1789 : l'Insurrection



Paris au bord de l’implosion

Tandis qu'à Versaille, l'Assemblée nationale s'atèle à rédiger une constitution, le pays s'enfonce davantage dans la crise. En ce mois de juillet 1789, la capitale française est une poudrière prête à exploser.

Faute de réforme, la situation économique s'envenime de jour en jour.Le prix du pain, notamment, atteint des sommets, plongeant une grande partie de la population parisienne dans la misère. La famine menace, les tensions sociales s’intensifient, et la colère gronde contre un roi qui semble indifférent aux souffrances du peuple.  



Évolution du prix du pain et de la production de blé, à la veille de la révolution.

Mais ce ne sont pas seulement la faim et la pauvreté qui poussent Paris vers la révolte. Un spectre bien plus inquiétant plane sur la ville : celui d’un coup d’État royal.

Depuis plusieurs semaines, des milliers de soldats se massent aux abords de la capitale. Beaucoup sont des régiments étrangers, suisses et allemands, réputés pour leur fidélité au roi. Leur présence suscite une peur grandissante : ces troupes ne sont-elles pas là pour écraser par la force la Révolution naissante ?  

Le 11 juillet, une nouvelle met le feu aux poudres : Necker, le ministre des Finances, est renvoyé. Cet homme, perçu comme un allié du tiers état, était l’un des rares membre du gouvernement à inspirer encore un semblant de confiance. Son éviction est interprétée comme le signal d’une répression imminente. Pour beaucoup de Parisiens, il n’y a plus de doute : Louis XVI a choisi d'employer la force contre son peuple.  



Necker, ministre des finances.

L’explosion de la révolte : "Aux armes, citoyens !"

Le 12 juillet au matin, Paris est en ébullition. Dans les rues, des groupes de citoyens se forment, échangent des rumeurs et commentent la situation. Certains évoquent la nécessité de se préparer à un affrontement. C’est sur la place Louis XV (future place de la Concorde) qu’éclate l’un des premiers foyers de l’insurrection.  

Là, un jeune avocat et journaliste, Camille Desmoulins, monte sur une table. D’une voix exaltée, il harangue la foule :  

"Citoyens ! Vous savez que Necker est chassé ! Que le massacre de patriotes est décidé ! Ce soir, nos têtes seront promenées au bout de piques si nous ne prenons pas les armes !"



Camille Desmoulins arrangue la foule

Ses paroles galvanisent les esprits. La peur cède la place à la détermination : si le roi veut réprimer par la force, faut se défendre et riposter. Des barricades émergent dans les rues.  

Les tensions montent encore d’un cran lorsque la cavalerie royales charge une foule de manifestants pacifiques dans le jardin des Tuileries. Un homme meurt, frappé par le sabot d'un cheval, mais les révolutionnaires vont amplifier et propager la rumeur, dans le but de déclencher une insurrection générale. On dit que les troupes étrangères s'apprêtent à massacrer les parisiens ! Camille Desmoulin enflamme la foule, en parlant de "Saint-Barthélémy des patriotes".



La charge dans le jardin des Tuileries

L’armement du peuple : la marche sur l’Hôtel des Invalides 

Au matin du 14 juillet, Paris est entre les mains des insurgés, mais il manque encore une chose essentielle pour faire face aux troupes royales : des armes

La veille, plusieurs centaines de Parisiens ont tenté d’obtenir des fusils auprès des autorités municipales. En vain. Face à ce refus, la solution s’impose d’elle-même : il faut les prendre par la force.  

Les émeutiers se dirigent alors vers l’Hôtel des Invalides, une immense caserne militaire située à l’ouest de la ville. Là, un arsenal considérable est entreposé : des dizaines de milliers de fusils et des canons. Les soldats en poste, majoritairement acquis à la cause populaire, n’opposent qu’une faible résistance.  

En quelques heures, les insurgés s’emparent de 32 000 fusils. Mais ces armes sont inutiles sans munitions. Or, la poudre et les balles sont stockées à la prison de la Bastille.  



