Le contexte politique de la fin du Directoire
Un régime à bout de souffle
En 1799, la République est en péril. Le Directoire, instauré en 1795, se révèle incapable de stabiliser la France après les excès de la Révolution. Le régime est miné par l'instabilité politique : les royalistes espèrent restaurer la monarchie, tandis que les jacobins veulent relancer un projet républicain radical.
L'économie est en crise, le mécontentement populaire grandit, et les guerres extérieures pèsent sur les finances. Face à cette situation, une partie des élites cherche à renforcer l'exécutif, convaincue que la France a besoin d'un pouvoir fort pour restaurer l'ordre.
L’opportunité politique et la préparation du coup d’État
Le coup d’État du 18 Brumaire est conçu dans les coulisses du pouvoir par plusieurs hommes influents : Emmanuel-Joseph Sieyès, l’un des Directeurs du régime, souhaite une refonte totale des institutions et cherche un homme providentiel pour guider la Nation.
Il trouve en Napoléon Bonaparte, général talentueux et extrêmement populaire, l’exécutant idéal.
"L'abbé" Sieyès, grand acteur politique depuis 1789
Napoléon, auréolé de gloire militaire, voit dans cette manœuvre une occasion unique d’accéder au sommet de l’État. Sieyès et Bonaparte obtiennent le soutien de Roger Ducos, un autre Directeur, et de Talleyrand, ministre des Relations extérieures, qui facilite les alliances politiques nécessaires.
Pour assurer la réussite du coup, ils s'appuient également sur Lucien Bonaparte, président du Conseil des Cinq-Cents (et frêre de Napoléon), et sur Murat, général dévoué chargé de sécuriser Paris avec ses troupes.
Le coup d'État du 18 et 19 Brumaire (9-10 novembre 1799)
La mise en place du coup d’État
Au matin du 18 Brumaire de l'an VIII (9 novembre 1799), Sieyès et Bonaparte déclenchent leur plan.
Pour réussir leur coup d'État, Napoléon et ses alliés doivent neutraliser le Directoire, qui détient l’exécutif. Ils doivent ensuite convaincre ou disperser les deux assemblées législatives :
- le Conseil des Anciens, qui peut être influencé,
- le Conseil des Cinq-Cents, bien plus hostile, qui risque de rejetter le coup d'État.
Enfin, il leur faut contrôler l'armée, dont le ralliement est essentiel pour garantir le succès de l’opération. Mais la popularité de Napoléon leur assure ce soutien.
Napoléon mène ses hommes sur le pont de l'Arcole, un épisode héroïque grâce auquel il gagnera le respect de ses soldats.
Le Directoire est rapidement neutralisé : Sieyès et Ducos, qui participent au complot, démissionnent immédiatement, tandis que les trois autres Directeurs sont mis à l’écart ou contraints de se retirer. La première phase du coup d’État se déroule sans heurts.
La résistance et l’intervention militaire
Le lendemain, Bonaparte doit convaincre les députés du Conseil des Cinq-Cents d’approuver la nouvelle Constitution, qui fait de lui le premier Consul.
Mais devant la chambre, le général ne montre pas le charisme qu'il déploie sur les champs de bataille : son discours est hésitant et maladroit.
Certains députés dénoncent un coup d’État militaire et exigent sa mise en accusation. On le traite de dictateur. La tension monte et Bonaparte, désorienté, quitte la salle sous les huées.
Napoléon est chahuté par les députés, qui rejettent sa proposition
La situation bascule grâce à l’intervention de Lucien Bonaparte. Voyant les députés devenir menaçante, il monte sur une table et s’écrie que son frère est menacé d'assassinat ! Il exhorte Murat et ses soldats à disperser l’assemblée par la force. Ce dernier ordonne l'intervention de la troupe :
«Foutez-moi tout ce monde-là dehors !».
Les grenadiers entrent en action, expulsant les députés récalcitrants.
Une fois les salles vidées, une commission composée des quelques députés restants rédige un décret proclamant la fin du Directoire et instituant un gouvernement provisoire dominé par trois Consuls :
- Napoléon
- Sieyès
- Ducos
C'est la naissance du Consulat.



