Theobald Wolfe Tone et la révolte irlandaise de 1798



À la fin du XVIIIe siècle, l’Irlande est sous le contrôle étroit de la Grande-Bretagne.

La majorité catholique est privée de nombreux droits civiques, tandis que le Parlement irlandais, dominé par une élite protestante fidèle à Londres, est largement corrompu. Dans ce contexte, émergent des aspirations à une réforme politique, voire à une indépendance totale, inspirées par les Révolutions américaine et française.  

Theobald Wolfe Tone, avocat et intellectuel, devient l’un des principaux artisans de cette contestation. Cofondateur de la Société des Irlandais unis, il milite pour une Irlande républicaine, débarrassée de la domination britannique et unissant catholiques et protestants dans un même combat.

Son engagement le conduit à organiser une insurrection nationale avec le soutien de la France révolutionnaire

Theobald Wolfe Tone : un intellectuel engagé dans la cause républicaine

Né en 1763 à Dublin dans une famille protestante, Wolfe Tone fait ses études au Trinity College, avant de devenir avocat. Très tôt, il est influencé par les idées des Lumières et se passionne pour les événements révolutionnaires en France et en Amérique.



Tone Wolf

Il rejette la domination britannique sur l’Irlande et souhaite un gouvernement indépendant basé sur les principes de liberté et d’égalité.  

En 1791, il participe à la création de la Société des Irlandais unis, un mouvement politique cherchant à surmonter les divisions religieuses entre protestants et catholiques afin de mener un combat commun contre l’oppression britannique.



la Société des Irlandais unis

Il critique la corruption du Parlement irlandais et plaide pour des réformes démocratiques, incluant le suffrage universel masculin et l’émancipation des catholiques. Mais face à la répression croissante des autorités britanniques, son combat pacifique se transforme rapidement en un appel à l’insurrection armée.  

La révolte irlandaise de 1798

À partir de 1794Wolfe Tone cherche activement à obtenir le soutien de la France, alors en guerre contre la Grande-Bretagne

Il se rend à Paris pour convaincre le Directoire d’envoyer des troupes en Irlande afin d’aider les insurgés à chasser les Britanniques.

En décembre 1796, une première tentative d’invasion est organisée : une flotte française de 14 000 hommes, dirigée par le général Hoche, met le cap sur l’Irlande. Mais en raison d’une tempête, les navires sont dispersés et l’expédition échoue avant même d’atteindre les côtes irlandaises.  



Caricature : l'échec de l'expédition

Malgré cet échec, la révolte éclate en mai 1798 dans plusieurs comtés. Les insurgés irlandais affrontent les troupes britanniques et leurs alliés loyalistes, mais après quelques victoires, la supériorité technique des britannique leur permet de reprendre le dessus.

La répression est brutale : les villages sont brûlés, des milliers de civils sont massacrés par les troupes anglaises.  De leur côté, les irlandais aussi se rendent coupables de violences : à Scullabogue, 200 protestants, hommes, femmes et enfants, sont brûlés vifs dans une grange. 



Le massacre de Scullabogue

En août 1798, une nouvelle force française de 1 000 hommes débarque à Killala, menée par le général Humbert. Bien qu’inférieurs en nombre, les Français et les insurgés irlandais remportent quelques victoires, notamment à Castelabar, où la déblacle britannique va faire jaser la presse française. 



Caricature : la bataille est repabtisé la "course de Castelbar", pour se moquer de la fuite des anglais

Malheureusement, la supériorité Anglaise est écrasante, et malgré les renforts français, les rebelles ne peuvent lutter sur le long terme. Ils sont rapidement encerclés et battus par les Britanniques à la bataille de Ballinamuck en septembre.  

La fin tragique de Wolfe Tone et les conséquences de la révolte 

En octobre 1798, une dernière flotte française, à bord de laquelle se trouve Wolfe Tone, tente de débarquer en Irlande. Mais les navires sont interceptés par la marine britannique à Lough Swilly et Tone est capturé.

Jugé par une cour martiale, il est condamné à être pendu. Refusant cette exécution déshonorante, il tente de se suicider en se tranchant la gorge en prison. Il meurt quelques jours plus tard, le 19 novembre 1798, à l’âge de 35 ans.  

L’échec de la révolte irlandaise entraîne un durcissement du contrôle britannique sur l’île. Deux ans plus tard, en 1801, l’Acte d’Union est voté, intégrant définitivement l’Irlande au Royaume-Uni et supprimant son Parlement.



Sur l'Union Jack, l'Irlande est bien représentée par la Croix de de Saint-Patrick (les bandes rouges en diagonale)

Alors Voilà...

Theobald Wolfe Tone demeure aujourd’hui l’une des figures les plus importantes de l’histoire irlandaise. Son engagement en faveur d’une Irlande indépendante et républicaine, sa volonté de dépasser les divisions religieuses et son sacrifice personnel en font un symbole durable du nationalisme irlandais.  

Bien que la révolte de 1798 ait été écrasée, elle a semé les graines de la contestation qui mèneront, plus d’un siècle plus tard, à la guerre d’indépendance irlandaise. En ce sens, Wolfe Tone est souvent considéré comme le père du républicanisme irlandais.