Un Empire face à l'Europe coalisée
En 1803, la paix d'Amiens entre la France et l'Angleterre vole en éclats. Napoléon Bonaparte, Premier Consul depuis 1799, voit son projet de domination continentale remis en cause par l'hostilité britannique.
L'Angleterre, inquiète de l'expansion française, forme une nouvelle coalition avec l'Autriche, la Russie, la Suède et Naples. C'est le début de la Troisième Coalition, une nouvelle tentative d'écraser la France avant que Napoléon ne devienne trop puissant.
Carte : la France et ses alliés (en bleu) contre la troisième coalition (en rouge)
Pendant deux ans, Napoléon prépare l'invasion de l'Angleterre en concentrant une immense armée à Boulogne. Mais la bataille de Trafalgar met un terme à cette ambition. Le premier consul change alors ses plans avec une rapidité foudroyante et concentre ses forces en Allemagne. En quelques semaines, il inflige une série de défaites humiliantes aux Autrichiens et aux Russes, culminant dans la bataille d'Austerlitz.
Le projet avorté d'invasion de l'Angleterre
Le camp de Boulogne : Une armée prête à l'assaut
Depuis 1803, Napoléon concentre la Grande Armée à Boulogne, une force de 200 000 hommes, parfaitement équipée et entraînée. Son plan repose sur une traversée rapide de la Manche sous protection de la flotte française, qui doit tromper la Royal Navy.
Napoléon ordonne à l’amiral Villeneuve de faire voile vers les Antilles, espérant que la Royal Navy le poursuivra. Une fois la marine britannique attirée loin des côtes anglaises, Villeneuve devait revenir en toute hâte en Europe, et couvrir la traversée de la Grande Armée vers l'Angleterre.
Trafalgar : Une bataille navale fatale (21 octobre 1805)
Le plan naval tourne à la catastrophe. Villeneuve, hésitant, est intercepté par Nelson au large de Cadix. Lors de la bataille de Trafalgar, la flotte franco-espagnole subit un véritable carnage : 18 navires des 33 engagés dans la bataille sont coulés ou capturés.
La Bataille
Malgré la mort de l'Amiral Nelson, la Royal Navy écrase définitivement la marine française, ruinant toute chance d'invasion.
L'Amiral Nelson (à droite) s'effondre, atteint par un tir de mousquet français
Napoléon comprend immédiatement qu'il doit porter la guerre sur le continent. Il tourne son attention vers l'Autriche et la Russie, qui préparent une invasion de la France via l'Allemagne.
La campagne de 1805
La progression des armées et les stratégies des belligérants
L'Autriche concentre ses forces sous le commandement du général Mack en Bavière, près d'Ulm, pensant y recevoir le soutien des Russes du général Koutouzov. Le plan autrichien repose sur l'occupation rapide de la Bavière et une marche vers le Rhin pour menacer la France.
Napoléon comprend le danger et décide de prévenir leur jonction avec les Russes en attaquant rapidement. En septembre 1805, la Grande Armée se met en marche en direction de l'Allemagne. Elle traverse le Rhin à Wurtzbourg et marchant vers le sud pour couper les Autrichiens de leurs renforts russes.
Carte : le mouvement français
La bataille d'Elchingen et la chute d'Ulm (14-20 octobre 1805)
Le 14 octobre, le maréchal Ney mène une attaque décisive sur les positions autrichiennes à Elchingen, un village fortifié contrôlant un point clé de la retraite autrichienne. Face à lui, les forces autrichiennes tentent de défendre un pont stratégique sur le Danube.
Après de violents combats où l'infanterie française repousse méthodiquement l'ennemi, Ney prend Elchingen, coupant la retraite de Mack et anéantissant tout espoir de jonction avec les Russes. Les Autrichiens, dont la fuite est rendue impossible, se retranchent dans la ville d'Ulm.
Le 20 octobre, complètement encerclé, Mack capitule avec 30 000 soldats, livrant son armée sans combat.
Napoléon reçoit la reddition d'Ulm
La prise de Vienne et la bataille de Hollabrunn (13-16 novembre 1805)
Après Ulm, Napoléon marche vers Vienne, la capitale autrichienne. L'Empereur François II, incapable de la défendre, abandonne la ville.
Napoléon entre dans Vienne le 13 novembre 1805, capturant d'immenses stocks de ravitaillement et prenant le contrôle du Danube.
Napoléon reçoit les clés de Vienne
Pendant ce temps, les Russes, qui battent en retraite depuis l'effondrement Autrichien, sont poursuivis par Murat.
Austerlitz (2 décembre 1805)
Après la prise de Vienne, Napoléon se porte à la rencontre de l'armée russe, qui a fait sa jonction avec les restes de l'armée autrichienne, en Moravie. Les coalisés rassemblent une force de 85 000 soldats.
Napoléon, en infériorité numérique, les rencontre non loin du petit village d'Austerlitz. Là, par son géni tactique, il parvient à inverser la situation et écrase les russo-autrichiens. Observant sa victoire depuis les hauteurs, Napoléon, triomphant, aurait prononcé sa célèbre phrase :
"Voyez comme brille mon soleil d'Austerlitz !"
Une métaphore faisant référence non seulement au ciel dégagé après le brouillard matinal, mais aussi à l’éclat de sa victoire totale.
Napoléon à la bataille d'Austerlitz
En effet, avec plus de 30 000 pertes du côté ennemi contre moins de 9 000 côté français, c'est une victoire écrasante. La bataille scelle définitivement la défaite de la Troisième Coalition, forçant l’Autriche à capituler et la Russie à se replier en désordre.
Conclusion
La guerre de la Troisième Coalition prend fin avec la victoire éclatante de Napoléon à Austerlitz et la signature du traité de Presbourg le 26 décembre 1805.
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L’Autriche, totalement vaincue, est contrainte de céder de vastes territoires à la France et à ses alliés allemands.
- La Russie, bien que sévèrement affaiblie, refuse de signer la paix et se retire vers l’est, laissant Napoléon maître du continent.
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Le Royaume-Uni, isolé après la chute de ses alliés, reste en guerre mais sans capacité immédiate d’intervention terrestre, poussant Napoléon à initier le Blocus continental en 1806.
- L'Allemagne est profondémént réorganisée. Le Saint-Empire est dissout. À sa place, Napoléon inaugure la Confédération du Rhin, une coalition d'États germaniques sous influence française, mais cette reconfiguration ne sera pas sans conséquences.
Cette réorganisation de l’Europe consacre la suprématie militaire de Napoléon, mais pose aussi les bases d’un nouveau conflit. En détruisant le Saint Empire, la France réveille un ancien ennemi en Europe centrale : la Prusse. L’émergence du royaume allemand comme une puissance rivale pour la suprématie sur le monde germanique déclenchera la guerre de la Quatrième Coalition, qui verra de nouvelles batailles décisives pour l’avenir du continent.







