La Société d'Ancien Régime



1789, une année gravée dans l’Histoire, une rupture brutale avec l’Ancien Régime, un élan révolutionnaire qui va bouleverser non seulement la France, mais le monde entier.

Mais comment en est-on arrivé là ? Pourquoi un royaume qui dominait l’Europe depuis des siècles s’est-il effondré en l’espace de quelques années ?

Pour comprendre, il faut remonter en arrière, analyser les tensions profondes qui secouaient la société française, les erreurs politiques qui ont précipité la crise et les idées nouvelles qui ont donné aux Français l’envie de changements.

Une société figée dans l’Ancien Régime

La France d’avant 1789 est un monde figé, corseté par une organisation sociale d’un autre temps, un monde où la naissance détermine tout.

Cette société est divisée en trois ordres : la noblesse, le clergé et le tiers état

La noblesse, environ 350 000 personnes, détient des privilèges considérables. Non seulement elle est exemptée de la plupart des impôts, mais elle bénéficie aussi des meilleures charges dans l’armée et l’administration. 

Pourtant, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si les grands du royaume, comme les ducs et les princes, mènent une vie fastueuse à Versailles, une partie de la petite noblesse provinciale vit dans un certain dénuement, jalousant la bourgeoisie montante.



Feu d'artifice à Versaille, de tels spectacles avait déjà lieu lors de fêtes de Louis XIV.

Une autre distinction est à faire, entre noblesse d'épée et de robe. La première représente l'ancienne noblesse, dont les racines remontent au moyen-âge. La seconde est une noblesse nouvelle, qui émerge depuis la bourgeoisie grâce à la vente de charges, permettant à de grandes fortunes "d'acheter" des titres de noblesse. 

Le clergé, lui aussi privilégié, est riche et puissant. Il perçoit la dîme, un impôt obligatoire prélevé sur les récoltes des paysans. Mais là encore, il y a un grand fossé entre les évêques et abbés vivant dans une certainte aisance materielle, et les curés de campagne, souvent aussi pauvres que leurs ouailles.

Le tiers état, regroupe l’immense majorité de la population (environ 98 % des Français). On y trouve aussi bien les paysans, que les artisans et commerçants, et surtout les bourgeois, cette classe montante de négociants et d’industriels qui génère richesse et innovation mais reste écartée du pouvoir.

C’est principalement chez cette bourgeoisie que germe la frustration : ces hommes éduqués, influencés par les idées nouvelles, ne comprennent pas pourquoi ils doivent financer l’État sans avoir leur mot à dire.



Caricature : le Tiers État supporte à lui seul la Noblesse et le Clergé, comme des parasites. 

L’Ancien Régime est donc une société vérouillée et inégalitaire, où l’argent ne donne pas nécessairement du pouvoir, et où les privilèges de la noblesse et du clergé exaspèrent de plus en plus la population. 

Une monarchie en faillite  

La monarchie française, autrefois si puissante, est exsangue. Les caisses de l’État sont vides, et ce pour plusieurs raisons.  

D’abord, la fiscalité royale est profondément injuste, et peu optimisée : les nobles et le clergé, classes les plus riche, sont exemptés d’impôts, ce qui signifie que l’ensemble des finances repose sur le tiers état. Les paysans, déjà soumis à la dîme (qu'ils payent à l'Église) et aux taxes seigneuriales (qu'ils payent à la noblesse), doivent aussi s'acquitter des impôts royaux, comme la taille ou la gabelle (taxe sur le sel), qui finissent d'asphyxier les plus pauvres.



Des paysans vont s'acquitter de l'impôt

Si ce système est injuste, il prive également l'État d'une manne fianancière qui pourrait faire la différence dans le budget.

En plus de cette problématique fiscale, la France a accumulé depuis un siècle une dette colossale.

Louis XIV, en menant des guerres incessantes et en construisant Versailles, a creusé le déficit. Son arrière-petit-fils, Louis XVI, hérite d’un royaume en crise financière.

Pour ne rien arranger, la France s’est engagée dans la guerre d’Indépendance américaine (1776-1783) contre l’Angleterre. Si cette intervention permet aux colons américains de remporter la victoire, elle coûte une fortune au trésor français.  



