En 1532, un petit groupe d’Espagnols dirigé par Francisco Pizarro s’aventure au cœur des Andes avec un objectif audacieux : s’emparer de l’Empire inca.
À l’image de la conquête du Mexique par Cortés, cette expédition, menée avec une poignée d’hommes, va provoquer l’effondrement de l’un des plus grands empires du Nouveau Monde. Grâce à une combinaison de ruse, de violence et d’exploitation des tensions internes, les conquistadors vont soumettre un territoire immense et établir la domination espagnole en Amérique du Sud.
Un Empire Inca Puissant mais Fragilisé
Au moment de l’arrivée des Espagnols, l’Empire inca est le plus vaste empire d’Amérique, s’étendant du sud de la Colombie au nord du Chili. Structuré autour d’un système administratif et militaire rigoureux, il est dirigé par l’Inca, souverain absolu considéré comme le fils du Soleil.
Cusco, la capitale, est le centre de cet empire prospère, où des routes impressionnantes relient les différentes provinces, permettant un contrôle efficace du territoire.
Réseau routier Inca
Cependant, au début du XVIe siècle, l’Empire inca traverse une grave crise politique. La mort soudaine de l’empereur Huayna Capac, suivie de celle de son héritier légitime, déclenche une guerre de succession sanglante entre ses deux fils, Huascar et Atahualpa.
Après plusieurs années de conflits, Atahualpa triomphe en 1532 et fait exécuter son frère. Mais l’empire est affaibli, divisé, et les nombreuses provinces récemment conquises voient dans cette instabilité une opportunité de se révolter. C’est dans ce contexte troublé que Pizarro fait son entrée.
Pizarro et son Expédition : Une Entreprise Périlleuse
Francisco Pizarro n’est pas un jeune aventurier inexpérimenté. Âgé d’une cinquantaine d’années en 1532, il est un vétéran des conquêtes espagnoles en Amérique.
Portrait de Pizarro
Après plusieurs expéditions infructueuses sur la côte pacifique, il est convaincu de l’existence d’un empire fabuleusement riche au sud, qu’il appelle "Pérou". En 1529, il obtient l’autorisation de Charles Quint de conquérir ce territoire et recrute une petite troupe de soldats prêts à tout pour la gloire et la fortune.
L’expédition est modeste mais redoutable : 180 hommes, une quarantaine de chevaux et quelques canons. Malgré leur infériorité numérique, les Espagnols disposent d’une supériorité technologique écrasante avec leurs armes à feu, leur cavalerie et leur discipline militaire. Mais au-delà de leur équipement, c’est la ruse et l’opportunisme qui vont assurer leur victoire.
La Capture d’Atahualpa : Un Coup de Maître
En novembre 1532, Pizarro et ses hommes arrivent dans la ville de Cajamarca, où Atahualpa, triomphant de sa guerre civile, célèbre sa victoire. Confiant dans sa puissance et ignorant le danger que représentent ces étrangers, l’Inca accepte de rencontrer Pizarro.
Le 16 novembre, la rencontre tourne au piège mortel. Pizarro tend une embuscade et lance une attaque fulgurante contre les Incas, totalement désarmés. En quelques heures, des milliers d’Indiens sont massacrés sous la puissance du feu espagnol. Atahualpa, stupéfait, est capturé vivant par Pizarro, qui l’utilise comme otage et monnaie d’échange.
La capture d'Atahualpa
L’empereur propose alors un marché insensé : dans sa cellule, il dit pouvoir échanger sa liberté, contre assez d'or pour remplir la pièce jusqu’au plafond. Pizarro accepte, et pendant plusieurs mois, les trésors de l’Empire inca affluent à Cajamarca. De l'or arrive depuis tout le royaume, en majorité sous la forme d'artéfacts religieux, issus des temples.
Artéfacts incas
Mais une fois la rançon payée, les Espagnols trahissent Atahualpa. Prétextant qu’il complote contre eux, Pizarro le fait juger, condamner et exécuter par strangulation en août 1533 (le bûcher étant très mal vu dans la culture incas, car mourir brûlé signifiait être damné dans l'au-delà).
La Prise de Cusco et la Chute de l’Empire Inca
Avec Atahualpa mort, Pizarro peut désormais marcher sur Cusco, la capitale de l’empire. Mais il ne le fait pas seul. Il exploite les tensions internes, en s’alliant avec des peuples indigènes hostiles aux Incas, notamment les Cañaris et les Chachapoyas.
En novembre 1533, les Espagnols entrent dans Cusco presque sans résistance. La ville est mise à sac, ses trésors pillés, ses temples incendiés. Les Espagnols installent un souverain fantoche, Manco Inca, espérant gouverner à travers lui. Mais très vite, ce dernier comprend qu’il n’est qu’un instrument des Espagnols et organise une révolte massive en 1536.
Pendant plusieurs mois, Cusco est assiégée par près de cinquante mille guerriers incas, bien décidés à chasser les envahisseurs. Mais les Espagnols tiennent bon et finissent par reprendre l’avantage, écrasant la révolte.
Manco Inca se réfugie à Vilcabamba, où il mène une résistance acharnée jusqu'à son assassinat en 1544. Ses successeurs poursuivront la lutte, jusqu'en 1572, date à laquelle les Espagnols capturent et exécutent Tupac Amaru, le dernier souverain inca.
Les ruines de Vilcabamba
La Colonisation Espagnole : Un Nouvel Ordre Brutal
Dès 1535, Pizarro fonde Lima, nouvelle capitale espagnole du Pérou, et organise l’administration coloniale. L’empire des Incas est absorbé dans la vice-royauté du Pérou, et les Espagnols établissent un système d’exploitation féroce.
Les populations indigènes sont soumises au travail forcé dans les mines d’or et d’argent, notamment à Potosí, où l’argent extrait financera l’expansion de l’empire espagnol en Europe. Parallèlement, les missionnaires s’emploient à convertir de force les Incas au christianisme, détruisant temples et traditions religieuses.
Les collines argentifères de Potozi
La Fin de Pizarro : Un Conquérant Trahi par les Siens
Mais la conquête du Pérou n’offre pas la paix aux Espagnols. Très vite, des querelles éclatent entre Pizarro et son ancien compagnon d’armes, Diego de Almagro, qui revendique une part du butin de la conquète. Cette rivalité mène à une guerre civile entre conquistadors, où Almagro est exécuté en 1538.
Diego de Almagro
Cependant, les partisans d’Almagro n’ont pas dit leur dernier mot. Le 26 juin 1541, un groupe de conjurés envahit le palais de Pizarro à Lima. Pris par surprise, le vieux conquistador tente de se défendre, mais il est assassiné à coups d’épée. Son corps est enterré à la hâte, marquant la fin tragique de celui qui avait conquis un empire.
Pizarro, mourrant, peint de son sang une croix catholique sur le sol
Conclusion : Entre Exploit et Tragédie
La conquête de l’Empire inca par Pizarro est l’un des chapitres les plus spectaculaires et les plus violents de l’histoire mondiale. Grâce à une combinaison de stratégie, de trahison et de brutalité, une poignée d’Espagnols est parvenue à renverser une civilisation entière.
Mais cette victoire est aussi une tragédie humaine. En moins de cinquante ans, une société brillante, avec ses traditions, son architecture et son organisation complexe, est réduite en cendres, tandis qu'un grand nombre d'indiens est emporté par les maladies transmises par les européens.









