Un roi précoce face à une époque tumultueuse
Né le 6 janvier 1367 à Bordeaux, Richard II monte sur le trône à seulement dix ans, à la mort de son grand-père, Édouard III, en 1377. Héritier de la prestigieuse lignée des Plantagenêt, il grandit dans une période marquée par les troubles internes et les tensions extérieures de l’Angleterre médiévale. Dès son couronnement, il est confronté à une double crise : la guerre de Cent Ans contre la France, avec des campagnes militaires coûteuses et souvent infructueuses, et le mécontentement populaire exacerbé par des impôts toujours plus lourds.
La révolte des paysans de 1381, déclenchée en opposition à des taxes trop lourdes, marque un premier grand défi de son règne. À seulement 14 ans, Richard joue un rôle clé dans la gestion de cette crise. Face à une foule en colère, il négocie habilement et promet des réformes pour calmer les tensions. Cependant, ces promesses sont rapidement révoquées une fois la rébellion écrasée, révélant un règne parfois hésitant, oscillant entre conciliation et autoritarisme.
La révolte des paysans
L'adolescence de Richard est marquée par une forte dépendance à des conseillers proches, notamment Simon de Burley et Robert de Vere, qui éveillent la méfiance des grandes familles nobles.
À mesure qu'il grandit, Richard manifeste une ambition pour le pouvoir absolu, mais sa gouvernance est régulièrement entravée par des factions aristocratiques, notamment les Lords Appellant, une coalition de cinq grands nobles du royaumes qui s'opposent à ses favoris. La tension atteint un point culminant en 1387-1388, lors de l’«Impitoyable Parlement», où plusieurs conseillers royaux sont exécutés ou exilés par les Lords.
Cette humiliation profonde marque un tournant dans le règne de Richard, qui commence à envisager des mesures de répression plus drastiques pour rétablir son autorité. À partir de 1389, après avoir atteint sa majorité, il gouverne avec plus de stabilité et recherche la paix avec la France, culminant dans un mariage diplomatique avec la fille du roi de France Charles VI, Isabelle de Valois, en 1396. Pourtant, ces succès diplomatiques ne suffisent pas à masquer les fractures internes qui s’aggravent.
Richard rencontre Isabelle, encore enfant.
Chute et mort : une fin tragique pour un roi controversé
À la fin des années 1390, Richard II s'engage dans une politique de vengeance et de répression contre ses anciens adversaires. En 1397, il fait arrêter et exécuter plusieurs Lords Appellant, consolidant son autorité mais renforçant sa réputation de tyran. Parallèlement, il tente de récompenser ses fidèles en redistribuant les terres confisquées, mais cette stratégie suscite des jalousies et amplifie les divisions parmi la noblesse.
La situation devient critique après la mort de son oncle Jean de Gand en 1399, lorsque Richard déshérite Henri de Bolingbroke, fils de Jean et futur Henri IV, pour s'approprier les immenses terres des Lancastres. Ce geste alimente une rébellion majeure. Henri, soutenu par une coalition de mécontents, retourne en Angleterre depuis son exil en France avec une petite armée. Le pouvoir de Richard s'effondre rapidement : isolé politiquement et militairement, il est capturé sans grande résistance.
Arrestation de Richard
En septembre 1399, Richard abdique sous la pression et est emprisonné au château de Pontefract. Le Parlement reconnaît rapidement Henri de Bolingbroke comme roi sous le nom d’Henri IV, inaugurant la dynastie des Lancastre.
En février 1400, Richard meurt en captivité, vraisemblablement assassiné sur ordre du nouveau roi, bien que les circonstances exactes restent floues. Son corps est enterré à Westminster à titre posthume, dans un geste de réconciliation politique par Henri V des années plus tard.
Richard II est mis en terre.
Homme intelligent mais souvent perçu comme distant et autoritaire, Richard II s'efforça de cultiver une cour raffinée et pacifique, contrastant avec la vision martiale de ses prédécesseurs.
Toutefois, ses politiques maladroites et sa mauvaise gestion des tensions ont conduit à sa chute. Sa vie tragique, marquée par une quête inachevée pour le pouvoir absolu, trouve un écho particulier dans la pièce "Richard II" de William Shakespeare, qui immortalise ses ambitions, ses échecs et sa déposition comme un prélude à la guerre des Deux-Roses. Si son règne est souvent critiqué, il est également vu comme un précurseur de débats politiques sur les limites du pouvoir royal.




