Napoléon Ier, après plus d’une décennie de guerres fulgurantes et de triomphes éclatants, régnait sur une Europe transformée par sa main.
Il avait imposé son ordre nouveau, redessinant les frontières, remplaçant les vieilles monarchies par des États vassaux, et asseyant son influence sur tout le continent.
L'Empire Napoléonnien
L’Italie et la Confédération du Rhin obéissaient à ses directives et l’Autriche elle-même, pourtant son ennemie historique, avait dû lui donner en mariage Marie-Louise de Habsbourg, fille de l’empereur François Ier.
Cette union, conçue comme le sceau de son intégration parmi les grandes dynasties, devait ancrer durablement sa lignée dans l’ordre européen.
Portrait impérial de Napoléon, qui reprends les codes de la royauté
Mais sous cette façade d’hégémonie, l’Empire français restait fragile. Napoléon, fils de la Révolution, était perçu par les grandes monarchies comme un parvenu, un usurpateur ayant bafoué l’ordre légitime des souverains de droit divin.
- La Prusse n’avait jamais pardonné les humiliations de Iéna et Auerstaedt (1806),
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l’Autriche ruminait ses innombrables défaites depuis 1792,
- la Russie, qui s'était alliée à l'Empereur sous la contrainte après Tilsit (1807), n’attendait que le moment propice pour briser ses chaînes.
L’aristocratie européenne, dont la supériorité de classe avait été mise à mal, sur les champs de batailles, par ce vulgaire roturier, voyait en Napoléon une anomalie à éradiquer. Il était la révolution ayant pris corps, une menace et un symbole qu'ils devaient détruire pour rétablir l'ordre.
Derrière les traités et les alliances forcées, la haine envers l’Empereur couvait. Ses ennemis attendaient son premier faux pas. Celui-ci arriva en 1812, lorsque Napoléon commit l’erreur de lancer la campagne de Russie.
L’expédition devait être une démonstration de force qui contraindrait Saint-Pétersbourg à respecter le blocus continental contre l’Angleterre. Mais l’immensité russe, l’hiver et la politique de la terre brûlée transformèrent cette campagne en un désastre sans précédent.
La retraite de Russie
Sur les 600 000 hommes partis vers Moscou, seule une poignée revint en France. Ce fut le signal que l’Europe attendait : les vieilles monarchies se rassemblèrent pour frapper Napoléon, affaibli.
En 1813, la Sixième Coalition voit le jour, unissant la Russie, la Prusse, l’Autriche, le Royaume-Uni, la Suède, l’Espagne et le Portugal. L'objectif paraît clair : écraser Napoléon et détruire l’Empire français.
Carte : la coalition
La campagne extérieure (1813)
Après la catastrophe de Russie, Napoléon devait reconstituer une toute nouvelle armée. En un temps record, il parvint à lever 300 000 hommes, dont beaucoup de jeunes conscrits inexpérimentés, qui n'ont pas l'expérience des vétérans disparus en Russie. Face à lui, se dressent des armées immenses, regroupant au total près de 1 000 000 de soldats venus de toute l'Europe.
Prenant compte de cette infériorité numérique, Napoléon décide de prendre l'initiative en Allemagne avant que les Alliés ne puissent se coordonner efficacement.
Il mise sur une campagne rapide et des victoires décisives, car si le conflit traîne en longueur, il n'a pas les moyens de s'opposer à l'Europe coalisée.
La stratégie des Coalisés
Depuis ses débuts, Napoléon fondait son succès sur une tactique éprouvée : attaquer rapidement pour désorganiser ses ennemis avant qu’ils ne puissent rassembler leurs forces.
Napoélon entre à Berlin à la suite d'une campagne foudroyante. En quelques semaines, il avait vaincu la Prusse avant que son armée ne puisse correctement s'organiser.
Cependant, après tant d'années de guerres contre lui, ses adversaires avaient compris cette stratégie et cherchaient à l'éviter en refusant la bataille frontale.
Ils adoptaient à présent une tactique de harcèlement et d'usure inspirée par la campagne de Russie, multipliant les retraits stratégiques et évitant tout engagement décisif tant qu'ils n'étaient pas certains de leur supériorité.
Leipzig : la "Bataille des Nations"
Napoléon, conscient de la stratégie adverse, tente de forcer ses ennemis à la bataille. Il se dirige vers Leipzig, où les Alliés acceptent finalement de l’affronter, dans ce qui va devenir la plus grande bataille des guerres napoléoniennes.
Pendant trois jours (16-19 octobre 1813), 190 000 français affrontent 350 000 soldats coalisés. Malgré une résistance héroïque, la supériorité numérique adverse, l’épuisement des réserves, et la trahison de ses alliés saxons, qui retournent leurs canons contre les français en pleine bataille, conduisent à une défaite catastrophique.
Charge de Cavalerie pendant la bataille.
Lors de la retraite, la destruction prématurée du pont de l’Elster par le génie français empêche la retraite de milliers de soldats. Certains se noient en essayant de traverser à la nage, mais la majorité est capturé par les coalisés.
Le Général polonais Poniatowski se jette, à cheval, dans le fleuve. Il s'y noiera.
L'effondrement du front ibérique
Plus au sud, la guerre d'Espagne mobilisait une part importante des forces impériales depuis 1808. Ce conflit, qui opposait les français à une guérilla espagnole soutenue par un contingent anglais, était devenu un fardeau stratégique dans lequel l'Empire dilapidait ses ressources.
