Jean-Baptiste Belley est un ancien esclave devenu député sous la Révolution française. Son parcours le mène des plantations de Saint-Domingue aux débats politiques de la France républicaine.
Il participe activement aux combats pour la liberté et joue un rôle décisif dans l'abolition de l'esclavage. Homme d'action autant que de parole, il s'illustre par son engagement militaire et sa participation aux luttes politiques en faveur de l'égalité des droits.
Sa carrière au sein de la République en fait un symbole des contradictions et des espoirs révolutionnaires, tout en reflétant les luttes d'une époque où l'héritage colonial et l'idéal républicain s'affrontent.
De la Servitude à la Liberté : L’Ascension d’un Homme
Jean-Baptiste Belley naît vers 1746 au Sénégal avant d'être capturé et vendu comme esclave à Saint-Domingue, la colonie la plus riche de l’empire français. Il est contraint de travailler dans les plantations de canne à sucre, un environnement extrêmement éprouvant où la mortalité est élevée en raison des conditions de travail brutales et du climat tropical.
Esclaves travaillants dans une sucrière
Malgré ces obstacles, Belley parvient à acheter sa liberté après plusieurs années, une possibilité rare pour les esclaves de l’époque. En effet, il économise suffisamment d’argent en servant comme soldat dans la milice coloniales, qui recrutait des hommes libres de couleur, et dans certains cas des esclaves, pour défendre la colonie contre les menaces extérieures.
Affranchi, il s’établit comme commerçant et devient une figure influente parmi les libres de couleur de Saint-Domingue, qui forment une classe intermédiaire entre les esclaves et les colons blancs. Cependant, malgré sa liberté, il reste soumis à de nombreuses restrictions légales et à un racisme institutionnel qui limite ses droits.
Avec le déclenchement de la Révolution française en 1789, les tensions s’intensifient à Saint-Domingue. Les libres de couleur revendiquent l’égalité des droits avec les colons blancs, tandis que les esclaves se soulèvent pour leur liberté.
Belley s’engage pleinement dans ces luttes. En 1791, il prend part aux combats qui opposent les forces royalistes et esclavagistes aux partisans de la République.
Les fermes du Cap Français, incendiées par les esclaves révoltés
Lors des conflits de 1793, il se bat aux côtés des troupes républicaines contre les colons blancs royalistes, alliés aux Espagnols, qui tentent de s’emparer de la colonie. Il s’illustre par son courage et son habileté militaire, ce qui lui permet de devenir un officier reconnu. Son rôle dans la défense des idéaux républicains et dans la lutte contre l’oppression lui ouvre la voie de la politique.
Un Tribun de la Liberté
Son engagement militaire et politique lui permet d’être élu député de Saint-Domingue à la Convention nationale en 1793. Il est le premier homme noir à siéger en tant que représentant du peuple français.
En tant que député, Belley intervient activement dans les débats sur la question coloniale et l’abolition de l’esclavage. Il plaide avec force contre les intérêts des planteurs et milite pour une application immédiate et effective de l’émancipation des esclaves.
Le 4 février 1794, grâce à l’action déterminée de Belley et de ses alliés, la Convention nationale vote l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies françaises.
Jean-Baptiste Belley (à droite) lors de la fête de l'abolition
Il prend également part aux discussions sur l’égalité des citoyens de couleur et la nécessité d’intégrer les affranchis dans la structure politique et administrative de la République.
Belley s’oppose aux forces réactionnaires qui cherchent à maintenir une hiérarchie raciale dans les territoires d’outre-mer et contribue à l’élaboration de lois garantissant une représentation des hommes libres de couleur dans les institutions.
En plus de ses interventions à Paris, Belley joue un rôle de médiateur entre la métropole et Saint-Domingue. Il travaille en collaboration avec des figures révolutionnaires comme Léger-Félicité Sonthonax pour stabiliser la situation dans l’île et éviter un retour à l’ancien ordre colonial.
L’Ombre des Réactions : La Chute d’un Juste
Avec le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802, Belley devient une cible pour les autorités impériales. Son engagement contre les colons esclavagistes et sa défense acharnée de l’émancipation des Noirs le rendent suspect aux yeux du nouveau régime.
Il est arrêté, déporté en métropole et emprisonné à Belle-Île-en-Mer. Privé de soutien et abandonné par les cercles politiques qui l’avaient autrefois soutenu, il se retrouve isolé.
La forteresse de Bel-Île-en-Mer
Son emprisonnement est marqué par des conditions difficiles, aggravées par la précarité et le climat hostile de l’île. Malgré ses appels et sa réputation en tant qu’ancien député, il ne bénéficie d’aucun traitement de faveur.
Son état de santé se détériore rapidement. Il meurt en 1805 dans un relatif anonymat, victime de la répression impériale qui cherchait à effacer toute trace des avancées révolutionnaires sur la question esclavagiste.
L’Héritage d’un Visionnaire
Jean-Baptiste Belley reste une figure marquante de la lutte contre l’esclavage et de l’engagement des hommes de couleur dans les idéaux républicains. Son portrait peint par Anne-Louis Girodet en 1797, où il apparaît en uniforme, adossé à un buste de l’abbé Raynal, est une représentation puissante de sa lutte et de ses idéaux.
Jean-Baptiste Belley, peint par Anne-Louis Girodet
Bien que son nom ait longtemps été relégué aux marges de l’histoire, il est aujourd’hui reconnu comme un acteur essentiel des combats révolutionnaires pour l’égalité. Sa mémoire est célébrée à travers divers hommages, notamment en Guadeloupe et à Saint-Domingue, où son engagement continue d’inspirer les générations luttant contre l’injustice et les discriminations.
D'esclave à député de la République, incarne une lutte acharnée pour la liberté et l’égalité. Ayant d’abord conquis sa propre émancipation, il a ensuite consacré sa vie à défendre celle des autres, affrontant les résistances d’un monde colonial réticent au changement. Son engagement reste un exemple impressionnant de courage et de détermination face à l’injustice.





