En 1797, la France révolutionnaire domine l’Europe. Elle a battu la Première Coalition, imposé la paix à l’Autriche et redessiné la carte du continent à son avantage. Mais cette victoire ne signifie pas la fin des hostilités. Partout, dans les cours monarchiques, la menace républicaine inquiète et exaspère.
L’Angleterre, seule à n’avoir jamais déposé les armes, cherche à rallumer le feu de la guerre. À Vienne et à Saint-Pétersbourg, les souverains voient d’un mauvais œil l’influence grandissante de la France en Italie, en Allemagne et jusqu’en Égypte.
Alors que Napoléon Bonaparte mène une audacieuse expédition en Orient, la tempête se lève en Europe. L’Angleterre, l’Autriche et la Russie forment une nouvelle alliance : la Deuxième Coalition est née. Privée de son général victorieux, la République vacille. En Italie, les troupes françaises sont repoussées. En Suisse, les Autrichiens avancent. La guerre menace de faire basculer la France dans le chaos.
Mais cette guerre ne sera pas seulement une épreuve militaire. Elle sera aussi une bataille politique, où se joue l’avenir du régime républicain. Et au cœur de cette tourmente, un homme s’apprête à changer le destin de la France : Bonaparte, dont le retour marquera un tournant décisif.
Les Origines du Conflit : Une Europe en Ébullition
Une paix fragile, des tensions grandissantes
Lorsque la paix de Campo-Formio est signée en 1797, elle n’est qu’un cessez-le-feu déguisé. La France a dicté ses conditions, mais l’humiliation de l’Autriche et la défiance de l’Angleterre rendent ce traité instable. Les armées républicaines occupent la Belgique, une partie de l’Allemagne, et étendent leur influence sur toute l’Italie du nord.
À Paris, le Directoire, persuadé de sa puissance, pousse son avantage en soutenant de nouvelles républiques satellites.
En Suisse, en 1798, les troupes françaises imposent la République helvétique, renversant l’ancienne confédération. À Rome, la République romaine est proclamée après l’arrestation du pape. En Italie du sud, la France intervient encore, renversant le roi de Naples pour instaurer la République parthénopéenne.
L'Europe en 1798 : la France a triomphé de la première coalition et étends son influence sur les pays voisins
Mais si la France se fabrique ainsi des alliés, elle entretient d'autant plus d'ennemis. En Autriche, la rancune est intacte. En Russie, le tsar Paul Ier s’inquiète de cette expansion qui bouleverse l’équilibre européen. Quant à l’Angleterre, elle voit d’un très mauvais œil l’ambition française s’étendre jusqu’en Méditerranée.
L’expédition d’Égypte, un coup de poker aux conséquences fatales
Pendant que la France multiplie les réformes et s'entoure de républiques soeurs, Napoléon Bonaparte, déjà auréolé de gloire après sa campagne d’Italie, quitte la France avec une armée pour une mission inédite : la conquête de l’Égypte.
Napoléon embarque pour l'Égypte, à Toulon
L’objectif officiel est de couper la route des Indes aux Britanniques et de menacer leur empire colonial. Mais en réalité, cette campagne est aussi une manière d’éloigner Bonaparte de Paris, où son influence grandissante inquiète le Directoire.
En juillet 1798, la flotte française débarque en Égypte, et Bonaparte écrase les Mamelouks à la bataille des Pyramides. Mais le triomphe est de courte durée. Quelques jours plus tard, l’amiral Nelson détruit la flotte française lors de la bataille d’Aboukir, piégeant Bonaparte et son armée en Égypte.
La bataille d'Aboukir
La Deuxième Coalition se met en marche
À la fin de l’année 1798, la guerre est déclarée. L’Angleterre, l’Autriche et la Russie forment le cœur de cette nouvelle alliance, bientôt rejoints par Naples, le Portugal et l’Empire ottoman.
