard, prend la relève de Richard et remporte une victoire décisive à Towton (1461), la bataille la plus sanglante de la guerre. Il monte sur le trône sous le nom d’Édouard IV, tandis que Henri VI et Marguerite s’enfuient en Écosse.


Les luttes intestines et le triomphe yorkiste (1461-1471)

Édouard IV parvient à stabiliser son règne, mais son mariage avec Élisabeth Woodville, une noble sans grande influence politique, crée des tensions avec son principal allié, le comte de Warwick, surnommé le "faiseur de rois", qui espérait marier une de ses filles au roi pour gagner en influence.

Warwick se retourne contre Édouard et s’allie avec Marguerite d’Anjou et les lancastriens pour rétablir Henri VI sur le trône en 1470. Dans un premier temps, il parvient à prendre Londres et à libérer Henri VI, alors qu'Édouard IV est forcé de fuire le pays. Mais Édouard IV revient d’exil l'année suivante et défait Warwick à la bataille de Barnet.



Warwick tué à la abataille de Barnet.

Peu après, il écrase les Lancastriens à Tewkesbury, où le fils d’Henri VI, Édouard de Westminster, est tué. Henri VI est emprisonné et meurt peu après, probablement assassiné.



Marguerite d’Anjou est capturée après la bataille de Tewkesbury

L’instabilité après la mort d’Édouard IV (1483-1485)

La mort subite d’Édouard IV en 1483 provoque une nouvelle crise. Son fils Édouard V, âgé de 12 ans, est déclaré roi, mais son oncle Richard, duc de Gloucester, usurpe le trône sous le nom de Richard III. Peu après ce coup d'État, les jeunes princes, Édouard et son frère Richard, disparaissent mystérieusement dans la tour de Londres.



Les deux héritiers d’Édouard IV ont très certainement été assassinés sur ordre de Richard III

Henri Tudor, héritier lancastrien exilé en France, trouve là l'occasion de revendiquer le trône. Il rassemble une armée et débarque en Angleterre en 1485. À la bataille de Bosworth, Richard III est tué et Henri Tudor est proclamé roi sous le nom de Henri VII.  Sa victoire met fin à la guerre des Deux-Roses.



Richard III est tué à la bataille de Bosworth

Contexte Intérieur et Extérieur

Instabilité politique en Angleterre

La guerre des Deux-Roses reflète l’affaiblissement du pouvoir royal et la montée en puissance des nobles. La rivalité entre les grandes familles, alimentée par les mariages stratégiques et les querelles personnelles, plonge le royaume dans une série de conflits locaux et nationaux.

Interventions étrangères

Les puissances étrangères, notamment la France et la Bourgogne, exploitent les divisions internes anglaises pour servir leurs propres intérêts. La France soutient les Lancastre, tandis que la Bourgogne finance les York, compliquant davantage la situation.

Conséquences et Fin du Conflit

L’émergence des Tudor

Henri VII consolide son pouvoir en épousant Élisabeth d’York, unissant les deux factions rivales. Il adopte la rose Tudor, fusion des roses rouge et blanche des deux camps, comme symbole de réconciliation. Cependant, des rébellions sporadiques, comme celle de Lambert Simnel en 1487, marquent encore le début de son règne.



La rose Tudor

Transformations politiques et sociales

La guerre affaiblit la noblesse et met fin aux armées privées, renforçant le pouvoir royal. Henri VII centralise l’autorité et réduit les privilèges des barons, ouvrant la voie à une monarchie forte et à l’émergence de l’État moderne en Angleterre.

La fin des ambitions continentales

La guerre marque la fin des rêves anglais de conquête en France, recentrant les ambitions de la couronne sur la consolidation interne et la maîtrise des îles Britanniques.

Conclusion

La guerre des Deux-Roses est bien plus qu’un affrontement dynastique : elle transforme le paysage politique et social de l’Angleterre. En mettant fin à la dynastie Plantagenêt et en inaugurant l’ère des Tudor, elle marque la transition vers une monarchie centralisée et une société en mutation. Ce conflit illustre également les dangers de l’instabilité dynastique et la nécessité d’un pouvoir royal fort pour maintenir l’unité nationale.