La Montée du Nazisme en Allemagne



Allemagne, début des années 1930. La crise économique ronge tout, la démocratie s’effondre, et les rues se remplissent de drapeaux, de slogans, de violence. Au milieu du chaos, un homme monte : Adolf Hitler. Il parle fort, promet l’ordre, accuse les ennemis de l’intérieur, et gagne les foules.

En quelques années, le parti nazi transforme un régime parlementaire en dictature. Sans coup d’État, sans révolution : par les urnes, les lois, la peur, et la propagande.

Comprendre cette montée, c’est comprendre comment une démocratie peut s’autodétruire — et pourquoi elle doit savoir se défendre.

Les origines idéologiques et politiques du nazisme

L’Allemagne vaincue et humiliée (1918–1919)

La Première Guerre mondiale s’achève dans le chaos en Allemagne. En novembre 1918, le IIème Reich s’effondre, l’empereur abdique, et l’Allemagne signe l’armistice sans conditions. L’humiliation est totale : le pays n’a pas été envahi, mais doit reconnaître sa défaite et se soumettre totalement aux vainqueurs.

La République de Weimar, proclamée à la hâte, naît dans un climat d’instabilité politique, de misère sociale, et de haine contre les «traîtres de novembre», les révolutionnaires accusés d’avoir poignardé l’armée dans le dos.



Caricature : le "coup de couteau dans le dos" asséné à l'armée allemande. D'après cette légende fantasmée, des traîtres (capitalistes ; juifs ou communistes...) auraient précipité la défaite de l'Allemagne alors que l'armée pouvait encore continuer la guerre.

En réalité, l'armée allemande de 1918 était en pleine rupture, et ce n'était qu'une question de semaines avant que les alliées n'envahissent le pays.

Le traité de Versailles, signé en 1919, ajoute au ressentiment : lourdes réparations, pertes territoriales, désarmement forcé, responsabilité exclusive de la guerre. Pour une grande partie de la population allemande, qui ne considère pas avoir perdu la guerre, c’est un diktat inacceptable. Ce contexte crée un terreau fertile pour les idéologies extrêmes, qui dénoncent la République et appellent à la revanche.



Le traité de Versailles. Au centre, Clemenceau, chef du gouvernement français, sera perçu comme le pourfendeur de l'Allemagne. C'est lui qui imposera les conditions les plus dures.

L’idéologie nazie en gestation

C’est dans ce climat que se cristallise l’idéologie nazie. Elle puise dans plusieurs courants déjà présents dans la société allemande d’après-guerre :

- un antisémitisme virulent, nourri de théories du complot sur une prétendue domination juive des banques, des médias et du communisme. Les juifs sont vus comme un corps étranger au sein de la nation allemande ;

- un nationalisme revanchard, qui réclame l’abolition de Versailles et le retour de la "grandeur allemande" ;

- une croyance dans la supériorité raciale germanique et dans un darwinisme social dévoyé, justifiant l’élimination des "faibles" et des "dégénérés" ;

- un rejet absolu du communisme international

Les idées du nazisme — nationalisme radical, haine des Juifs, rejet du communisme, culte de la force — existaient déjà dans l’Allemagne d’après-guerre. Mais un homme saura les rassembler, les pousser à l'extrême, et surtout les rendre simples et percutantes pour toucher un large public : Aldolf Hitler

C’est cette capacité à transformer un ensemble confus de peurs, de rancunes et de doctrines en un discours brutal mais galvanisateur, qui fera sa force politique.



Image de propagande : des partisans se bousculent pour écouter Adolf Hitler, dans une brasserie bavaroise.

La naissance du NSDAP

En 1919, à Munich, Adolf Hitler, peintre raté et vétéran de la Grande guerre, est un agent de renseignement de l’armée chargé d’infiltrer les groupes radicaux. Dans ce context, il assiste à une réunion du DAP (Deutsche Arbeiterpartei), petit parti d’extrême droite antisémite et nationaliste. Très vite, il séduit les membres par son charisme oratoire. Il adhère au parti en septembre 1919, et en prend progressivement le contrôle.

En 1920, le parti devient le NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands). Son programme en 25 points combine nationalisme, populisme, racisme et revendications sociales floues. C’est une machine à mobiliser les mécontents, notamment dans les classes moyennes ruinées, les anciens combattants et les chômeurs.



Meeting du NSDAP dans une brasserie Munichoise, peu avant le putsch de la brasserie.