Les offensives ne tardent pas :
- En Italie, les Autrichiens et les Russes lancent une grande offensive pour chasser les Français.
- En Suisse, les troupes coalisées avancent, menaçant directement les frontières françaises.
- Sur les mers, la Royal Navy domine et coupe les routes commerciales de la République.
Pour la France, la situation devient critique. Privée de son meilleur général, elle doit affronter un ennemi plus puissant et mieux organisé que lors de la Première Coalition. Les défaites s’accumulent et les territoires conquis sont repris. L’illusion d’une suprématie républicaine s’effondre.
La deuxième coalition (en rouge)
1798-1799 : L’Offensive des Coalisés et la Déroute Française
Au début du conflit, la France est en position défavorable. Elle doit défendre un immense territoire, de la Belgique à l’Italie, contre des adversaires mieux organisés et plus nombreux.
L’Italie bascule : la campagne d’Autriche et de Russie
L’un des premiers théâtres d’opérations est l’Italie. Sous le commandement du général Suvorov, les armées russes et autrichiennes déclenchent une offensive foudroyante en 1799.
Face à eux, les français sont dépassés. La République cisalpine s’effondre, les troupes françaises sont écrasées à la bataille de Cassano (avril 1799) et les Autrichiens entrent triomphalement à Milan.
Peu après, la République parthénopéenne, fondée à Naples sous protection française, est balayée par une contre-offensive royaliste appuyée par les Britanniques.
En quelques mois, presque toute la péninsule échappe au contrôle français.
En Suisse et en Allemagne, les coalisés menacent la République
Pendant que l’Italie tombe, la Deuxième Coalition ouvre un autre front en Suisse. Là encore, Russes et Autrichiens envahissent la République Hélvétique.
La République française, désorganisée et mal dirigée, doit aussi affronter une offensive en Allemagne, où les Autrichiens reprennent une partie des territoires conquis sous la Première Coalition. La pression s’accroît sur la France, et à Paris, le Directoire est au bord de l’effondrement.
1799 : Le Tournant du Conflit – Bonaparte Prend le Pouvoir
Mais la guerre prend un tournant décisif en 1799. Napoléon, de retour d’Égypte, se saisit du pouvoir à Paris lors du coup d’État du 18 Brumaire. À partir de ce moment, la France change de stratégie. Désormais entre les mains d’un homme au talent militaire reconnu, elle passe à l’offensive.
En moins de deux ans, elle renverse la situation, imposant la paix aux coalisés.
Le coup d’État du 18 Brumaire
Bonaparte sait que pour consolider son pouvoir, il doit gagner la guerre rapidement. Il planifie alors une double offensive : en Italie et en Allemagne.
La Campagne d’Italie et la Victoire de Marengo (1800)
En mai 1800, Bonaparte traverse les Alpes avec son armée. Son objectif est clair : reprendre l’Italie aux Autrichiens.
Napoléon traverse les Alpes
Face à lui, le général autrichien Melas contrôle toujours le nord de l’Italie. Après plusieurs manœuvres stratégiques, les deux armées se rencontrent le 14 juin 1800 à Marengo. La bataille est acharnée.
D’abord en difficulté, les Français semblent sur le point d’être défaits. Mais l’arrivée des renforts dirigés par Général Desaix renverse la situation.
Napoléon devant le corps du général Desaix, tombé pendant l'assaut
La victoire est totale : Les Autrichiens, surpris et désorganisés, reculent. Quelques semaines plus tard, la France contrôle à nouveau Milan, Gênes et une grande partie du nord de l’Italie.
La Campagne d’Allemagne et le Triomphe de Hohenlinden (1800)
Pendant que Bonaparte combat en Italie, une autre grande bataille se joue en Allemagne, où le général Moreau, l’un des meilleurs stratèges français, mène une offensive contre les Autrichiens.
