Jacques Cartier (1491-1557), navigateur breton originaire de Saint-Malo, est l’un des plus célèbres explorateurs français.
À une époque où le Nouveau Monde suscite toutes les convoitises européennes, il s’est illustré par ses trois voyages en Amérique du Nord sous le règne de François Ier. Ses explorations marquent le début de la colonisation française dans cette région et laissent un héritage durable, tant dans la géographie que dans l’histoire.
Contexte des Voyages : L’Âge des Grandes Découvertes
Le XVIe siècle est une période de rivalités maritimes et coloniales intenses entre les puissances européennes. Tandis que les Espagnols et les Portugais établissent leur domination dans les Amériques, François Ier, roi de France, cherche à affirmer son influence dans le Nouveau Monde.
Carte : les grands explorateurs du XVIème siècle
C’est dans ce contexte que Cartier, recommandé au roi pour ses compétences de marin et ses expéditions précédentes, est choisi pour explorer les terres encore méconnues au nord du continent américain.
La mission de Cartier est double : découvrir un passage vers l’Asie, qui ouvrirait une route maritime, et étendre la souveraineté française en revendiquant de nouvelles terres.
Premier Voyage (1534) : La Découverte du Golfe du Saint-Laurent
Le 20 avril 1534, Jacques Cartier quitte Saint-Malo avec deux navires et 61 hommes. En seulement 20 jours, il atteint les côtes de Terre-Neuve. Il explore les îles du golfe du Saint-Laurent, des lieux encore inconnus des Européens.
Carte : le premier voyage de Jacques Cartier
Le 24 juillet 1534, Cartier plante une croix à Gaspé, revendiquant ces terres au nom de François Ier.
Réplique de la croix de Gaspé
Ce premier voyage est aussi marqué par les premiers contacts avec les peuples autochtones, dont les Micmacs et les Iroquoiens. Cartier rentre en France accompagné des deux fils du chef iroquoien Donnacona. Ces jeunes hommes serviront d’interprètes lors des expéditions suivantes.
Photo : indiens Micmacs (1865)
Réalisations :
- Découverte et cartographie partielle du golfe du Saint-Laurent.
- Prise de possession symbolique des terres pour la couronne française.
- Établissement des premiers contacts avec les peuples autochtones.
Deuxième Voyage (1535-1536) : La Remontée du Fleuve Saint-Laurent
Fort de son premier succès, Cartier repart le 19 mai 1535, cette fois avec trois navires, dont la Grande Hermine. Guidé par les deux fils de Donnacona, il remonte le fleuve Saint-Laurent, qu’il confond initialement avec une voie vers l’Asie. Il explore les villages de Stadaconé (près de l’actuelle ville de Québec) et d’Hochelaga (aujourd’hui Montréal).
Le deuxième voyage
La mission est marquée par un hiver rigoureux où les Français, mal préparés, souffrent du scorbut. Grâce aux remèdes à base de sapin des Iroquoiens, Cartier et ses hommes survivent.
Cependant, les relations avec les autochtones se détériorent. Avant de quitter le territoire, Cartier capture Donnacona et plusieurs de ses proches pour les emmener en France, où ils périront sans jamais revoir leur terre natale.
Cartier rencontre le chef Donnacona
Réalisations :
- Découverte des villages iroquoiens et approfondissement de la cartographie du Saint-Laurent.
- Nomination du territoire sous le terme «Canada», tiré du mot iroquoien kanata (« village »).
- Récolte d’informations sur les terres à l’ouest, notamment sur le mythique royaume de Saguenay, supposément riche en or.
Troisième Voyage (1541-1542) : La Tentative de Colonisation
Le troisième voyage, entrepris sous la direction de Jean-François de La Rocque de Roberval, marque une nouvelle ambition : établir une colonie permanente en Amérique du Nord. Cartier, impatient, quitte Saint-Malo avant Roberval.
Il construit le fort de Charlesbourg-Royal près de l’actuel Québec, mais les difficultés s’accumulent : tensions croissantes avec les autochtones, conditions climatiques rudes et isolement.
Cartier croit avoir trouvé de l’or et des diamants, mais ces matériaux s’avèrent être de la pyrite et du quartz, sans valeur. Déçu, il retourne en France avant l’arrivée de Roberval, abandonnant le projet de colonisation.
Réalisations :
- Construction du premier établissement français en Amérique du Nord.
- Exploration approfondie du fleuve Saint-Laurent et des terres environnantes.
L’Héritage de Jacques Cartier
Cartographie
Cartier est le premier Européen à documenter précisément la région du Saint-Laurent. Ses récits et cartes, bien qu’imparfaits, servent de référence aux explorateurs et colons français qui lui succéderont.
Premiers Contacts avec les Autochtones
Ses voyages établissent les bases des relations entre les Français et les peuples autochtones. Bien que ces interactions aient parfois été marquées par la méfiance et la violence, elles ouvrent la voie à un commerce futur, notamment dans la traite des fourrures.
Fourrure de castore
Fondation d’une Présence Française en Amérique
En tant que pionnier, Jacques Cartier symbolise l’esprit d’exploration français. Bien que ses tentatives de colonisation échouent, Cartier prépare le terrain pour Samuel de Champlain, qui fondera Québec en 1608 et jettera les bases de la Nouvelle-France.
Conclusion
Les voyages de Jacques Cartier sont à la fois une aventure extraordinaire et une pierre angulaire de l’histoire de la colonisation française en Amérique.
En explorant les terres du Canada et en établissant des contacts avec ses habitants, Cartier ouvre la voie à une présence française durable dans le Nouveau Monde. Son nom reste indissociable des débuts de l’histoire du Québec, un legs qui continue de résonner des siècles après sa mort.







