La Guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807)



À peine la Troisième Coalition écrasée à Austerlitz en 1805, Napoléon impose un nouvel ordre en Europe. Pourtant, en 1806, une nouvelle alliance voit le jour : la Quatrième Coalition, formée par la Prusse, la Russie, la Grande-Bretagne et la Suède

Cette fois, la Prusse, inquiète de la montée en puissance de Napoléon et de la création de la Confédération du Rhin, prend les devants. Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, convaincu de la nécessité d’arrêter l’expansion française, déclare la guerre en octobre 1806.

Mais il sous-estime la rapidité et l’efficacité de la Grande Armée. Ce conflit, qui s’étend sur moins d’un an, verra la destruction de l’armée prussienne, une guerre terrible contre les Russes et une paix imposée par Napoléon à Tilsit



Carte : les bellingérant 

L’écrasement de la Prusse (Octobre 1806)

La dissolution du Saint-Empire et la montée des tensions en Allemagne

Après la défaite de l’Autriche en 1805, Napoléon réorganise l’Allemagne en dissolvant officiellement le Saint-Empire romain germanique, en juillet 1806. Il détruit une entité politique vieille d'un millénaire, qui assurait l'équilibre politique de l'Allemagne.

 À sa place, il crée la Confédération du Rhin, une alliance de 16 États allemands placés sous influence française. Cette réorganisation ne fait pas qu'affaiblir l'Autriche : elle bouleverse l’équilibre des forces dans toute l'Europe centrale et menace l'influence de la Prusse en Allemagne.


Celle-ci perçoit l’expansion française comme une agression directe contre sa souveraineté, notamment parce que de nombreux États allemands qui lui étaient auparavant alliés passent sous contrôle français.

Face à cette ingérence, Frédéric-Guillaume III décide d’agir, convaincu que l’armée prussienne, forte de son prestige, peut vaincre Napoléon.

La Prusse isolée, une armée dépassée

La Prusse déclare la guerre en octobre 1806, convaincue que Napoléon est trop occupé par ses négociations de paix avec la Russie pour réagir rapidement. 

Les prussiens pensent donc avoir du temps devant eux, avant que l'armée française ne se remobilise complètement et ne se porte à l'offensive. Frédéric III mise sur une guerre longue, qui usera la France, et laissera le temps à l'armée russe d'intervenir.

Mais c'est grandement sous-estimer la vitesse de réaction française. Napoléon réagit immédiatement, et entreprend une guerre éclaire en Prusse

De plus, Frédéric III surestime son armée : celle-ci est encore structurée sur le modèle du XVIIIe sièclerigide et lente, avec des généraux âgés.



L'armée Prussienne pendant la guerre de Sept Ans

Face à elle, la Grande Armée de Napoléon, rodée par les campagnes précédentes, est rapide, organisée en corps autonomes et dirigée par des généraux aguerris.



Napoléon passe en revue la Garde Impériale.

La foudre napoléoniene : Iéna et Auerstedt

La Prusse mobilise ses troupes et avance vers le sud, cherchant à empêcher Napoléon d’entrer en Saxe. L'Empereur, au lieu d'attendre l'attaque prussienne, prend l’initiative et manœuvre rapidement vers le nord, franchissant la Thuringe pour couper les lignes de communication prussiennes et menacer Berlin.  

Le 13 octobre, les éclaireurs français repèrent deux grandes armées prussiennes dispersées :  

  1. À Iéna, une force de 50 000 hommes commandée par Hohenlohe, chargée de protéger l’arrière-garde.  
  2. À Auerstedt, à 30 km au nord, le gros de l'armée prussienne, sous Brunswick.  

Napoléon décide d’attaquer immédiatement à Iéna, pensant affronter la principale force ennemie. Il ignore alors que la véritable armée prussienne se trouve plus au nord et que Davout affrontera seul, à Auerstedt, une force bien supérieure.  

Bataille d'Iéna : Au matin, Napoléon attaque une armée de 50 000 Prussiens, mal positionnés sur les hauteurs. Lannes mène l’assaut principal, bousculant le centre prussien.  

Vers 11 heures, Murat intervient avec une charge massive de cavalerie. Ses cuirassiers et dragons percent les lignes prussiennes, semant panique et désordre. L'armée prussienne s’effondre et fuit en désordre.  



Un dragon capture un drapeau Prussien

L’après-midi, Soult et Ney achèvent l’anéantissement de l’ennemi, forçant la retraite complète des Prussiens. Napoléon remporte une victoire totale, ouvrant la route de Berlin.

Bataille d'Auerstedt : Pendant ce temps, le maréchal Davout, avec seulement 26 000 hommes, affronte le gros de l’armée prussienne (plus de 60 000 soldats). Contre toute attente, Davout remporte une victoire spectaculaire, infligeant des pertes terribles aux Prussiens.

L’armée prussienne, démoralisée et dispersée, est poursuivie sans relâche. En 19 jours, la Prusse est anéantie. Berlin tombe aux mains des Français le 27 octobre 1806.



