Lorsque Napoléon Bonaparte prend le pouvoir en 1799 par le coup d’État du 18 Brumaire, la France sort d’une décennie de chaos révolutionnaire. Le Consulat, qu’il met en place, offre rapidement ordre, stabilité et réformes.
Mais dès le début, Napoléon s'atèle à concentrer progressivement tout le pouvoir entre ses mains. De Premier Consul à vie en 1802, il franchit en 1804 l’étape ultime en se couronnant empereur des Français, instaurant un empire qui mêle héritage révolutionnaire et traditions monarchiques.
Comment Napoléon a-t-il transformé la République issue de la Révolution en un Empire personnel ? Quels ont été les fondements de cette montée en puissance et quelles institutions a-t-il mises en place pour assurer son autorité ?
L’évolution d'un pouvoir personnel (1800-1804)
Une concentration progressive des pouvoirs
Dès la mise en place du Consulat, Napoléon prend soin d’asseoir son autorité tout en maintenant l’illusion d’un régime républicain.
La Constitution de l’an VIII (1800) renforce considérablement le pouvoir exécutif, en faisant du Premier Consul (Napoléon lui-même) le chef de l’État, assisté par deux autres consuls aux rôles purement consultatifs.
Les assemblées législatives sont volontairement affaiblies. Le Corps législatif censés débattre et voter les lois, est réduits à des fonctions décoratives. L’essentiel du travail législatif est confié au Conseil d’État, une institution dirigée par Napoléon, qui rédige les lois et les oriente selon sa volonté.
Siège du Conseil d'État, aujourd'hui
Parallèlement, Napoléon s’appuie sur l’armée et l’administration pour consolider son pouvoir. Il contrôle les généraux, nomme lui-même les préfets (créés en 1800) et met en place un appareil bureaucratique efficace et loyal, garant de l’exécution de ses décisions.
Le Consulat à vie : un pas vers la monarchie
L’immense popularité de Napoléon après ses victoires militaires et ses réformes administratives lui permet de franchir une étape décisive. Par un plébiscite organisé en août 1802, il obtient le Consulat à vie, supprimant ainsi toute limite temporelle à son pouvoir.
Ce tournant marque une rupture avec le modèle républicain. Napoléon obtient le droit de désigner son successeur, préparant ainsi une transmission dynastique. Il modifie également la Constitution pour renforcer encore l’exécutif, réduisant encore davantage l’influence des assemblées législatives.
En parallèle, la censure se durcit. La presse est contrôlée, et le ministre de la Police, Joseph Fouché, met en place un système de surveillance qui traque toute opposition. Napoléon justifie ces mesures par la nécessité d’assurer la stabilité du régime et de protéger les acquis de la Révolution contre les factions extrêmes.
Les grandes réformes du Consulat
Au pouvoir, Napoléon va profondément réformer le pays. De nombreuses institutions mises en place sous son règne, perdurent encore aujourd'hui. Pour n'en citer que quelques-unes : les lycées, le Code civil, le Conseil d'État, ou encore la Légion d'Honneur...
Ces "Masses de Granites", qui traverseront la Restauration et les Républiques, témoignent de son influence profonde sur l'État français moderne.
Un État centralisé et efficace
Napoléon impose une organisation administrative rigide et efficace. En 1800, il crée le corps des préfets, véritables relais du pouvoir central dans chaque département. Ces fonctionnaires, directement nommés par le Premier Consul, supervisent l’ordre public, l’économie locale et la collecte des impôts.
Le système administratif napoléonien repose sur une méritocratie stricte. Les hauts fonctionnaires et les magistrats sont choisis non plus en fonction de leur naissance, mais de leurs compétences et de leur fidélité au régime. Cette organisation permet de renforcer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Le Concordat de 1801
L’une des grandes réussites du Consulat est la pacification de la question religieuse. Depuis la Révolution, les tensions entre l’Église et l’État étaient vives.
Le pape Pie VII signe le Concordat
En signant le Concordat avec le pape Pie VII en 1801, Napoléon reconnaît que le catholicisme est la religion de "la majorité des Français" (attention, il ne redevient pas religion d'État !), tout en maintenant le contrôle de l’État sur l’Église.
Les évêques sont désormais nommés par l’État et doivent prêter serment au gouvernement. Ce compromis tente de satisfaire les royalistes, qui voudraient rétablir la religion au centre de la vie politique, et aussi les républicains, qui à l'opposé, veulent un État laïque.
Le Code civil (1804) : l’héritage juridique de Napoléon
Napoléon mène une réforme majeure du droit français, qui aboutit à la promulgation du Code civil en 1804. Ce texte unifie le droit sur tout le territoire et garantit des principes fondamentaux :
- Égalité devant la loi et suppression des privilèges de l’Ancien Régime.
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Protection de la propriété privée et liberté contractuelle.
- Organisation de la famille avec une autorité renforcée du père.
Le Code civil est encore en vigueur aujourd’hui en France, preuve de sa solidité et de son influence durable. Il sert également de modèle pour de nombreux pays en Europe et dans le monde.
La transition vers l’Empire
Le complot royaliste et l’affaire du duc d’Enghien (1804)
En 1804, un complot royaliste vise à assassiner Napoléon. L’arrestation du conspirateur révèle que le duc d’Enghien, prince bourbon, était en contact avec les royalistes.
L’exécution du duc d’Enghien en 1804 est un acte hors du commun car Napoléon fait enlever et juger un prince Bourbon sur un territoire étranger, en violant le droit international. Son procès expéditif, sans preuves solides ni réelle défense, aboutit à une exécution immédiate.
L’exécution du duc d’Enghien
Cet événement envoie un message clair aux royalistes et aux monarchies européennes : Napoléon ne tolérera aucune opposition. Cette affaire, perçue comme un assassinat politique, accélère la transformation du régime vers un Empire autoritaire.
La proclamation de l’Empire (mai 1804)
Le Sénat propose à Napoléon de prendre le titre d’Empereur des Français. Un plébiscite est organisé : les Français, rassurés par la stabilité du régime, approuvent massivement cette évolution. L’Empire est proclamé officiellement en mai 1804.
Napoléon reprend certains codes monarchiques tout en gardant des éléments révolutionnaires. Il crée une noblesse impériale, mais celle-ci est basée sur le mérite et non sur la naissance. L’Empereur reste garant des acquis de la Révolution, tout en instaurant un régime très monarchique.
Le sacre (2 décembre 1804)
La cérémonie du sacre a lieu à Notre-Dame de Paris, en présence du pape Pie VII. Mais dans un geste hautement symbolique, Napoléon retire la couronne des mains du pape et se couronne lui-même, affirmant ainsi une rupture avec la monarchie traditionnelle : son pouvoir vient du peuple et non de l’Église.
Après s'être couronné Empereur, Napoléon couronne Josephine Impératrice
Le sacre marque la consécration d’un régime impérial légitime et accepté par les Français. Mais il ouvre aussi une nouvelle ère : celle des guerres impériales, où Napoléon devra défendre son trône contre l’Europe entière.
Conclusion : L’avènement d’un nouvel ordre politique
En l’espace de quatre ans, Napoléon a transformé le Consulat en Empire, imposant un régime personnel fort et centralisé. Grâce à ses réformes, il a construit un État moderne et efficace, tout en préparant la France à une confrontation inévitable avec les puissances européennes.
L’Empire désormais proclamé, Napoléon s’apprête à affronter ses premiers défis militaires majeurs, notamment la formation de la Troisième Coalition, qui contestera la domination française en Europe.




