L'effondrement de l'âge du bronze récent, également appelé crise de la fin de l'âge du bronze, marque une période de transition cruciale entre l'âge du bronze récent et le premier âge du fer, s'étendant approximativement de 1200 à 1150 av. J.-C., voire à tout le XIIe siècle av. J.-C. Cette période est caractérisée par des destructions généralisées, la disparition ou le déclin marqué des royaumes dominants, et une réduction drastique des relations internationales dans la Méditerranée orientale. Après cette période de chaos, de nouvelles civilisations émergent, redéfinissant le paysage politique et culturel de la région.
Caractéristiques de la crise
Destructions et déclin des royaumes
L'effondrement se manifeste par des destructions sur des sites majeurs et secondaires, bien que l'ampleur de ces destructions soit sujette à débat. Les civilisations mycénienne et hittite disparaissent, tandis que des sites comme Ougarit sont détruits. D'autres régions connaissent des changements politiques et sociaux significatifs, notamment le Levant méridional, tandis que des zones comme le Levant central et la Syrie du Nord montrent des ruptures moins prononcées.
- Civilisations disparues : Les civilisations mycénienne et hittite sont les exemples les plus radicaux de cette disparition. La capitale hittite, Hattusa, est abandonnée volontairement et partiellement détruite. De nombreux sites mycéniens comme Mycènes, Pylos et Thèbes connaissent également des destructions significatives.
- Sites détruits : Ougarit, une cité-État commerciale majeure sur la côte syrienne, est détruite vers 1190-1180 av. J.-C. Des traces d'incendies et de violences y sont retrouvées, et la ville n'est jamais réoccupée. Des sites voisins comme Ras Ibn Hani subissent également des destructions.
Bouleversements économiques et sociaux
L'effondrement entraîne un reflux des relations commerciales et diplomatiques entre les différents pays de la Méditerranée orientale. Les économies s'éffondrent, les populations déclinent, et les structures politiques et administratives centralisées disparaissent. Les réseaux d'échanges s'effacent, marquant la fin d'un système commercial mondial qui caractérisait la fin de l'âge du bronze.
- Échec des économies centralisées : Les Empires centralisaient et organisaient la production ainsi que la répartition de richesse sur de vastes territoires. Ils régulaient l’offre et la demande, étant les premiers producteurs mais également les premiers clients. Avec leur chute, c’est le système économique qui s’effondre.
- Rupture des échanges internationaux : Les échanges maritimes entre le Levant, Chypre et le monde égéen sont perturbés par le manque de matière première, mais également de demande.
Des causes multiples et combinées
Les causes de ces bouleversements sont multiples et complexes. Les mouvements de population, comme les invasions des Peuples de la mer, jouent un rôle significatif.
Ce mystérieux peuple est mentionné dans les inscriptions de Ramsès III, qui vante sa victoire contre eux. Ils seraient impliqués dans la chute des royaumes hittite et mycénien, par des invasions violentes.
Des modifications environnementales viendraient se combiner à ces invasions. En effet, des études paléoenvironnementales suggèrent une période de sécheresse accentuée au début du XIIe siècle av. J.-C., qui aurait entraîné des disettes et affaibli les royaumes agricoles comme ceux des Hittites. Seul l’Égypte, grâce au grand Nil, aurait été épargnée par la famine.
Ces évènements ont certainement provoqué des troubles internes (tensions sociales, révoltes, rivalités dynastiques…) qui sont venus s’ajouter à la liste.
Il est probable qu'une combinaison de ces facteurs ait entraîné les bouleversements irréversibles que nous connaissons. Par effet domino, un royaume en chute entraîne les autres, qui sont liés à lui dans une économie très connectée.
Diversité des situations régionales
Monde égéen et civilisation mycénienne
La Grèce mycénienne connaît une période de bouleversements majeurs autour de 1200 av. J.-C., marquée par la destruction des principaux centres dirigeants et la disparition de l'administration mycénienne. Les causes avancées pour expliquer cette crise incluent les guerres, les invasions, les catastrophes naturelles et les crises internes.
Les principaux centres urbains (Mycènes, Pylos, Thèbes …) subissent des destructions importantes. Les archives administratives cessent d'être produites, indiquant la fin du système palatial (centralisé). S’il n’y a plus de documents administratifs, c’est que le pouvoir est soit trop faible pour gouverner correctement, soit qu'il a tout simplement disparu. Le linéaire B ainsi que de nombreuses formes d’art tombent dans l’oubli.
Les invasions des Doriens, peuple du nord de la Grèce, des tremblements de terre et des révoltes internes sont parmi les explications avancées pour cette crise. Il est probable qu'une combinaison de ces facteurs ait contribué à l'effondrement de la civilisation mycénienne.
Anatolie hittite
En Anatolie centrale, la documentation écrite cesse brusquement dans les années 1190-1180 av. J.-C., marquant la fin de l'empire hittite. La capitale, Hattusa, est abandonnée, et des traces de destructions sont observées sur d'autres sites hittites importants.
- Abandon de Hattusa : La capitale hittite est abandonnée volontairement par son élite, marquant la fin de l'empire.
- Rivalités internes : Les conflits dynastiques et les révoltes de vassaux affaiblissent l'empire hittite, le rendant vulnérable aux attaques extérieures et aux crises internes.
Conséquences et transformations post-crise
Émergence de nouvelles civilisations
Après la période de réorganisation qui suit l'effondrement, de nouvelles civilisations émergent. Les Phéniciens, les Araméens, les Philistins, Israël antique, les Phrygiens et la Grèce antique se développent, redéfinissant le paysage politique et culturel de la région.
- Phéniciens : Les cités-États phéniciennes, comme Byblos, Tyr et Sidon, maintiennent une continuité avec l'âge du bronze et deviennent des centres commerciaux majeurs. L'alphabet phénicien se développe et influence les systèmes d'écriture ultérieurs.
- Araméens : En Syrie, les Araméens émergent comme une nouvelle force politique, établissant des royaumes comme Damas. Leur culture et leur langue s'étendent largement en Mésopotamie et au Levant.
- Philistins : Les Philistins s'installent sur la côte sud du Levant. Ils établissent des cités comme Ashdod, Ashkelon et Gaza, intégrant des éléments culturels égéens et locaux.
Innovations et progrès
Cette période voit, malgré tout, des progrès technologiques, tels que le développement de la métallurgie du fer, et des changements dans les structures politiques et sociales.
L'écriture alphabétique linéaire remplace progressivement les systèmes d'écriture cunéiforme, et de nouvelles techniques agricoles et d'irrigation se développent.
Ci-joint, une carte des invasions qui ont eu lieu à cette période.

