1815, l'Empire de Napoléon s'effondre une seconde fois après la désastreuse campagne de Belgique et la défaite de Waterloo.
Les Bourbons, chassés par la Révolution et l'Empire, reviennent en France sous la protection des baïonnettes alliés. C'est la Seconde Restauration, et avec elle, l'heure de la vengeance pour ceux qui ont vu leur monde s'écrouler en 1789 !
Le drapeau blanc flotte à nouveau sur la France, et les partisans du trône et de l'autel, assoiffés de représailles, entament une purge sanglante. C’est la Terreur Blanche, un déchaînement de violence où la justice n’est qu’un simulacre et où le sang des révolutionnaires et des impériaux coule dans les rues. Entre juin et septembre 1815, particulièrement dans la vallée du Rhône et le Midi, entre 300 et 500 bonapartistes sont assassinés par les royalistes, alors que des actes de violence frappent également les protestants.
La revanche des ultras
La nouvelle composition politique du pays se dessine rapidement après la chute de Napoléon. Les élections législatives d'août 1815 donnent naissance à une assemblée dominée par les ultraroyalistes : la Chambre introuvable.
La composition du premier parlement. Les ultras (en bleu foncé) sont largement majoritaires.
Ces députés, "plus royalistes que le roi", selon la formule, sont résolus à écraser tout ce qui reste de la Révolution et de l’Empire. Ils veulent effacer trente ans d’histoire d’un trait de plume… et d’un coup d’épée.
Les ultra-réactionnaires ne pardonnent ni la mort de Louis XVI, ni l’exil de la noblesse, ni la dissolution de l’Ancien Régime. Ils voient dans la défaite impériale une occasion d’éliminer tous les partisans du régime précédent. Les lois d’exception se multiplient, les tribunaux spéciaux se mettent en place, et la terreur judiciaire commence.
La Chambre introuvable adopte une série de mesures liberticides, comme la loi de sûreté générale du 29 octobre 1815, permettant d’emprisonner sans jugement tout individu soupçonné de crime contre l’autorité du roi.
En parallèle, le rétablissement des cours prévôtales en décembre permet d’organiser des procès sommaires, souvent suivis d’exécutions. Cette épuration touche principalement les anciens bonapartistes, y compris de hauts gradés de l’Empire.
La Terreur Blanche : vengeance et extermination
Dès le retour de Louis XVIII, la France est plongée dans une vague de règlements de comptes.
La Terreur Blanche est menée par des bandes royalistes, souvent issus des classes populaires, mais est encouragée par l'inaction complice des autorités. Elle s’abat sur les anciens serviteurs de Napoléon et les partisans de la Révolution.
Dans le Midi, les massacres se succèdent :
- À Marseille, d'anciens Mamelouks de la Garde impériale sont massacrés le 25 juin.
- À Nîmes, des femmes protestantes sont flagellées publiquement.
- À Avignon, le maréchal Brune, fidèle de Napoléon, est froidement assassiné et son cadavre jeté dans le Rhône le 2 août.
- À Toulouse, le général Ramel, commandant au nom de Louis XVIII, est assassiné après avoir tenté de désarmer les Verdets.
Assassinat du Maréchal Brune
- Dans le Gard, Jacques Dupont, dit "Trestaillons", à la tête de bandes armées, fait assassiner plusieurs dizaines de protestants, tandis que d’autres sont persécutés et plusieurs milliers s’enfuient. Les violences prennent une forte tonalité antiprotestante dans certaines régions confessionnellement mixtes.
Les répressions ne s’arrêtent pas aux assassinats. L’armée et la police traquent impitoyablement les anciens soldats de l’Empire, les forçant à fuir ou à se soumettre.
Les tribunaux prononcent des milliers de condamnations à mort ou à l’exil. Ney, "le brave des braves", est fusillé après un simulacre de procès.
L'exécution du Maréchal Ney
Le général La Bédoyère, qui avait rejoint Napoléon pendant les Cent-Jours, subit le même sort.
L’épuration atteint même les administrateurs civils, les magistrats et les intellectuels soupçonnés d’attachement à la cause impériale. Environ 5000 condamnations sont prononcées entre 1815 et 1816.
La réaction du peuple et du roi
Face à ce déchaînement de violence, le peuple oscille entre la terreur et la colère. Si les royalistes les plus extrémistes applaudissent ces exécutions, une large part de la population, fatiguée de la guerre et des purges politiques, commence à gronder.
La France est exsangue après vingt-cinq ans de troubles, et l’instabilité qui menace ne peut que fragiliser davantage le régime de Louis XVIII.
Le roi, conscient que ces excès risquent de lui coûter son trône, tente de calmer la furie des ultras. Il finit par dissoudre la Chambre introuvable en 1816, convoquant de nouvelles élections. Les ultras perdent leur majorité à l'assemblée, qui devient plus modérée.
Composition de la nouvelle Chambre. Les députés ultras (bleu foncés) ne forment plus une majorité, et le parlement est dirigé par les Doctrinaires.
Une amnistie est accordée à certains bonapartistes, la proclamation du 1er septembre 1815 condamne les excès du Midi et marque le début de la fin des violences.
Conclusion
La Terreur Blanche marque le début sanglant de la Seconde Restauration. Portée par une volonté de revanche, elle ravive les haines et creuse un fossé infranchissable entre les partisans de l’Ancien Régime et ceux de la Révolution.
Mais cette politique de la terreur ne suffira pas à effacer le souvenir de l’Empire ni à museler définitivement les partisans du changement. La monarchie restaurée survivra, mais elle portera à jamais la marque du sang versé en 1815. Un avertissement funeste : l’Histoire ne se réécrit pas impunément.