Le 3 décembre 1800, il inflige une défaite décisive aux forces autrichiennes lors de la bataille de Hohenlinden. Cette victoire met fin aux espoirs de l’Autriche de poursuivre la guerre.
Le général Moreau après la bataille
1801 : La Fin de la Deuxième Coalition
Après ces défaites successives, l’Autriche comprend que la guerre est perdue.
En février 1801, elle signe le traité de Lunéville, qui confirme la domination française sur l’Italie et la rive gauche du Rhin.
La Russie, méfiante à l’égard de ses alliés, s’est retirée du conflit dès 1800. Désormais, il ne reste plus que l’Angleterre face à la France. Mais, bien que toujours puissante sur les mers, elle ne peut pas lutter seule sur le continent.
En mars 1802, la France et l’Angleterre signent le traité d’Amiens, mettant temporairement fin à la guerre. C’est une paix fragile, mais une paix tout de même.
Signature du traité d’Amiens
Les Conséquences de la Guerre
La guerre de la Deuxième Coalition s’achève en 1801 par une victoire française éclatante. Après avoir subi de lourdes pertes en 1799, la France a réussi à inverser le cours du conflit sous la direction de Bonaparte.
Mais cette victoire ne marque pas seulement la fin d’un affrontement militaire : elle redéfinit la carte de l’Europe et annonce les transformations profondes qui mèneront à l’Empire napoléonien.
Le traité de Lunéville (1801) : L’Autriche contrainte à la paix
La défaite autrichienne est consommée à Hohenlinden (décembre 1800). Pris en étau, Vienne n’a d’autre choix que de négocier.
Le 9 février 1801, l’Autriche signe le traité de Lunéville, qui confirme et élargit les conditions de Campo-Formio (1797) :
- La France conserve la rive gauche du Rhin, qui devient officiellement sa frontière orientale.
- L’Autriche reconnaît l’influence française en Italie, notamment sur la République cisalpine et la République ligurienne.
- Les États allemands sont restructurés sous domination française.
Ce traité marque la fin définitive de la présence autrichienne en Italie, consacrant la suprématie de la France sur la péninsule.
Le traité d’Amiens (1802) : Une paix fragile avec l’Angleterre
Avec le retrait de la Russie en 1800 et la défaite de l’Autriche en 1801, la puissance britannique, isolée, ne peut pas continuer la guerre. Les négociations s’ouvrent, et le traité d’Amiens est signé en mars 1802.
Ce traité marque une paix temporaire entre la France et l’Angleterre :
- La France évacue Naples et l’Égypte, mais conserve ses conquêtes continentales.
- L’Angleterre s'engage à rendre Malte à l’Ordre des Hospitaliers (ce qu'elle ne fera jamais)
- Les hostilités cessent en Europe, mettant fin à dix ans de guerre ininterrompue.
L'Europe en 1803
Cette trêve est cependant fragile : aucune des deux puissances ne considère Amiens comme une paix définitive. Dès 1803, les tensions renaissent et un nouveau conflit éclate, ouvrant la voie aux grandes guerres napoléoniennes.
Un tournant décisif pour Bonaparte et l’Europe
La guerre de la Deuxième Coalition ne se résume pas seulement à une victoire militaire. Elle a des conséquences politiques et stratégiques majeures :
- Consolidation du pouvoir de Bonaparte :
Le succès militaire de 1800 renforce considérablement la légitimité de Bonaparte, qui s’est présenté comme le sauveur de la République en 1799. Il utilise ces victoires pour justifier son pouvoir personnel et poser les bases de l’Empire napoléonien, qui est proclamé en 1804.
- Une Europe sous influence française :
Avec l’Autriche affaiblie et l’Angleterre contrainte à la paix, la France domine le continent. Elle contrôle l’Italie, les Pays-Bas et la rive gauche du Rhin.
L’Allemagne commence sa transformation sous la pression française, annonçant les réformes qui mèneront à la Confédération du Rhin (1806).










