Les Trois Glorieuses



En juillet 1830, la France connaît un nouveau bouleversement politique majeur. La monarchie restaurée, incarnée par Charles X, s’engage dans une voie autoritaire qui suscite de vives oppositions au sein de la société. À travers les Ordonnances de Juillet, le roi tente d’imposer un retour à l’absolutisme, auquel s'oppose immédiatement la population parisienne.

Les causes profondes et immédiates de la révolution

L’héritage de la Restauration et la montée des tensions

Depuis 1815 et le retour à l’ordre monarchique sous la Restauration, deux factions s'opposent dans le paysage politique français : les ultraroyalistes, qui souhaitent un retour à l’absolutisme et à l’Ancien Régime, et les libéraux, partisans d’un régime parlementaire inspiré du modèle britannique. 

Tandis que Louis XVIII parvient à maintenir un semblant d’équilibre entre ces deux courants, son successeur Charles X, monté sur le trône en 1824, s’engage dans une politique ouvertement réactionnaire. Sa volonté de restaurer l’autorité absolue du roi et son alliance avec l’Église catholique exacerbent les tensions.  



Charles X

Parallèlement, les transformations économiques et sociales du pays bouleversent l’ordre établi. La bourgeoisie, en pleine ascension grâce à l’industrialisation et au développement du commerce, aspire à davantage de pouvoir politique. Elle voit dans la monarchie autoritaire un obstacle à ses ambitions et réclame une extension des libertés publiques ainsi qu’un élargissement du suffrage.

À l’opposé, les classes populaires souffrent de conditions de vie précaires et d'un chômage grandissant, renforçant un mécontentement général qui se cristallise dans les années 1820.  

Les erreurs politiques de Charles X

Charles X, convaincu que la monarchie doit retrouver toute son autorité, ne tarde pas à multiplier les mesures impopulaires. Dès son avènement, il entreprend une politique de restauration des privilèges qui mécontente la majorité de la population. La méfiance grandit à mesure que Charles X restreint les libertés publiques et renforce la censure.  

L’opposition s’organise progressivement dans la presse et au sein du Parlement. Les libéraux, menés par des figures comme Adolphe Thiers et François Guizot, dénoncent une dérive autoritaire qui trahit l’esprit de la Charte constitutionnelle. La tension atteint son paroxysme en 1830, lorsqu'en mai, Charles X décide de dissoudre la Chambre des députés et de gouverner par ordonnance.  

Le 25 juillet 1830, il promulgue les Ordonnances de Juillet, un ensemble de mesures qui suspend la liberté de la pressedissout la Chambre des députés et restreint le suffrage censitaire aux propriétaires terriens (les nobles).

Ces décisions sont immédiatement perçues comme une attaque directe contre les libertés fondamentales et provoquent un tollé dans toute la capitale. En quelques heures, la contestation se transforme en révolte.  



Caricature : les ordonnances de Charles X sont accueillies sous les pavés

Le coup de force de Charles X, destiné à renforcer la monarchie, aura en réalité l’effet inverse : il déclenche une insurrection qui mettra fin à son règne en l’espace de trois jours.

Les Trois Glorieuses : mécanismes et acteurs du soulèvement

Une insurrection spontanée ou organisée ?

Dès l’annonce des ordonnances de juillet, un sentiment de révolte gagne la capitale.

  • Les libéraux, déjà engagés dans un combat politique contre le gouvernement, voient dans ces mesures une provocation inacceptable.
  • Les journalistes, particulièrement visés par la censure, réagissent immédiatement. Des figures influentes comme Adolphe ThiersArmand Carrel et Auguste Mignet publient des articles dénonçant l’autoritarisme du roi et appelant à la résistance. Des journaux comme Le National et Le Globe lancent des appels à la mobilisation.  


Les presses du "National" sont saisies, pour tenter de faire taire l'opposition. 

Dans les rues de Paris, l’opposition à la monarchie ne se limite pas aux cercles intellectuels et politiques. Les ouvriers, artisans et étudiants, déjà touchés par la crise économique, perçoivent ces mesures comme une nouvelle atteinte à leurs libertés. Les premiers rassemblements commencent dès le 26 juillet. Le climat social, marqué par des frustrations accumulées, transforme cette contestation en véritable soulèvement populaire.  

Le rôle de l’armée et des élites politiques

Face aux premières manifestations, le gouvernement réagit en mobilisant la Garde royale et l’armée, commandées par le maréchal Marmont. Celui-ci, loyal à Charles X mais hésitant sur la marche à suivre, adopte une stratégie de répression modérée le premier jour.

Les forces armées tentent de disperser les foules sans recourir à une violence excessive. Cependant, à mesure que les barricades se multiplient et que les combats de rue s’intensifient, la répression s’alourdit.  



Construction de barricades.

La situation bascule lorsque certains régiments de l’armée refusent de tirer sur la foule et rejoignent les insurgés. Cette fracture au sein de l’armée affaiblit considérablement le pouvoir royal et encourage la poursuite du soulèvement.

Parallèlement, la bourgeoisie libérale, d’abord réticente à une révolution, réalise rapidement qu’elle peut orienter le mouvement en sa faveur. Des personnalités influentes comme Casimir Perier et Jacques Laffitte, initialement spectatrices du soulèvement, prennent contact avec les insurgés pour structurer le mouvement. Ils comprennent que le maintien de la stabilité politique passe par une transition ordonnée et cherchent à éviter une escalade vers une république, perçue comme trop risquée depuis l'experience de 1789.  

Les trois jours d’insurrection

Les Trois Glorieuses se déroulent du 27 au 29 juillet 1830. En l’espace de trois jours, l’ordre établi s’effondre et Paris devient le théâtre d’un affrontement décisif entre royalistes et révolutionnaires.  

