Le grand Ramsès II
L’histoire n’a pas effacé le nom de Ramsès II, alias Ramsès le Grand, tant pour ses qualités de bâtisseur que pour les conquêtes militaires impressionnantes qu’il a menées. En effet, en plus d’être le pharaon qui a régné le plus longtemps en Égypte (66 ans !), ce roi parmi les rois a notamment mené la plus grande bataille de chars de l’histoire antique, la bataille de Qadesh. Elle est la première grande bataille de l’humanité aussi documentée, en plus d’être d’une importante numérique conséquente.
Des ambitions militaires marquées
En 1279 avant Jésus-Christ, Ramsès II succède à Séthi Ier à l’âge de 25 ans. C’est un pharaon jeune qui arrive au pouvoir, avec des ambitions de grande ampleur. Il commence par sécuriser la côte méditerranéenne, dans l’objectif de reprendre la ville de Qadesh, située en actuelle Syrie, occupée par de nombreux petits états vassaux.
Néanmoins, le roi hittite Muwatalli II cherche quant à lui à s’étendre au sud, puisque Qadesh lui appartient déjà depuis la destruction du royaume de Mitanni. La ville a une position stratégique puisqu’elle se situe entre l’Euphrate et la Méditerranée. C’est un carrefour commercial mésopotamien, notamment pour le commerce de l’étain.
Les ambitions de Ramsès rencontrent l'Empire Hittite (en rouge)
Ramsès II cherche à rallier à son empire des cités entourant Qadesh, pour renforcer ses pouvoirs autour de la ville clef : il parvient à rattacher à ses forces armées le roi d’Amuru, autrefois vassal de l’empire hittite. Ce dernier, voyant ce jeu d’alliances se former, se prépare à l’éventualité d’une guerre car ses frontières sont désormais fragilisées. Il prépare par la suite 40 000 hommes et 3 500 chars.
Du côté égyptien, puisqu’il ne s’agit plus seulement que de la domination de Qadesh mais bien de toute la Syrie, Ramsès II prépare 2 000 chars et 20 000 hommes, répartis en 4 divisions de 5 000 soldats : la division de Rê, Amon, Ptah et Seth ; ainsi que des unités d’élites formant 5 000 hommes.
Char hittite
Le déroulement de la bataille de Qadesh
C’est aux alentours de 1275 avant J.C. qu’a lieu cette grande bataille qu’on retrouve inscrite sur de nombreux sites archéologiques d’Égypte. Les troupes égyptiennes remontent la côte et arrivent près de Qadesh, jusqu’à croiser des bédouins, les informant que les hittites sont bien plus loin au nord. Cette information est une tromperie, puisque les bédouins se révèlent être des espions hittites. Or, la supercherie est découverte plus tard, lorsque les Égyptiens se font attaquer par surprise et perdent 2 de leurs 4 divisions.
La catastrophe est évitée pour Ramsès grâce à l’arrivée des Na’arins (peuple local), des renforts de l’armée égyptienne, qui changent le cours de la bataille que les Hittites menaient jusqu’alors.
La bataille de Qadesh semble prendre fin grâce à un armistice demandé par le roi hittite et accepté par le pharaon, sans que ce dernier ne renonce aux territoires et que la paix soit prononcée. Finalement, il s’agit d’une trêve entre les 2 empires, qui ont perdu chacun des milliers d’hommes.
La bataille est un véritable témoignage militaire de l’époque antique, malgré le fait que les sources disponibles ne répondent pas à toutes les questions : on ne parle pas des ravitaillements de l’armée, de l’organisation militaire hittite, et l’issue de la bataille nous paraît incertaine.
Une propagande exceptionnelle
La bataille de Qadesh est relatée dès le vivant du pharaon Ramsès II sur les temples de l’empire, et les plus populaires : Louxor, Abou Simbel, Abydos, Karnak ou encore le Ramesseum. Cette fois, le pharaon innove, en se représentant au cœur des évènements et des actions. Tout y est représenté : la préparation à la bataille, les espions bédouins, l’arrivée des renforts…
Sur le temple d'Abou Simbel, Ramsès capturant des prisonniers.
La figure de Ramsès domine toute l’iconographie, qui se représente d’ailleurs en pacificateur de l’univers soutenu par Amon-Rê, dieu le plus important de la mythologie égyptienne à cette époque.
Les récits du conflit sont aussi diffusés par l’écrit, par des rapports militaires, ou encore par l’unique poème de Pentaour, un récit héroïque de la bataille et rédigé en hiératique sur papyrus, ou encore en hiéroglyphes sur les monuments, seulement 4 ans après les évènements qu’il raconte, et très élogieux pour le pharaon.
Selon certain historien, une telle couverture de l'évènement pourrait s'interprêter comme le premier cas de propagande de l'Histoire humaine.
Un bilan à relativiser...
Contrairement à la propagande glorieuse répandue par Ramsès, on ne peut parler d’une victoire pour l’empire pharaonique. Les Hittites sont toujours une menace, et même si Ramsès parvient à reprendre Damas et quelques territoires, ceux-ci sont reconquis plus tard par le roi hittite Hattusilli. Par la suite, aucun des belligérants n’a les moyens pour faire la guerre, l’Égypte étant préoccupée par des révoltes en Nubie et le Hatti menacé par l’empire assyrien à l’est.
Les 2 royaumes ont déclaré avoir gagné la guerre, mais le royaume hittite semble porter plus de nuances : on ne trouve ni fresques ni documents officiels relatant le cours de la guerre, seulement quelques documents épistolaires ou écrits mentionnant le fait que les Égyptiens ont été repoussés. A contrario, les Égyptiens représentent l’armée hittite massacrée.
Peut-être les Égyptiens se sont-ils bien démarqués à la bataille de Qadesh, néanmoins, ils ont perdu la Syrie. Sur le plan stratégique, c’est donc le roi hittite qui semble être le plus victorieux.
Après plusieurs années de négociations, vers 1259 av.J.C., un traité de paix est signé : le traité de paix égypto-hittite. Il règle la question territoriale, en une promesse de paix, d'assistance mutuelle, un pacte de non-agression et en déclarant la libre circulation des marchands. L'alliance est assurée par des mariages célébrés entre des princesses hittites et Ramsès II.
Tablette d'argile relatant le traité, en cunéiforme.