Hitler se révèle un orateur hors pair, capable de galvaniser des foules en colère. Il s’entoure d’hommes qui ne partagent pas toujours ses idées mais qui voient en lui une opportunité de conquérir le pouvoir :

  • Joseph Goebbels, jeune intellectuel brillant et fanatique, qui rejoindra plus tard le parti et deviendra le maître de la propagande ;
  • Hermann Göring, ancien pilote de chasse décoré, aristocrate autoritaire, séduit par la promesse d’ordre et de grandeur retrouvée.
  • Ernst Röhm, ancien officier qui prendra la tête de la terrible SA


Goebbels (à gauche) et Göring (à droite), lors d'un rassemblement du parti Nazi.

Au début des années 1920, le NSDAP reste encore marginal dans le monde politique allemand mais le parti se structure vite : création des SA (Sturmabteilungen) en 1921, développement d’une rhétorique révolutionnaire, et communion autour de drapeaux, d'uniformes, et de rituels quasi militaires.

Les SA (Sturmabteilungen), créées en 1921, deviennent vite l’instrument de la terreur du parti.  Cette milice constituées d’anciens soldats, de chômeurs et de marginaux avides d’action, devient  le véritable bras armée du parti. Elle a une fonction double : assurer la sécurité des meetings nazis — et semer la violence dans ceux des autres.



Défilé des SA à Berlin, 1932

Habillées de chemises brunes, les SA occupent physiquement les rues, s’affrontent aux communistes, organisent des expéditions punitives, intimident les journalistes, et agressent les opposants. Leur violence est tolérée localement par certains cercles conservateurs, notamment en Bavière

Pour Hitler, elles incarnent la vitalité et l’autorité retrouvée du peuple allemand. Pour les autres, elles signalent déjà l’émergence d’un parti politique avec une milice privée, en rupture totale avec l’État de droit



Hitler entouré de ses SA

Crises et opportunités

Instabilité de la République et violence politique

Dès sa naissance, la République de Weimar est une démocratie fragile, minée par la défiance. Elle doit affronter des tentatives de coups d’État à droite comme à gauche : le soulèvements spartakistes en 1919, des insurrections communistes, puis le putsch de Kapp en 1920, mené par des militaires conservateurs.

Dans la rue, la violence politique est permanente : assassinats d’hommes d’État, affrontements entre milices paramilitaires, climat d'insécurité généralisée.



Illustration : le ministre Walter Rathenau est assassiné en pleine rue, en 1922.

Les partis traditionnels, centristes et républicains, peinent à construire une majorité stable. Les extrêmes en profitent. À gauche, le Parti communiste allemand (KPD) est en lien direct avec Moscou. À droite, les anciens combattants, les nationalistes et les antisémites s'organisent en mouvements radicaux. Le NSDAP, encore marginal à l’échelle nationale, devient l’un des pôles les plus violents de cette agitation.

Dans ce climat de chaos, les SA prospèrent. Elles tirent parti de l’instabilité pour imposer leur loi dans la rue, notamment à Munich et dans les grandes villes industrielles. Chaque meeting politique devient un champ de bataille potentiel. Les SA y affrontent les communistes du KPD et les groupes paramilitaires rivaux. 

Comme en Italie, leur combat contre les communistes leur attire le soutient de certains industriels et d'une partie de l'aristocratie bavaroise. Hitler, charismatique et intransigeant, se présente comme l'homme de la main forte, celui qui saura rétablir l'ordre, l'autorité et la grandeur de l'Allemagne. Ce discours rassure certaines élites, qui le financent et soutiennent son mouvement.



Hitler en plein dicours

Le putsch de la brasserie (1923) et ses conséquences

En novembre 1923, dans un climat d’hyperinflation et de chaos politique, Hitler juge le moment venu de tenter un coup de force. Il lance à Munich le "putsch de la brasserie", dans l’idée de marcher sur Berlin à la tête d’un soulèvement nationaliste. Il s’inspire du modèle de Mussolini et de sa marche sur Rome.



Hitler lors du Putsch, à Munich

Mais l’armée et la police restent fidèles à la République. Le putsch est écrasé en moins de 24 heures. Hitler est arrêté, et le NSDAP interdit. C’est un échec spectaculaire… mais qui se transforme vite en opportunité. Le procès qui suit lui offre une tribune nationale. Il y tient des discours enflammés, défend son patriotisme, attaque la République. Il est condamné à seulement neuf mois de prison, qu’il purge dans un confort relatif à Landsberg.

C’est là qu’il dicte à Rudolf Hess le premier tome de Mein Kampf, mélange de programme politique, de manifeste racial et de récit autobiographique. Il y développe sa vision d’une Allemagne refondée sur la pureté raciale, débarrassée des Juifs, des communistes et des traîtres de 1918. Il y affirme aussi un principe essentiel : le pouvoir ne sera plus conquis par la force, mais par la voie légale.



Hitler (à gauche) et ses fidèles, dont Rudolf Hess (deuxième en partant de la droite), en prison.

Une décennie de progression souterraine (1924–1929)

À sa sortie de prison, Hitler trouve un parti démantelé et affaibli. Mais il garde la foi dans sa mission. Il s’emploie à reconstruire le NSDAP, cette fois avec une stratégie plus structurée. Il impose son autorité absolue, élimine les rivaux internes, et s’entoure d’un noyau dur de fidèles :

  • Joseph Goebbels devient chef du parti à Berlin, où il développe une propagande moderne, émotionnelle, agressive.
  • Heinrich Himmler, discret mais méthodique, prend la direction d’une petite formation interne aux SA : la SS, qui deviendra l’instrument de la terreur d’État.
  • Gregor Strasser, plus modéré, incarne l’aile "sociale" du parti, chargée d’élargir l’audience du NSDAP dans les milieux ouvriers.

Pendant que la République retrouve une certaine stabilité grâce au plan Dawes et à la reprise économique, le nazisme poursuit son enracinement idéologique et militant. Le parti développe ses réseaux dans les campagnes, ses organisations de jeunesse (Hitlerjugend), et ses outils de communication.



Des enfants, membres des jeunesses hitlériennes, saluent le Führer.

Le nazisme reste marginal au Parlement, mais Hitler attend son heure. La crise suivante, il le sait, lui ouvrira la voie du pouvoir.

La crise de 1929 et l’effondrement du centre politique

Le choc de la crise économique

En octobre 1929, le krach boursier de Wall Street plonge le monde dans une crise économique sans précédent. L’Allemagne est frappée de plein fouet. Son redressement économique reposait largement sur les capitaux américains, via le plan Dawes. En quelques mois, les capitaux sont retirés, les entreprises ferment, le chômage explose. En 1932, plus de six millions d’Allemands sont sans emploi, près de 30% de la population active.

Ce choc économique réactive toutes les colères sociales et politiques. L’inflation et la pauvreté alimentent un ressentiment massif contre les partis traditionnels et les élites jugées responsables ou complices. La population se tourne  à nouveau vers les extrêmes.



Soupe populaire à Berlin, 1931

L’effondrement des partis traditionnels

Face à la crise, les partis modérés — sociaux-démocrates, centristes, libéraux — sont divisés et incapables de s’accorder sur des solutions efficaces. Les gouvernements tombent les uns après les autres, faute de majorité stable. À partir de 1930, le régime parlementaire est pratiquement bloqué : le président Hindenburg gouverne par décret, contournant le Parlement. La démocratie allemande est en crise.



Le parlement de 1930 compte 15 partis différents, et aucun ne dispose d'une majorité.

Toute tentative de réforme pour redresser le pays se révèle quasi-impossible, puisque cela nécessiterait la formation d'alliances politiques, rendues impossibles par la polarisation de la scène politique allemande à cette periode.

La décomposition du centre politique profite aux extrêmes : le Parti communiste (KPD) à gauche, et surtout le NSDAP à droite. Hitler se présente comme un homme nouveau, déterminé, capable de "restaurer l’ordre", de renverser Versailles, de redonner du travail aux Allemands, et de chasser les "traîtres". Il propose des solutions brutales et simplistes, mais qui rassurent un peuple allemand en pleine détresse.  

Autour de lui, le parti s’est professionnalisé.

  • Goebbels perfectionne une propagande ultra-efficace, centrée sur l’émotion, la peur, le mythe du sauveur.
  • Himmler étend l’influence de la SS.
  • Göring, avec ses contacts dans la haute société et l’armée, rassure les milieux conservateurs.

L’ascension électorale du NSDAP

Aux élections de 1930, le NSDAP passe de 2,6 % à 18,3 %, devenant le deuxième parti du pays. Deux ans plus tard, en juillet 1932, il obtient 37,3 % des voix et devient le premier parti au Reichstag.

Le parti séduit des millions d’Allemands issus de toutes les couches sociales : la petite bourgeoisie ruinée, les paysans appauvris, les anciens combattants, les jeunes sans avenir. Il incarne la revanche et le renouveau.



La progression du NSDAP dans les urnes

Hitler lui-même devient une figure de plus en plus centrale : son image est omniprésente, ses discours enflamment les foules, ses meetings rassemblent des milliers de personnes dans une mise en scène millimétrée. Le culte du chef se met en place bien avant la prise de pouvoir.