Napoléon entre à Berlin

La campagne contre la Russie (1807)

Avec la Russie, une paix impossible

Napoléon poursuit immédiatement son offensive vers l’est, visant désormais la Russie. La Grande Armée traverse rapidement l’Oder pour prendre contrôle de la Pologne prussienne, région stratégique séparant la France et la Russie.  

Napoléon établit son quartier général à Varsovie en décembre 1806, alors que les forces russes, commandées par Bennigsen, reculent vers la Vistule. L’Empereur organise ses forces sur plusieurs axes, avançant vers l’Est malgré des conditions hivernales difficiles.  

Depuis Varsovie, Napoléon encourage la renaissance d’un État polonais, qui avait disparu lors des Partages de la Pologne au siècle dernier. Mais cette prétention inquiète Alexandre Ier, car cela pourrait attiser un soulèvement des populations polonaises sous contrôle russe. Les tensions et les enjeux sont trop fortes pour que le Tsar demande la paix sans combattre.

La bataille d’Eylau (8 février 1807)

Après des mois de combats en Pologne, Napoléon affronte les Russes à Eylau, sous une tempête de neige. C’est une bataille d’une rare brutalité. 

Les pertes sont énormes des deux côtés. Pour la première fois, Napoléon n’obtient pas une victoire décisive.



La bataille d'Eylau

Friedland : la victoire décisive (14 juin 1807)

Napoléon apprend des erreurs d’Eylau et attend des renforts avant d’engager de nouveau les Russes. Le 14 juin 1807, il affronte les Russes à Friedland. Cette fois-ci, il piège l'armée ennemi contre la rivière Alle et les écrase complètement. L’armée russe, en pleine retraite, subit une défaite totale.



Charge des Hussards à la bataille de Friedland

La rencontre de Tilsit : un nouvel ordre Européen

La rencontre avec Alexandre

Après la victoire décisive de Napoléon à Friedland, le tsar Alexandre Ier n’a d’autre choix que de négocier la paix.

La rencontre avec Napoléon se tient dans un cadre soigneusement orchestré : un radeau au milieu du fleuve Niémen, symbolisant la volonté d’une paix équilibrée entre deux souverains qui se reconnaissent comme les maîtres du continent.



La rencontre de Tilsit, sur un radeau au milieu du fleuve.

Napoléon espère séduire Alexandre Ier pour en faire un allié durable contre l’Angleterre, tandis que le tsar cherche à protéger les intérêts russes en Europe de l'Est.  

À eux deux, ils négocient une paix qui aura de nombreuses conséquences. 

L’humiliation et le traumatisme prussien 

La Prusse, qui a connu une défaite écrasante en seulement quelques semaines, est l’une des grandes victimes du traité. Frédéric-Guillaume III n’est même pas convié aux négociations de paix et se voit imposer des conditions draconiennes :  

  • La moitié de ses territoires sont confisqués et redistribués à des États sous influence française.  
  • Berlin est sous occupation française, et la Prusse devient un État vassal.  

  • Son armée est réduite à 42 000 hommes, la plongeant dans une impuissance militaire durable.  

Ce traitement plonge la Prusse dans une humiliation profonde, forgeant une rancœur durable contre la France

La renaissance de la Pologne

 L’un des aspects les plus significatifs du traité est la création du Grand-Duché de Varsovie

Napoléon, en morcelant les territoires prussiens, permet la renaissance d’un État polonais. C’est une décision stratégique, car elle établit un contrepoids direct face à la Russie, qui dominait une grande partie de la Pologne depuis les partages du XVIIIe siècle.  



Carte : l'Europe après le traité de Tilsit. L'Allemagne est réorganisée, et la Pologne renaît.

Cette résurgence polonaise est une source de tensions majeures avec le tsar Alexandre Ier, qui voit dans cette entité un danger potentiel pour la stabilité de son empire. 

Napoléon joue sur l’aspiration des Polonais à retrouver leur souveraineté, espérant utiliser cet État comme un bastion avancé contre la RussieAlexandre accepte cette situation par contrainte, mais il est déjà hostile à cette ingérence française en Europe de l’Est.  

 Napoléon et Alexandre Ier : une alliance fragile

Malgré ces tensions, Napoléon et Alexandre sortent de la rencontre en apparence alliés. Le tsar accepte d’adhérer au Blocus continental, une stratégie visant à étouffer économiquement le Royaume-Uni en fermant tous les ports européens à ses marchandises. 

En contrepartie, Napoléon reconnaît à Alexandre un droit d’expansion sur l’Empire ottoman, notamment en Moldavie et en Valachie.  



Les deux empereurs se saluent après la rencontre de Tilsit.

Mais cette alliance repose sur des fondements fragiles :  

  • Alexandre n’apprécie pas la domination totale de Napoléon sur l’Europe.
  • Le Blocus continental pèse sur l’économie russe, qui dépend du commerce avec l’Angleterre.  

  • La question polonaise reste un point de friction, le tsar redoutant qu’un État polonais ne menace sa puissance.  

Dès 1810, les relations entre les deux empereurs se dégradent. Alexandre relâche progressivement l’application du Blocus continental, tandis que Napoléon refuse d’abandonner le Grand-Duché de Varsovie. Cette méfiance mutuelle mènera directement à la guerre de 1812, où l’alliance conclue à Tilsit volera en éclats.