La Guerre d'Espagne (1808-1814)



En 1808, Napoléon, au sommet de sa puissance, décide d’intervenir en Espagne, un royaume théoriquement allié à la France depuis le traité de San Ildenfonso, en 1796.

Ce qui devait être une simple transition de pouvoir pour placer son frère Joseph Bonaparte sur le trône espagnol se transforme en l’un des conflits les plus coûteux et brutaux de son règne. Opposant la France aux guérilleros espagnols, aux Britanniques et aux Portugais, cette guerre, longue de six ans, sape les forces impériales et participe au déclin de l’Empire napoléonien.

Loin des grandes batailles rangées de l’Europe centrale, la guerre d’Espagne est un conflit d’usure, où l’armée française se heurte à une résistance farouche, prennant la forme d'une guérilla. Ce théâtre d’opérations entraîne l’épuisement des ressources françaises, une crise de légitimité pour Napoléon et, en fin de compte, l’échec de l’hégémonie française en Europe.

L’occupation française et le soulèvement espagnol (1808)

L’Espagne sous influence française
  
Depuis l’alliance franco-espagnole de 1807, Madrid est sous l’emprise de Napoléon. Le roi Charles IV, influencé par son favori Manuel Godoy, accepte de laisser les troupes françaises traverser son territoire pour envahir le Portugal, allié du Royaume-Uni.

Cependant, la situation dégénère en 1808, lorsque Napoléon manipule la crise dynastique espagnole à son avantage.

Profitant du conflit opposant Charles IV à son fils Ferdinand VII, Napoléon convie la famille royale à Bayonne en mai 1808 et les force à abdiquer en faveur de son frère Joseph Bonaparte. Cette tentative de transformation de l’Espagne en un satellite de l’Empire français suscite un rejet immédiat du peuple espagnol, profondément attaché à sa monarchie et à l’Église catholique.



Caricature, Napoléon fait éclater la monarchie espagnole comme une bulle de savon

Le soulèvement du 2 mai 1808 : le début de l'insurrection 

Le 2 mai 1808, une révolte spontanée éclate à Madrid lorsque les Espagnols apprennent que les derniers membres de la famille royale sont emmenés en France. Les citoyens, armés de couteaux et de piques, attaquent les soldats français dans les rues.



La révolte espagnole du 2 mai

La répression, dirigée par le général Murat, est brutale : des milliers d’Espagnols sont massacrés, notamment lors des exécutions du 3 mai, immortalisées par Goya.



Tableau : "Tres de mayo" par Goya, représentant l'exécution d'insurgés espagnols

Ce massacre ne fait qu’attiser la fureur populaire. En quelques semaines, toute l’Espagne s’embrase. Des gouvernements de résistance, se forment pour organiser la lutte contre l’occupant. Napoléon, qui pensait pouvoir contrôler l’Espagne comme il l’a fait avec d’autres États, se heurte à une guerre totalement différente de celles qu’il a menées auparavant.

La guerre conventionnelle et l’arrivée des Britanniques (1808-1811)

La campagne française et le désastre de Bailén (juillet 1808)

Napoléon envoie une armée pour écraser la résistance espagnole. Cependant, à Bailén (19 juillet 1808), les troupes françaises du général Dupont sont encerclées et forcées de capituler face aux espagnoles, une humiliation inédite pour la Grande Armée



Le gérénal Dupont capitule à Bailén

Cet échec oblige Napoléon à intervenir personnellement. À l’automne 1808, il traverse les Pyrénées avec 200 000 soldats vétérans, écrasant les forces espagnoles et reprenant Madrid en décembre.

L’armée espagnole, mal organisée, ne peut résister aux manœuvres rapides et à la puissance de feu française.



Napoléon reçoit la capitulation de Madrid

L’intervention britannique et la guérilla espagnole

Parallèlement, les Britanniques, sous les ordres de Sir Arthur Wellesley (futur duc de Wellington), débarquent au Portugal. Après une victoire contre les Français à Vimeiro (août 1808), ils forcent Napoléon à réorienter ses efforts vers l’Ouest.

Mais ce qui déstabilise véritablement l’armée française, c’est la guerre de guérilla. Les Espagnols adoptent une tactique nouvelle : plutôt que de combattre en bataille rangée, ils harcèlent les colonnes françaises, détruisent les lignes de ravitaillement et assassinent les soldats isolés.

Cette situation force Napoléon a maintenir une surveillance constante sur la péninsule, en y mobilisant de nombreux soldats qu'il ne peut pas employer ailleurs. 

Napoléon lui-même reconnaît :

« Cette maudite guerre d’Espagne fut ma plaie. Elle a ruiné ma fortune ».

Les campagnes de Wellington (1812-1814)

La contre-offensive alliée et la bataille de Salamanca (1812)

À partir de 1812, la guerre change de tournure. Alors que Napoléon concentre ses forces sur la campagne de Russie, Wellington en profite pour lancer une grande offensive en Espagne. En juillet 1812, il écrase les Français à Salamanca, libère Madrid et force Joseph Bonaparte à fuir.



Le duc de Wellington 

Cette victoire marque le début de la fin de la présence française en Espagne. La guerre devient de plus en plus difficile à gérer pour les Français, qui doivent affronter des ennemis sur plusieurs fronts.

La bataille de Vitoria (1813) et la retraite française

En juin 1813, Wellington remporte la bataille décisive de Vitoria. L’armée française, en pleine déroute, est massacrée et contrainte de fuir l’Espagne. La victoire est totale : Joseph Bonaparte abdique, et Wellington s’apprête à poursuivre la Grande armée jusque dans le sud de la France.​



Combats entre des soldats français et écossais

En 1814, alors que Napoléon doit faire face à l’invasion des forces coalisées, les troupes françaises évacuent définitivement l’Espagne, mettant fin à six ans de guerre.

Conclusion : Un piège mortel pour l’Empire français

La guerre d’Espagne marque un tournant majeur dans les guerres napoléoniennes. Ce conflit mobilise des centaines de milliers de soldats français, détruit la réputation d’invincibilité de la Grande Armée et draine les ressources de l'Empire.
  
Ce qui devait être une simple transition dynastique se transforme en un bourbier militaire et politique. Napoléon, incapable d’adapter son armée à la guerre irrégulière et à l’usure imposée par les Britanniques et les guérillas espagnoles, voit son autorité contestée. Loin d’un succès rapide, la guerre d’Espagne affaiblit l’Empire et prépare le terrain pour son effondrement final en 1814.