La guerre de la Cinquième Coalition (1809)



Après la paix de Tilsit en 1807, Napoléon domine l’Europe continentale. La Prusse est écrasée, la Russie neutralisée et la Confédération du Rhin solidement ancrée sous influence française. Seul le Royaume-Uni reste en guerre ouverte, soutenant la résistance en Espagne.

La monarchie insulaire, touchée par le blocus de Napoléon, pousse à la formation d'une cinquième coalition contre la France. Elle promet une aide financière et l'appui de sa flotte à quiconque voudrait relancer les hostilités.



Caricature britannique : Napoléon essaye d'avaler le monde

En 1809l’Autriche, dirigée par l’empereur François Ier et son chancelier Stadion, juge le moment propice pour reprendre les armes contre Napoléon. La France est embourbée dans la guerre d’Espagne, et l’armée autrichienne, réformée après la défaite d’Austerlitz, croit pouvoir tirer parti de cette situation.

En avril, sans attendre un soutien russe ou britannique, l’Autriche lance une offensive surprise en Allemagne et en Italie, espérant rallier les Allemands à sa cause. 



Carte : les bélligérants 

L’Autriche tente de renverser Napoléon

Pourquoi l’Autriche entre en guerre ? 

L’Autriche n’a jamais accepté sa défaite de 1805 et la domination française sur l’Allemagne. La dissolution du Saint-Empire et la création de la Confédération du Rhin l’ont privée de son influence historique en Europe centrale.

Napoléon, que l'aristocratie impériale continue à voir comme un simple roturier, a infligé des défaites humiliantes aux généraux autrichiens lors des dernières guerres, à l'issue desquelles l'empereur a dû lui céder plusieurs provinces comme la Dalmatie et le Tyrol. 

En 1809, avec la France occupée en Espagne, Vienne voit une opportunité unique. L’armée autrichienne, dirigée par l’archiduc Charles, frère de l’empereur, a été modernisée et renforcée. Mais contrairement aux campagnes précédentes, la Russie ne soutient pas l’Autriche, et la Prusse, affaiblie par la défaite de 1806, reste neutre



L’archiduc Charles, membre de la vieille noblesse impériale, compte bien écraser Napoléon, qu'il considère toujours comme un vulgaire parvenu.

L’invasion autrichienne en Allemagne et en Italie 

Le 10 avril 1809, les Autrichiens attaquent par surprise, sans déclaration de guerre préalable.

  • En Bavière, l’archiduc Charles avance avec 200 000 hommes, espérant prendre Napoléon de court.
  • En Italie, l’archiduc Jean tente de reconquérir la péninsule face au vice-roi Eugène de Beauharnais, beau fils de Napoléon. 

  • En Pologne, une offensive contre le Grand-Duché de Varsovie vise à briser la domination française en Europe de l’Est.


La bataille de Raszyn, qui oppose les Polonais aux Autrichiens.

Les Autrichiens espèrent provoquer un soulèvement allemand, mais les États de la Confédération du Rhin restent fidèles à Napoléon.

La riposte de Napoléon et la campagne d’Allemagne

L'offensive-éclair en Bavière (22 avril 1809)

Dès qu’il apprend l’invasion, Napoléon quitte Paris et gagne l'Allemagne en une semaine. Son objectif est de diviser les forces autrichiennes avant qu’elles ne consolident leur positions.

Les troupes françaises se déplacent rapidement, contournant les positions ennemies pour attaquer leurs flancs. Le maréchal Davout, à la tête d’un corps de vétérans, ralentit l’avance autrichienne près de Ratisbonne, permettant à Napoléon de concentrer ses forces. 

Le 21 avril, les Français percent la ligne ennemie à Landshut, isolant une partie des troupes autrichiennes. Le lendemain, la bataille d’Eckmühl voit Napoléon briser la résistance de l’archiduc Charles. La victoire est décisive : les Autrichiens reculent en désordre vers Vienne, poursuivis sans relâche par les Français.


La prise de Vienne et la bataille d’Essling (21-22 mai 1809)

Le 12 mai, Vienne tombe aux mains de Napoléon sans grande résistance. Mais l’archiduc Charles n’a pas dit son dernier mot. Il rassemble une nouvelle armée et tente de barrer la route au nord du Danube.

Napoléon, voulant franchir le fleuve pour l’écraser définitivement, commet une erreur : il engage prématurément la bataille à Aspern-Essling, alors que les ponts de ravitaillement français sont détruits par les Autrichiens. 

Après deux jours de combats acharnés, Napoléon est contraint de battre en retraite.



La mort du Maréchal Lannes à la bataille d'Aspern-Essling, atteint par la gangrène après une blessure.

Wagram : la bataille décisive (5-6 juillet 1809)

Napoléon se réorganise rapidement, renforçant son armée. Le 5 juillet, il affronte à nouveau l’archiduc Charles sur le plateau de Wagram, à 15 km au nord de Vienne.

L'affrontement commence par une intense canonnade, Napoléon utilisant sa grande batterie d’artillerie pour affaiblir les lignes autrichiennes. Sur la gauche, Masséna résiste aux assauts autrichiens, tenant fermement ses positions malgré les tentatives de débordement ennemies. Sur la droite, Davout exécute une manœuvre d’enveloppement, forçant l’archiduc Charles à engager ses réserves. 

Au matin du 6 juillet, Napoléon ordonne une offensive générale. Les Autrichiens, incapables de tenir face à la pression constante des Français, commencent à reculer. En fin de journée, l’armée autrichienne est en pleine retraite, abandonnant le champ de bataille.



Charge de la garde impériale à Wargram

La suprématie française confirmée

Le 14 octobre 1809, l’Autriche signe le traité de Schönbrunn, qui marque une nouvelle humiliation pour Vienne.

L’empire autrichien perd des territoires importants, notamment le Tyrol et la Carinthie, cédés à la Bavière, ainsi que la Dalmatie, qui passe sous contrôle français. L'armée autrichienne est drastiquement réduite et l’Autriche est contrainte de rejoindre le Blocus continental, affaiblissant davantage ses liens économiques avec le Royaume-Uni.



Carte : l'Europe après Schönbrunn. La confédératon du Rhin est renforcée tandis que l'empire français annexe la Dalmatie, en Adriatique.

Toutefois, malgré ces pertes territoriales, Napoléon ne cherche pas à anéantir complètement l’Autriche. Conscient que la stabilité européenne passe par un apaisement avec les Habsbourg, il opte pour une stratégie de réconciliation

Ce rapprochement aboutira en 1810, par son mariage avec Marie-Louise d’Autriche, fille de François Ier. Cette alliance dynastique semble sceller une paix durable, mais en réalité, elle ne fait que masquer des tensions latentes qui éclateront lors des futures guerres contre la France impériale.