Derrière le faste affiché sur les tableaux ou à la cour de Versaille, le Royaume est complètement ruiné.

En 1788, c’est l’impasse. Le royaume est au bord de la banqueroute. Les ministres des finances, Turgot, Necker et Calonne, tentent des réformes, notamment en imposant les nobles, mais se heurtent à un refus catégorique de la part des parlements et des privilégiés.  

Pourtant, sans argent, le royaume ne peut plus fonctionner. C’est alors que Louis XVI prend une décision cruciale : convoquer les États généraux.

Cette assemblée, composée de représentants des trois odres : Noblesse, Clergé et Tiers État, avait été réunie pour la dernière fois en 1614 à la mort de Henri IV. Elle devait à présent de trouver une solution au problème fiscal.

Mais au lieu d’apaiser les tensions, autour de concessions et de compromis, elle va mettre le feu aux poudres.



L'ouverture des États Généraux (5 mai 1789)

Les idées des Lumières : une révolution dans les esprits 

À la crise économique et sociale s’ajoute une révolution intellectuelle. Depuis plusieurs décennies, des penseurs remettent en question les fondements du pouvoir absolu et revendiquent une société plus juste.  

  1. Montesquieu, dans L'Esprit des lois, défend la séparation des pouvoirs et critique l’absolutisme.
  2. Rousseau, avec Le Contrat social, proclame que la souveraineté appartient au peuple et non à un roi.
  3. Voltaire, lui, s’attaque aux privilèges et aux abus de l’Église.  


Voltaire fait la lecture d'une de ses oeuvres, dans un salon.

Ces idées, autrefois limitées à quelques cercles de philosophes et d’intellectuels, se diffusent grâce à l’essor de l’imprimerie et des salons où l’aristocratie éclairée débat de ces nouveaux concepts.

La bourgeoisie éduquée adopte avec enthousiasme ces principes, voyant là une justification théorique à ses revendications politiques. Même certains nobles réformateurs, comme le marquis de Lafayette, s’en inspirent.  

Ainsi, au moment où la crise politique éclate, les Français disposent déjà d’un certain cadre idéologique qui leur permet d’imaginer un monde différent. La contestation ne se limite plus aux conditions matérielles : elle deviendra rapidement un combat pour des principes universels, pour la liberté et l’égalité.

Louis XVI : un roi dépassé par les événements  

Si la Révolution éclate en 1789, c’est aussi à cause de l’incapacité de Louis XVI à gérer la crise. Roi bien intentionné mais indécis, il hésite, tergiverse et accumule les erreurs.  



Face à la crise financière, il aurait pu imposer des réformes plus fermes. Mais, par peur de s’aliéner la noblesse, il préfère éviter l’affrontement.

Lorsqu’il convoque les États généraux en mai 1789, il laisse les tensions s’exacerber. Son refus d’accorder plus de pouvoir au tiers état mène à la Proclamation de l'Assemblée Nationale, l'un des premiers actes révolutionnaire.

Lorsqu’il tente de reprendre la main par la force, en faisant venir des troupes à Paris, c’est trop tard. Le peuple, redoutant un coup de force, prend la Bastille le 14 juillet 1789. Désormais, la Révolution est en marche, et le roi ne contrôle plus rien.  



La prise de la Bastille

Une révolution inévitable ?

1789 est l’aboutissement d’une crise multiple : une société bloquée, une économie exsangue, un pouvoir royal faible incapable de s’adapter, et des idées nouvelles qui appellent à la réforme.

Lorsque Louis XVI convoque les États généraux, il espère trouver une solution politique. Mais en ouvrant la porte aux revendications du peuple, il déclenche un processus révolutionnaire qui va changer la face du monde.  

La question maintenant est de savoir comment cette Révolution va évoluer. Jusqu’où ira-t-elle ? Que deviendra la monarchie ? C’est ce que nous verrons dans le prochain article, consacré à l’année 1789 : l’année qui a tout changé.  



Quiz de révision

-La noblesse
-Le clergé
-Le tiers-état
Faux ! Seul le tiers-état paie l'impôt
Faux ! Elle est catastrophique.
La bourgeoisie