La Monarchie de Juillet et la Révolution de 1848



Le règne de Louis-Philippe Ier (1830-1848) marque une période de transition dans l’histoire de la France. Instaurée après la Révolution de Juillet 1830, la Monarchie de Juillet se veut une alternative entre absolutisme et république, mettant en avant un modèle libéral et bourgeois.

Toutefois, cette monarchie constitutionnelle, censée garantir un équilibre entre pouvoir royal et souveraineté nationale, se heurte à de nombreuses contradictions. La montée des tensions sociales et politiques finit par provoquer la Révolution de 1848, qui met un terme au régime et conduit à l’instauration de la Deuxième République.

La Monarchie de Juillet : un régime libéral mais contesté

Un roi bourgeois et une monarchie constitutionnelle

Louis-Philippe, le "roi des Français", adopte une posture différente de celle de ses prédécesseurs. Il abandonne le droit divin et accepte de gouverner selon une charte révisée qui renforce le rôle du Parlement. La France devient une monarchie constitutionnelle, où le roi règne mais ne gouverne pas seul.



Louis Philippe Ier

Les institutions sont dominées par une bourgeoisie libérale sur le plan économique mais conservatrice sur le plan sociale, qui cherche à stabiliser le pays après les secousses révolutionnaires du début du siècle.

Une économie en pleine mutation

Sous Louis-Philippe, la France connaît une industrialisation accéléréeLe développement des chemins de ferde l’industrie textile et des banques favorise l’essor d’une bourgeoisie industrielle et financière.

Cependant, cette prospérité ne profite pas à l’ensemble de la population. Tandis que la bourgeoisie accumule les richesses et renforce son pouvoir politique, les ouvriers des grandes villes subissent des conditions de travail difficiles, des salaires bas et l’absence de protection sociale.

Une opposition croissante

Si la Monarchie de Juillet se veut modérée, elle suscite rapidement des mécontentements. L’opposition vient de plusieurs horizons :

  • Les légitimistes (partisans des Bourbons) dénoncent un régime qui trahit les principes monarchiques traditionnels.
  • Les républicains reprochent au roi de favoriser la bourgeoisie et de restreindre les droits démocratiques, notamment à travers un suffrage censitaire très limité.
  • Les socialistes émergents critiquent les inégalités sociales grandissantes et revendiquent des réformes en faveur des classes populaires.

Face à ces contestations, le régime de Louis-Philippe adopte une attitude répressive, ce qui renforce les tensions politiques et sociales.

La Révolution de 1848 : chute de la Monarchie de Juillet

Les causes immédiates du soulèvement

Plusieurs facteurs expliquent le déclenchement de la Révolution de février 1848 :

  • Une grave crise économique touche la France dès 1846, provoquant une hausse du chômage et une misère grandissante dans les villes.
  • La montée des revendications démocratiques, notamment le suffrage universel, devient un enjeu majeur pour les opposants au régime.
  • La censure et la restriction des libertés publiques exacerbent la colère populaire, notamment après l’interdiction des banquets républicains, qui servaient de lieux de mobilisation politique.


Banquet républicain

Le soulèvement de février 1848

Le 22 février 1848, une manifestation éclate à Paris après l’interdiction d’un banquet républicain. Rapidement, des milliers de manifestants descendent dans les rues, scandant des slogans en faveur du suffrage universel et de la fin du régime monarchique. La révolte, initialement pacifique, tourne à l’affrontement lorsque les forces de l’ordre tentent de disperser les protestataires.

Le 23 février, la situation dégénère : des barricades sont érigées dans plusieurs quartiers de Paris, notamment autour des boulevards Saint-Martin et Saint-Denis. La tension atteint son paroxysme lorsqu’une fusillade éclate boulevard des Capucines, faisant plusieurs morts parmi les manifestants. Cet événement radicalise la contestation et entraîne une mobilisation encore plus massive.

Face à la pression populaire, le roi tente de sauver son trône en limogeant son Premier ministre, François Guizot, figure honnie des républicains. Mais ce geste est perçu comme trop tardif et insuffisant pour calmer la révolte. La foule, renforcée par des ouvriers et étudiants, s’empare de l’Hôtel de Ville, confirmant que la monarchie ne peut plus se maintenir sans un bain de sang.


Le 24 février, la Garde nationale, censée défendre le pouvoir, refuse d’intervenir contre les insurgés. Acculé, Louis-Philippe comprend qu’il ne peut plus gouverner et abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris. Cependant, les républicains ne reconnaissent pas cette transmission du pouvoir et proclament immédiatement la fin de la monarchie. Le roi s’enfuit en Angleterre, marquant ainsi la chute de la Monarchie de Juillet.

La proclamation de la Deuxième République

Le 25 février 1848, dans une atmosphère euphorique mais chaotique, la Deuxième République est proclamée par un gouvernement provisoire dirigé par des figures emblématiques du mouvement républicain, comme Alphonse de LamartineAlexandre Ledru-Rollin et Louis Blanc



Alphonse Lamartine devant l'Hôtel de Ville, le 25 février.

Ce gouvernement engage des réformes majeures pour répondre aux attentes populaires :

  • Le suffrage universel masculin est immédiatement instauré, élargissant le corps électoral à près de 9 millions de Français.

 

  • L’abolition de l’esclavage est décrétée le 27 avril 1848 sous l’impulsion de Victor Schœlcher.

 

  • Le droit au travail est proclamé, et des Ateliers nationaux sont créés pour lutter contre le chômage.

Cependant, ces avancées sont fragiles et le nouveau régime doit rapidement faire face à des tensions internes entre républicains modérés et socialistes, qui souhaitent aller plus loin dans les réformes économiques et sociales.

Conclusion

Le règne de Louis-Philippe, bien que fondé sur une monarchie constitutionnelle plus libérale que celle de ses prédécesseurs, reste marqué par une forte inégalité sociale et une exclusion politique des classes populaires. 

En favorisant principalement les intérêts de la bourgeoisie, ce régime suscite un mécontentement croissant qui explose en février 1848. La Révolution met un terme à la Monarchie de Juillet et ouvre une nouvelle phase d’instabilité politique avec l’instauration de la Deuxième République. 

Cependant, les revendications sociales exprimées durant cette période resteront un enjeu central des luttes politiques du XIXe siècle. Cette révolution, bien qu’elle apporte des avancées démocratiques, montre aussi la difficulté de concilier réformes sociales et stabilité politique, une problématique qui hantera la République naissante jusqu'à son effondrement en 1851 avec le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte.