Le Moyen Âge tardif marque une période charnière pour le Saint-Empire romain germanique. Affaibli par les luttes internes, les tensions avec la papauté et les défis économiques et sanitaires, l'Empire subit d'importantes transformations. Cette époque voit le déclin des ambitions universelles de l’Empire, qui se recentre sur ses territoires germaniques tout en adoptant de nouvelles institutions et dynamiques politiques pour s’adapter à un monde en mutation.
Un pouvoir impérial affaibli
Avec la disparition des Hohenstaufen et l'interrègne qui suit (1254-1273), l'autorité centrale de l’Empire est considérablement affaiblie. Les princes-électeurs, grands seigneurs qui participent à l'élection impériale, renforcent leur pouvoir au détriment de celui de l'empereur. Cet affaiblissement s’accentue à mesure que les princes s’assurent une quasi-indépendance sur leurs fiefs, consolidant une structure féodale qui limite les capacités de l’Empire à imposer une autorité unifiée.
La promulgation de la Bulle d’or de 1356 par l’empereur Charles IV marque un tournant. Ce texte fixe les règles de l’élection impériale, réduisant le nombre d’électeurs à sept princes et clarifiant leurs prérogatives.
Charles IV
La Bulle d'or limite également l’intervention papale dans les affaires impériales et consacre l’autonomie des princes-électeurs. Si cette réforme stabilise les processus électoraux, elle accroît la fragmentation du pouvoir impérial, chaque prince se comportant de plus en plus comme un souverain indépendant.
L’Empire face aux ambitions françaises et italiennes
Durant le Moyen Âge tardif, l’influence de l’Empire en Europe de l’Ouest diminue progressivement. À l’ouest, la France étend son influence sur des territoires historiquement liés à l’Empire, comme le Dauphiné et la Provence. Les rois de France s’appuient sur des politiques matrimoniales et des stratégies d’annexion pour étendre leur contrôle, réduisant l’emprise impériale sur ces régions.
L’émergence de la puissance bourguignonne, sous Philippe le Hardi et ses successeurs, constitue également un défi, car les ducs de Bourgogne règnent sur un territoire à cheval entre le royaume de France et l’Empire.
Le développement de l'Etat bourguignon au XVème siècle, à cheval entre le royaume de France et le Saint Empire. En rouge, la bourgogne en 1404, puis 1467 (orange) et 1477 (jaune)
En Italie, l’autorité impériale se heurte à l’indépendance croissante des cités-États lombardes et toscanes, telles que Milan, Florence et Venise. Ces cités, souvent soutenues par la papauté, contestent l’intervention impériale et s’organisent en ligues, comme la Ligue lombarde, pour défendre leurs intérêts. Les tentatives des empereurs, comme Henri VII ou Louis IV de Bavière, pour rétablir leur autorité en Italie, se heurtent à une résistance acharnée et à des campagnes militaires coûteuses qui échouent à restaurer l’unité impériale.
La confrontation avec la papauté
Le conflit séculaire entre l’Empire et la papauté se réanime au XIVe siècle, notamment sous le règne de Louis IV de Bavière. Après la mort de l’empereur Henri VII en 1313, une double élection impériale divise l’Empire.
Le pape Jean XXII, cherchant à profiter de la situation, refuse de reconnaître aucun des deux candidats, prétendant que l'Empire est "en vacance" et qu’il revient à la papauté de gouverner temporairement les territoires impériaux en Italie.
En réaction, Louis IV proclame son indépendance vis-à-vis du pouvoir pontifical avec le manifeste Fidem catholicam (1338), affirmant que l’empereur est élu par les princes-électeurs et n’a pas besoin de l’approbation papale. Cette position est soutenue par les princes-électeurs, qui affirment leur rôle prééminent dans la gouvernance impériale. Ce conflit marque un tournant dans les relations entre l’Église et l’Empire, réduisant l’influence pontificale sur les affaires impériales.
Fresque de Louis IV, en Bavière
La réforme administrative sous Charles IV
L’empereur Charles IV (1346-1378), de la maison de Luxembourg, incarne un moment de stabilisation dans l’histoire de l’Empire. Charles IV renonce aux ambitions universelles de ses prédécesseurs pour se concentrer sur la consolidation des territoires germaniques. Son règne est marqué par une gestion habile des affaires politiques et économiques.
Charles IV
Il rétablit des relations équilibrées avec la papauté et promeut le commerce en négociant des accords avec Venise et la Hanse. Sous son règne, la Ligue hanséatique atteint son apogée, jouant un rôle clé dans le commerce entre la Méditerranée et l’Europe du Nord.
Charles IV favorise également le développement des villes et l’économie marchande, notamment en Souabe, qui devient un carrefour commercial vital reliant les bassins du Rhin et du Danube.
La promulgation de la Bulle d’or par Charles IV fixe les règles de l’élection impériale, réduisant les conflits après les successions impériales. Cependant, cette réforme renforce le pouvoir des princes-électeurs, contribuant à l’érosion progressive du pouvoir central de l’Empire.
Crises et transformations sociales
Le XIVe siècle est également marqué par de profondes crises démographiques, économiques et sanitaires. La Peste noire (1347-1351) décime près de la moitié de la population européenne, provoquant une désorganisation sociale et économique majeure.
L’affaiblissement des communautés juives, souvent victimes de pogroms, et les famines causées par un refroidissement climatique aggravent encore la situation.
Enluminure : juifs brûlés vifs pendant la peste noire. On les accusait d'être responsables de l'épidémie.
Ces crises favorisent l’émergence de nouvelles revendications politiques et religieuses. Les villes, en particulier, réclament un rôle accru dans la gouvernance impériale, tandis que des mouvements religieux dissidents, tels que ceux de John Wyclif et Jean Huss, commencent à remettre en question l’autorité de l’Église catholique. Ces tensions préludent aux réformes religieuses du XVIe siècle.
Jean Huss sur le bûcher
La fin du Moyen Âge tardif et l’émergence des Habsbourg
Après la mort de Charles IV en 1378, la maison de Luxembourg s’effondre progressivement. Son successeur, Venceslas, est déposé par les princes-électeurs en 1400 en raison de son incapacité à gouverner efficacement.
Après une période d’instabilité, la couronne impériale passe aux Habsbourg en 1438, avec l’élection d’Albert II. Cette dynastie dominera le Saint-Empire jusqu’à sa dissolution en 1806.
Albert II
Les derniers souverains du Moyen Âge tardif, comme Sigismond de Luxembourg (1410-1437), tentent de rétablir l’unité impériale et de résoudre les divisions religieuses, notamment lors du Concile de Constance (1414-1418), qui met fin au Grand Schisme d’Occident. Cependant, le pouvoir impérial reste limité par la montée en puissance des princes territoriaux et l’affirmation des villes.
Les évèques débattent lors du Concil de Constance
Grosso Modo
Le Moyen Âge tardif est une période de fragmentation mais aussi de renouveau pour le Saint-Empire romain germanique. Si l’autorité impériale décline face à l’autonomie des princes et des villes, des réformes importantes, comme la Bulle d’or, et une gestion pragmatique sous des souverains comme Charles IV permettent à l’Empire de survivre à des crises majeures. Cette période prépare l’Empire à entrer dans l’ère moderne, où les défis religieux, politiques et économiques continueront de redéfinir son rôle en Europe.









