Une relation bâtie sur le commerce
Les relations entre la Chine et l’Occident ne commencent pas au XIXᵉ siècle. Les échanges commerciaux entre les deux mondes existent depuis longtemps, même s’ils ont souvent été indirects.
Soieries, porcelaines ou thés chinois circulent en Europe depuis des siècles, tandis que les métaux européen afflue vers l’Empire. Pourtant, les deux civilisations restent longtemps inconnues, car ces échanges passent par des intermédiaires, le long des routes terrestres d’Asie centrale. Depuis l'antiquité, Chine et Occident échangent, mais ne se rencontrent jamais.
Carte : les routes de la soie, à travers l'Asie centrale
Ainsi La Chine connaît l’existence de terres lointaines à l’ouest, tout comme l’Europe sait qu’il existe, à l’autre bout du monde, un empire riche et raffiné. Mais cette connaissance reste abstraite, sans véritable enjeu politique.
Ce n’est qu’avec l’essor maritime européen, à partir du XVIᵉ siècle, que les contacts deviennent plus directs. Les puissances européennes arrivent en Asie par la mer, s’installent dans des comptoires, et cherchent à commercer directement avec la Chine.
Portugais, puis Hollandais, Espagnols et Britanniques tentent d'intégrer la Chine dans leurs réseaux commerciaux, pour tirer profit de ses richesses, et de son immense marché interieur.
Carte : les réseaux commericaux européen en Asie
Mais la Chine encadre strictement ces relations. Le port de Canton est le seul ouvert aux européens. Les marchands étrangers y sont confinés dans des quartiers dédiés, soumis à des règles stricts, et ne peuvent commercer qu'avec des représentants nommés par le pouvoir. Ils ont interdiction d'apprendre la langue, de circuler à l’intérieur du pays, et de résider de façon permanente à Canton.
Le commerce avec l'Europe est donc bien autorisé, mais les contacts avec les étrangers sont étroitement contrôlé, pour préserver l'Empire de l'influence extérieure.
Le port de Canton
Deux visions du monde
Au début du XIXᵉ siècle, la Chine ne se pense pas comme un État parmi d’autres, mais comme le centre du monde. L’empire Qing se définit comme une civilisation accomplie, moralement supérieur, qui n'a pas besoin d'évoluer. L'Empire domine l'Asie, il est vaste, peuplé, pultôt riche, alors pourquoi changer quoi que ce soit ?
Cette vision structure l’ensemble des rapports de la Chine avec l’extérieur. Le monde est perçu comme hiérarchisé : la civilisation chinoise est au sommet, entourée de peuples plus ou moins civilisés, appelés à reconnaître sa supériorité.
L'empereur chinois et ses conseillers recoivent un émissaire britannique. Il est représenté en tout petit, pour montrer la supériorité des chinois.
Cette perception explique largement le regard porté par la Chine sur l’Occident. Les produits européens intéressent peu, leur culture encore moins. Les élites chinoises ne voient aucune raison d’imiter des sociétés qu’elles jugent inférieures.
En 1793, une ambassade britannique est envoyée en Chine. Les anglais espèrent élargir le commerce avec l'Empire, ce qui enrichirait la Chine et lui donnerait accès aux technologies européennes. L’empereur Qianlong refuse.
Pour lui, l'Empire n'a besoin ni des produits, ni des technologies européennes. Derrière ce refus, il y a la conviction sincère que le système chinois est parfait et n’a pas à être transformé ou influencé par l'exterieur. L’idée même de «progrès», devenu centrale en Europe, n’a pas de véritable sens en Chine.
L’empereur Qianlong
Pendant ce temps, l’Europe connaît une mutation rapide et profonde. La révolution industrielle transforme l’économie, la production et les rapports sociaux. Les machines augmentent la productivité, les États accumulent des ressources, et les armées se modernisent.
La supériorité technologique se traduit par une puissance militaire et navale sans précédent. Les navires à vapeur et l’artillerie moderne changent radicalement l’équilibre des forces à l’échelle mondiale.
Chantier naval britannique
La Chine observe ces évolutions de loin, sans les intégrer comme des signaux d’alarme. L’empire est vaste, peuplé, relativement prospère... Alors pourquoi changer quoi que ce soit ? Adapter le système reviendrait à reconnaître qu’il est imparfait, voire obsolète, et remettraît en question la supériorité de la civilisation chinoise. Mieux vaut préserver un ordre ancien que risquer une transformation aux conséquences imprévisibles.
Ainsi, un écart décisif se creuse.
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L’Europe se transforme à grande vitesse, portée par une logique de concurrence, d’expansion et de profit.
- La Chine, elle, reste fidèle à une conception du monde fondée sur la stabilité et l’autosuffisance. Elle prend un retard technologique irréversible sur l'Europe qui entraînera bientôt un renversement brutal des rapports de force.
Canon de gros calibre américain
À l'aube des Guerres de l'opium
Au début du XIXᵉ siècle, la relation sino-occidentale est stable en apparence. Elle repose sur un commerce très encadré. Les chinois, sûrs de leur puissance et de leur supériorité, pensent contrôler la situation.
Pourtant, cet Empire millénaire est à la veille d'un immense basculement. Les européens, voudrait élargir le commerce avec la Chine, mais leur ambition est freinée par l'élite impériale, qui refuse d'ouvrir le pays aux étrangers.
Poussés par leurs interêts économiques et certains de leur supériorité technologique face à un Empire qui refuse de se moderniser, les marchands européens sont déterminés à ouvrir la Chine au commerce international, de gré ou de force.