Hitler devant ses partisans, lors d'un congrès Nazi à Nuremberg

En 1932, Hitler se présente à la présidentielle face à Hindenburg. Il perd, mais recueille plus de 13 millions de voix. Il représente désormais une force politique impossible à ignorer. Le NSDAP n’a pas encore conquis le pouvoir, mais il en est à un pas.

Prise de pouvoir et fin de la démocratie (1933–1934)

L’arrivée au pouvoir de Hitler (janvier 1933)

Devant la crise parlementaire, le président Hidenburg décide de dissoudre l'assemblée et de rappeler les allemands aux urnes. En novembre 1932, à l'occasion des nouvelles élections législatives, le NSDAP recule légèrement mais reste toujours le premier parti du pays.



La composition du parlement allemand après l'élection de novembre 1932. Le NSDAP, en brun, est le plus grand parti du Reichstag, mais il est loin d'atteindre la majorité (33,1%).

L’Allemagne est dans l'impasse. Les conservateurs, redoutant une prise de pouvoir communiste, choisissent d’intégrer Hitler au pouvoir. Ils pensent être en mesure de le contrôler, voire de le manipuler. 

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler est nommé chancelier par le président Hindenburg, à la tête d’un gouvernement où les nazis sont encore minoritaires.

Mais Hitler n’est pas un politicien classique : il saisit immédiatement l’opportunité. Pour lui, la nomination au poste de chancelier n’est pas une fin, mais un levier pour détruire la République de l’intérieur et établir un pouvoir total.



Hitler rencontre Hindenburg

L'incendie du Reichstag

Quelques semaines suffisent à Hitler pour démanteler ce qui reste de l’ordre démocratique. Le 27 février 1933, un incendie ravage le Reichstag. Un homme est arrêté sur place : Marinus van der Lubbe, jeune ouvrier de 23 ans et sympathisant communiste. Il jure avoir agit seul, mais Hitler ne peut passer à côté d'une telle occasion : il accuse aussitôt les communistes d’avoir voulu renverser l’État en provoquant l'incendie.



Le Reichstag, en feu.

Le lendemain de l'incendie, le "décret pour la protection du peuple et de l’État" suspend les libertés fondamentales : liberté de presse, d’opinion, de réunion. La police obtient des pouvoirs extraordinaires.

En mars, Hitler fait voter la loi des pleins pouvoirs, qui lui permet d'édicter des lois et de modifier la constitution, sans passer par le Parlement. Elle est adoptée avec le soutien de nombreux députés centristes et conservateurs, dans un climat d’intimidation orchestré par les SA.



Hitler annonce la loi des pleins pouvoirs, devant le parlement.

Dès lors, plus rien ne freine Hitler : les partis d'opposition sont interdits, les syndicats supprimés, la presse muselée. Les opposants sont arrêtés ou fuient.

Les SA poursuivent leur travail d’intimidation : ils arrêtent, torturent, tuent parfois. Mais leur brutalité, leur manque de discipline et l’ambition de leur chef Ernst Röhm commencent à inquiéter l’armée et les élites conservatrices.



Ernst Röhm (au centre), entouré de ses SA. À la tête d'une milice de 3 millions d'hommes, Röhm exprime des critiques quand à la direction prise par le régime, qui pactise avec les élites.

Il appelle à une "deuxième révolution", plus violente, contre les bourgeois et les aristocrates, avec qui Hitler s'est allié pour accéder au pouvoir.

Sous la pression des élites, et inquiet du pouvoir de Röhm, Hitler va faire le ménage dans la SA. En juin 1934, lors de la "Nuit des Longs Couteaux" Röhm et une centaine d’autres cadres des SA sont exécutés. À leur place, Hitler nomme des chefs dociles.

Par cette purge interne, Hitler rassure les militaires et les conservateurs, et élimine tout contre-pouvoir au sein du parti.

L’établissement du régime nazi

Le 2 août 1934, à la mort du président Hindenburg, Hitler fusionne les fonctions de chancelier et de président. Il devient officiellement "Führer et Reichskanzler", chef suprême de l’État allemand. L’armée prête serment non à la Constitution, mais à Hitler personnellement. Il accède ainsi au pouvoir absolu.



Hitler aux côtés de Göring (à gauche) passe en revue l'armée allemande.

Le parti nazi devient le seul autorisé. Le régime met en place un système totalitaire, où tous les leviers de la société sont sous contrôle : jeunesse, presse, culture, économie, police, justice. Hitler place un cadre fidèle à la tête de chaque domaines :

  • Goebbels pilote la propagande à grande échelle, fabriquant l’image du Führer et contrôlant l’information.
  • Göring organise la police politique (la Gestapo) et la répression des opposants.
  • Himmler transforme la SS en État dans l’État, prélude aux crimes de masse à venir.

Le processus est terminé. En dix-huit mois, Hitler est passé de leader d’un parti radical à dictateur absolu d’un régime entièrement modelé à son image. La démocratie allemande est morte.



Hitler au congrès de Nuremberg, 1938.

Conclusion

La prise de pouvoir par Hitler en 1933 n’est ni un coup de théâtre, ni le fruit du hasard. C’est l’aboutissement d’un processus de conquête du pouvoir progressif et structuré, fondé sur une lecture lucide des failles de la République de Weimar et sur un usage cynique de ses institutions démocratiques.

Une stratégie fondée sur la légalité pour abattre la démocratie

Après l’échec du putsch de 1923, Hitler comprend qu'il ne prendra pas le pouvoir par un soulèvement armé. Il décide alors de jouer le jeu des institutions, non pas pour s’y intégrer, mais pour les utiliser comme un véritable cheval de Troie.

Il construit un parti centralisé et hiérarchisé, se dote d’un appareil de propagande moderne, d’une milice (les SA), et d’un programme simple mais mobilisateur. À chaque étape, Hitler avance dans le cadre légal, mais avec un objectif clair : subvertir le système de l’intérieur.

La maîtrise de la propagande et des affects collectifs

L’un des piliers du succès nazi, c’est la capacité à créer un récit politique puissant, fondé sur des émotions simples mais captivantes : la peur, l’humiliation, la haine, l’espoir du renouveau.

Hitler et Goebbels transforment le discours politique en un théâtre : affiches, slogans, meetings spectaculaires, culte du chef.



Collage d'affiches par les jeunesses hitleriennes et rassemblement nazi à Nuremberg. Deux facettes de la propagande nazie : l'occupation de l'espace visuel et la démonstration de puissance.



Le public ciblé est large : classes moyennes ruinées, petits commerçants, paysans inquiets, chômeurs désespérés. À chacun, Hitler offre une explication aux malheurs du pays — Versailles, les Juifs, le marxisme, les élites corrompues — et un avenir glorieux sous la bannière du national-socialisme.

Le NSDAP apparaît comme le seul mouvement doté d’une vision claire, d’un leader fort, et d’une promesse radicale de transformation.

L’exploitation des crises et la décomposition du centre politique

Mais Hitler n’aurait pas accédé au pouvoir sans la crise de 1929, qui détruit la stabilité économique et sociale, accélère le chômage de masse, et décrédibilise les partis traditionnels. Les institutions de Weimar, déjà fragiles, s’effondrent sous le poids de l’urgence : le pays devient ingouvernable, le Parlement est contourné, la République perd toute autorité.

Hitler se présente alors comme un recours. Il n’offre pas une politique : il offre une issue, simple, brutale, autoritaire. La peur du communisme, le rejet des partis classiques, l’épuisement démocratique ouvrent une brèche dans laquelle il s’engouffre. Les élites conservatrices, croyant pouvoir le manipuler, le propulsent au pouvoir en 1933.



Hitler et Hindenburg

Une prise du pouvoir rapide et totale, dès sa nomination

Une fois chancelier, Hitler agit avec une précision implacable. Il fait voter la loi des pleins pouvoirs, interdit les partis, détruit les contre-pouvoirs, élimine ses rivaux internes (les SA de Röhm) et verrouille l’ensemble des institutions. En dix-huit mois, l’Allemagne passe de démocratie à dictature.

Ce basculement s’est produit sans coup d’État, sans guerre, sans révolution. Il s’est opéré par les urnes et par la loi, en jouant sur les bas instincts du peuple allemands : la peur ; la faim ; l'espoir ; la vengeance.


Au final, la stratégie de Hitler a reposé sur trois axes fondamentaux : 

  • l’instrumentalisation de la légalité
  • la manipulation des masses par la propagande
  • l’exploitation des faiblesses systémiques de la République de Weimar

Ce n’est pas la force seule qui l’a porté au pouvoir, mais l’effondrement progressif d’un système incapable de se défendre.

La montée du nazisme n’est pas seulement un épisode de l’histoire allemande. C’est une leçon universelle sur ce qui peut arriver quand une démocratie affaiblie ne sait plus se défendre, quand la propagande remplace le débat, et quand un homme sans scrupules exploite les failles d’un système pour en prendre le contrôle.