Si les Français tiennent le pays au début de l'année 1812, cette domination est fragile s'apprête à être renversée par l'offensive de Wellington, lancée à partir de Janvier 1812.
La bataille décisive a lieu à Vitoria, en juin 1813. Les forces françaises commandées par Joseph Bonaparte et le maréchal Jourdan sont en pleine retraite lorsqu'elle subissent une attaque de l'armée de Wellington. Jourdain est contraint de fuire, abandonnant 150 canons et et un immense butin.
La bataille de Vitoria
Après ce désastre, la retraite française s’accélère. Les troupes impériales franchissent les Pyrénées dans le chaos. En octobre, c'est au tour de Wellington de passer la frontière : il entre en France par le sud avec son armée.
La Campagne de France
Au début de l'année 1814, la France, battu sur les fronts extérieurs, est envahie de toutes parts. Les forces coalisées, fortes de leur supériorité numérique, poursuivent leur avancée. Pour la première fois depuis Valmy, la France est menacé d'invasion !
Trois fronts s'ouvre contre l’Empire :
- À l’est, les Prussiens et Russes commandés par Blücher franchissent le Rhin en décembre, et avancent rapidement à travers la Champagne, en direction de Paris.
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Au sud-est, les Autrichiens de Schwarzenberg, passant par la Suisse, pénétrèrent en Bourgogne et en Franche-Comté, menaçant Lyon et la vallée du Rhône.
- Au sud-ouest, Wellington, après avoir franchi les Pyrénéese en octobre 1813, mène son offensive vers Bordeaux et Toulouse, affaiblissant encore davantage la position française.
Carte : la coalition aux portes du pays
Face à l'immense force coalisée (près de 800 000 hommes), Napoléon ne dispose que de troupes très inférieures en nombre et en qualité.
Pourtant, l'Empereur refuse toute idée de reddition. Il nourrit l'espoir insensé de vaincre toutes les armées séparément avant qu’elles ne convergent vers Paris.
Blücher traverse le Rhin
Un dernier sursaut face aux coalisés
C'est l'armée de Blücher que Napoléon choisit d'affronter en premier. Le 29 janvier 1814, il rencontre les prussiens à Brienne, où il gagne la bataille.
Mais, s’il parvint à désorganiser temporairement les forces ennemies, il ne peut empêcher leur progression. Deux jours plus tard, il est forcé de reculer à La Rothière, devant une armée trois fois supérieure en nombre. Après ces revers, Paris apparaît clairement dans la ligne de mire des Alliés.
Mais l’Empereur ne s’avoue toujours pas vaincu. Déployant toute son énergie, il engage une campagne éclair. Entre le 10 et le 12 février, il enchaîne trois victoires majeures à Champaubert, Montmirail et Château-Thierry, à chaque fois en inferiorité numérique.
Blücher, décontenancé, doit battre en retraite pendant plusieurs jours, laissant à Napoléon un répit temporaire.
Charge de cavalerie française sur un carré russe
Mais si les prussiens sont repoussés temporairement, Napoléon doit maintenant affronter le gros de l'armée Autrichienne, qui avance méthodiquement depuis le sud-est. Il ralenti leur avancée, mais pendant ce temps, Blücher, qui a réorganisé ses troupes, reprend sa marche vers Paris.
Le 9 et 10 mars, la bataille de Laon marque un tournant décisif. Napoléon, affaibli et en infériorité numérique, porte l'offensive sur Blücher pour stopper son avancée vers Paris. Les Français subissent une défaite cuisante. Désormais, la chute de la capitale n’est plus qu’une question de temps
Napoléon après la bataille de Laon
L’effondrement du front et la chute de Paris
Après de nouveaux revers, Napoléon se replie vers Fontainebleau et garde l’espoir de rassembler des renforts. À présent, il est seul : ses maréchaux, conscients que la situation est désespérée, hésitent à continuer la lutte.
Le 30 mars, après une journée de combats intenses aux portes de Paris, les troupes françaises du maréchal Marmont ne peuvent plus contenir l’assaut. Acculé, ce dernier négocie la reddition de la ville. Le lendemain, Alexandre Ier, à la tête des armées coalisées, entre triomphalement dans la capitale française.
Le Tsar Alexandre Ier entre à Paris
L'abdication, l'exil et la Restauration
Après la prise de Paris par les Coalisés, Napoléon, qui se trouve à Fontainebleau, refuse toujours de se rendre. Déterminé à reprendre sa capitale, il prépare une marche sur Paris avec 60 000 hommes, et espère rallier la population.
Cependant, ses maréchaux, conscients de l’effondrement militaire et politique de l’Empire, refusent de le suivre. Ils jugent toute résistance inutile et craignent que la France ne soit encore davantage ravagée par les combats. Le 4 avril 1814, le maréchal Marmont capitule et livre son corps d’armée aux Alliés.
Devant le fait accompli, et sous la pression de des autres généraux, Napoléon se résout à abdiquer le 6 avril 1814. Il tente d’abord de transmettre le trône à son fils, le roi de Rome, mais les Coalisés refusent cette proposition et le contraignent à abdiquer sans conditions.
Le 11 avril 1814, le traité de Fontainebleau est signé. Il prévoit que Napoléon conserve son titre d’Empereur, mais seulement sur le territoire de l’île d’Elbe, où il sera exilé sous surveillance.
Napoléon fait ses adieux à la Garde
Le 3 mai, Louis XVIII est rétabli sur le trône de France, marquant le retour des Bourbons au pouvoir.














