Un roi déchu face à son destin
Le 21 septembre 1792, la Convention nationale proclame l’abolition de la monarchie et instaure la Première République.
Louis XVI, désormais simple citoyen, est emprisonné à la prison du Temple avec sa famille. Mais si la monarchie n’existe plus, le sort de l’ancien roi reste en suspens. Peut-on juger un souverain déchu ? Doit-il être exécuté ? Peut-il être gracié ?
La question de son procès s’impose rapidement comme une nécessité. Alors que la France est en guerre contre les monarchies européennes et que des tensions internes menacent la stabilité du pays, les révolutionnaires doivent trancher sur le sort de Louis XVI.
Louis XVI et sa famille au Temple
Pour certains, il demeure le symbole vivant de l’Ancien Régime, un roi déchu dont l’existence seule représente un danger pour la République. Pour d’autres, il n’est désormais qu’un simple citoyen, qui doit être jugé comme n’importe quel accusé.
Ce procès ne sera pas seulement une affaire de justice, mais un choix politique majeur qui déterminera l’avenir de la Révolution.
L’accusation : un roi face aux révolutionnaires
Le 11 décembre 1792, Louis XVI est conduit devant la Convention nationale (qui a remplacée l'Assemblée constituante), transformée en tribunal révolutionnaire.
Il entre dans un silence pesant, escorté par des soldats, et s’assoit face aux 749 députés, qui ont désormais le pouvoir de vie et de mort sur lui. Pour la première fois, un roi est jugé par son propre peuple.
Reconstitution : Louis XVI sur le banc des accusés (La révolution française, 1989)
L’accusation repose sur des preuves jugées accablantes. Le ministre de la Justice, Danton, rappelle que Louis XVI a tenté de fuir à Varennes en 1791, prouvant ainsi qu’il refusait la monarchie constitutionnelle et cherchait à renverser la Révolution.
Les députés montagnards insistent sur la découverte de l’"armoire de fer", un coffre secret retrouvé aux Tuileries, contenant des documents prouvant les échanges du roi avec des puissances étrangères et sa volonté de restaurer son pouvoir absolu. Ces lettres révèlent également son soutien aux armées ennemies, notamment à l’Autriche et à la Prusse, qui attaquent la France.
Caricature : la découverte de l'armoire de fer, bien dissimulée dans un mur du palais des Tuileries
Face à ces accusations, Louis XVI se défend calmement. Il affirme qu’il n’a jamais voulu le mal du peuple français, qu’il a simplement tenté de protéger sa famille et d’assurer l’ordre dans le royaume. Il conteste la véracité de certains documents et nie avoir voulu trahir la France.
Mais son discours sonne creux aux oreilles de nombreux députés, convaincus que la République ne peut survivre tant qu’il est en vie.
Un choix politique
Le procès du roi divise profondément la Convention, transformant la salle en un véritable champ de bataille politique.
- Les Girondins, partisans d’une Révolution modérée, hésitent à condamner le roi à mort.
- Les Montagnards, menés par Robespierre, Saint-Just et Marat, réclament son exécution immédiate.
Portrait de Robespierre
Les Girondins : juger, mais ne pas exécuter
Pour les Girondins, il ne fait aucun doute que Louis XVI est coupable. Sa trahison est prouvée, et la monarchie a été abolie. Toutefois, ils redoutent les conséquences d’une exécution, qu’ils jugent trop radicale.
Ils craignent d’abord une réaction des monarchies européennes. L’Autriche, la Prusse et l’Angleterre, déjà hostiles à la Révolution, pourraient former une coalition et attaquer la France avec encore plus de vigueur.
Mais le danger ne vient pas seulement de l’extérieur. Les Girondins redoutent aussi une guerre civile, car une partie du peuple reste attachée à la monarchie. Déjà, en Vendée et dans d’autres provinces, des soulèvements se préparent.
Exécuter Louis XVI, c’est risquer d’en faire un martyr et d’offrir un prétexte aux royalistes pour tenter une reconquête du pouvoir.
Certains, comme Vergniaud, proposent de condamner le roi, mais de le garder en captivité plutôt que de l’exécuter immédiatement. D’autres suggèrent de l’exiler aux États-Unis où il ne représenterait plus une menace directe pour la République.
Les Montagnards : "Louis doit mourir, car la patrie doit vivre"
Face aux hésitations des Girondins, les Montagnards se montrent intransigeants. Pour eux, la question du procès dépasse le simple cas de Louis XVI : c’est un choix politique, un symbole. Robespierre résume leur position en une phrase :
"Louis doit mourir, car la patrie doit vivre."
Reconstitution : Robespierre prends la parole (Un peuple et son roi, 2018)
Les Montagnards considèrent que c'est au contraire de laisser Louis XVI en vie qui mettrait en péril la Révolution. Tant qu’il respire, il reste un point de ralliement pour les ennemis de la République.
Si les armées étrangères marchent sur Paris, elles pourraient tenter de le rétablir sur le trône. Pour Robespierre et Saint-Just, aucun compromis n’est possible : la République ne peut exister pleinement que si elle brise définitivement avec la monarchie.
Saint-Just va plus loin encore, affirmant que le roi ne peut même pas être jugé, car il ne doit donc pas être traité comme un simple citoyen, mais comme l’ennemi absolu de la République.
Le verdict et l’exécution : un tournant irréversible
Un vote serré, un destin scellé
Après des jours de débats houleux, la Convention passe enfin au vote. Le 15 janvier 1793, les députés déclarent Louis XVI coupable de conspiration contre la République et de haute trahison.
Reste alors à décider de la peine. Le suspense est à son comble, car les votes sont extrêmement serrés. Certains députés hésitent encore, craignant les conséquences d’une exécution.
Finalement, après un long vote, la sentence tombe : 387 députés votent pour la mort, 334 contre. La majorité est mince, mais suffisante : Louis XVI est condamné à mort.
Le dernier jour du roi
Le 21 janvier 1793, à l’aube, Louis XVI est conduit sur la place de la Révolution (aujourd’hui place de la Concorde).
Il monte calmement sur l’échafaud et tente de s’adresser à la foule,
"Je meurs innocent de tous les crimes qu’on m’impute. Je pardonne aux auteurs de ma mort et je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France"
Les tambours se mettent à battre pour couvrir sa voix. À 10h22, la lame tombe.
La tête du roi est présentée à la foule
Un point de non-retour pour la Révolution
L’exécution de Louis XVI marque une rupture irréversible dans la Révolution. Désormais, la République est seule face à son destin, sans possibilité de retour à l’Ancien Régime.
Mais cet acte radical ne met pas fin aux troubles : au contraire, il renforce l’opposition des monarchies européennes et provoque des soulèvements royalistes.
Ce moment décisif entraîne aussi une radicalisation du pouvoir révolutionnaire. Quelques mois plus tard, la Terreur s’installe, et la République elle-même entre dans une période de violence extrême.