  • Le 27 juillet, les premières émeutes éclatent. Les ouvriers et étudiants s’opposent aux forces de l’ordre qui tentent d’appliquer la censure. Des affrontements sporadiques ont lieu entre les manifestants et la police, mais la situation reste encore contrôlable. Les premières barricades apparaissent dans les quartiers populaires, notamment dans le Faubourg Saint-Antoine.  


La garde royale prise en embuscade dans la rue Saint-Antoine.

  • Le 28 juillet, la révolte s’intensifie. Paris est désormais jonchée de barricades, et les combats se généralisent. La Garde nationaleinitialement dissoute par Charles X, est reformée spontanément et rejoint les insurgés. L’armée tente de reprendre le contrôle des principaux axes, mais l’hostilité de la population complique la tâche des troupes royales. À midi, les insurgés s’emparent de l’Hôtel de Ville.  


Combats devant l'Hôtel de Ville.

  • Le 29 juillet, la chute du régime devient inévitable. Les insurgés prennent le Louvre, les Tuileries et les autres symboles du pouvoir monarchique. Le maréchal Marmont, conscient que la situation est perdue, recommande à Charles X de négocier. Mais la révolte a déjà pris une ampleur telle qu’aucun compromis n’est envisageable.  

Acculé, Charles X fuit et abdique le 2 août en faveur de son petit-fils. Cependant, les libéraux, désireux d’éviter une république, imposent leur propre choix en plaçant Louis-Philippe d’Orléans sur le trône. Ainsi, en seulement trois jours, le régime bascule et la monarchie légitime laisse place à un nouveau pouvoir.  

Les conséquences politiques et sociales de la Révolution de 1830

La fin des Bourbons et le choix de Louis-Philippe 

L’abdication de Charles X, le 2 août 1830marque la fin définitive de la branche aînée des Bourbons au pouvoir. Après avoir fui vers Rambouillet, puis vers l’Angleterre, l’ancien souverain laisse place à un vide politique que les insurgés et les élites libérales cherchent à combler.  

Les républicains espèrent voir émerger un régime démocratique inspiré des principes de la Révolution française, mais la bourgeoisie libérale, qui craint une instabilité comparable à celle de 1793, privilégie une solution plus modérée

Louis-Philippe d’Orléans, issu d’une branche cadette des Bourbons et perçu comme plus favorable aux idées libérales, est choisi pour monter sur le trône.



Louis-Philippe quitte le palais royal pour se rendre à l'Hôtel de Ville, le 31 juillet, où il s'apprête à être nommé Lieutenant Général du royaume.

Le 9 août 1830, il est proclamé "Roi des Français" et non plus "Roi de France", une distinction significative qui symbolise un changement dans la conception du pouvoir. Contrairement à ses prédécesseurs, il n’est plus le souverain de droit divin, mais un monarque dont l’autorité repose sur la volonté nationale.  

Dès son accession au pouvoir, il s’engage à gouverner sous une Charte révisée, qui renforce les pouvoirs du Parlement et établit une monarchie constitutionnelle plus équilibrée. Ce nouveau régime, connu sous le nom de Monarchie de Juillet, marque une rupture définitive avec l’absolutisme.  



Louis-Philippe Ier prête serment devant les chambres, le 9 août.

Un événement fondateur pour le XIXe siècle  

La Révolution de Juillet 1830 ne se contente pas d’instaurer une nouvelle monarchie ; elle pose les bases d’un nouveau rapport de force entre les différentes composantes de la société française. Ce bouleversement, bien qu’incomplet, marque une étape clé dans l’évolution du système politique français.  

D’un côté, la bourgeoisie libérale sort renforcée de ces événements. En consolidant une monarchie parlementaire qui lui est favorable, elle s’assure un contrôle accru sur les institutions. L’élargissement du suffrage censitaire permet à une partie de cette classe sociale de participer aux affaires publiques, renforçant son influence économique et politique. Toutefois, ce suffrage reste très restrictif, excluant la majorité de la population du processus électoral.  

De l’autre, les classes populaires, bien qu’actrices majeures de l’insurrection, se retrouvent rapidement écartées du nouveau système. Les ouvriers et artisans, qui ont combattu sur les barricades, espéraient une transformation plus radicale du régimeLeur exclusion des décisions politiques crée une frustration grandissante, qui ne cessera d’alimenter de nouvelles contestations dans les décennies à venir.  

La division entre monarchistes et républicains demeure une source de tensions. Si la Monarchie de Juillet est perçue comme un compromis par certains, elle reste fragile. Les revendications démocratiques et sociales continuent de croître, et les années suivantes verront la multiplication des revendications pour un suffrage plus large et des droits accrus pour les travailleurs, aboutissant à la Révolution de 1848.  



Les révolutionnnaires envahissent le Palais-Bourbon, où siègent les députés (1848).

Conclusion 

La Révolution de Juillet 1830 met fin à la monarchie de droit divin et établit un régime plus libéral, mais cette transition ne répond pas aux aspirations de tous, et laisse en suspens de nombreuses questions politiques et sociales. Le peuple, moteurs de l’insurrection, est écarté du nouveau système, ce qui alimente une frustration durable.  

En dehors de la France, cet événement joue un rôle clé dans la diffusion des idées révolutionnaires en Europe. Il sert de catalyseur pour d’autres insurrections, notamment en Belgique et en Pologne, contribuant ainsi à l’affaiblissement des monarchies absolutistes.  

La Révolution de 1830 est donc un événement fondamental, non seulement par son impact immédiat, mais aussi par les dynamiques qu’elle met en place. Elle montre que le changement politique est rarement définitif et que les révolutions sont souvent des moments de transition vers de nouvelles luttes.