Prise des armes aux Invalides

L’assaut contre la Bastille : un combat sanglant  

La Bastille, cette imposante forteresse médiévale qui se dresse au cœur de Paris, est bien plus qu’une simple prison, elle symbolise l’arbitraire royal. Depuis des siècles, les souverains y enferment leurs opposants sans procès. Aux yeux du peuple, elle est un instrument de terreur, une menace constante sur les parisiens qui doit dissuader toute insurrection.

Pourtant, à 10 heures du matin en ce jour du 14 juillet 1789, une immense foule se rassemble au pied de la forteresse. Les émeutiers demandent à son gouverneur, Bernard-René de Launay, de leur livrer la poudre. Celui-ci refuse catégoriquement. La tension monte. Pendant plusieurs heures, les insurgés tentent d’obtenir gain de cause par la négociation, mais vers 13h30, les premiers coups de feu éclatent.

Le combat est féroce. Les défenseurs de la Bastille, une centaine d’hommes, tirent depuis les tours, fauchant les assaillants. De nombreux Parisiens tombent sous les balles, mais la rage populaire ne faiblit pas. Au contraire, elle se renforce. 



La prise de la Bastille

Certains tentent d'escalader les murs, d’autres attaquent la porte principale à coups de hache. Puis, un renfort inattendu change le cours du combat : des soldats de la Garde française, favorables au peuple, arrivent avec des canons.  

Face à cette supériorité écrasante, De Launay comprend que la forteresse ne tiendra pas longtemps. Il tente de négocier sa reddition et ouvre les portes. La foule envahit la Bastille.

De Launay est capturé, mais alors qu'on le conduit vers l’Hôtel de Ville, il est lynché en pleine rue par une foule enragée. Sa tête tranchée est promenée au bout d’une pique dans les rues de Paris.  



La tête de de Launay est exposée au bout d'une pique

Les conséquences : une Révolution qui se radicalise

La prise de la Bastille fait entrer la révolution dans une nouvelle phase, bien plus violente. Alors que le changement était jusque là porté par des élites bourgeoises et intellectuelles, rassemblées en Assemblée nationale, le peuple, à travers cette insurrection armée, s'impose comme un nouvel acteur incontournable. Sa force et sa colère deviendront des arme pour ceux qui sauront les diriger dans leur interêt. 

À Versailles, lorsque Louis XVI apprend la chute de la forteresse, il demande :  "Mais c’est une révolte ?". Son conseiller lui aurait alors répondu gravement :  

"Non, Sire, c’est une révolution."

Le roi vient de perdre Paris, et avec lui, une grande partie de son autorité.

Dans toute la France, la nouvelle de l'insurrection parisienne se répand comme un signal. En quelques semaines, les campagnes se soulèvent à leur tour, déclenchant la Grande Peur : la France entière se révolte contre l'Ancien Régime. Désormais, la Révolution est en marche, et rien ne pourra plus l’arrêter.  



Carte : la diffusion de la grande peur 

Un tournant dans la Révolution

Le 14 juillet 1789, la Bastille, symbole de l’arbitraire royal et de la répression monarchique, tombe sous l’assaut du peuple de Paris. Cet événement marque un basculement historique : pour la première fois, ce n’est pas une élite politique qui impose le changement, mais une révolte populaire qui prend le contrôle des événements.  

La Révolution ne se limite plus aux débats de l’Assemblée nationale ou aux conflits entre la noblesse et le tiers état. Le peuple entre brutalement dans l'arène politique, et prouve qu’il est prêt à agir, à prendre les armes et à s’opposer directement au pouvoir en place.

La journée du 14 juillet consacre la fin du monopole de l’Assemblée nationale dans le processus révolutionnaire et introduit la violence, portée par le peuple, comme moyen de transformation politique

Face à cette nouvelle réalité, Louis XVI et son entourage doivent choisir : accepter ces bouleversements ou tenter de reprendre la main. Mais peut-on encore croire à une coexistence entre la monarchie et cette Révolution qui devient incontrôlable ?  


 


Quiz de révision

Vrai ! le prix du pain augmente
Ils craignent que le roi ne cherche à dissoudre l'Assemblée et réprimer son peuple, pour retrouver son pouvoir.
De la poudre à canon pour leurs fusils
Le 14 juillet 1789
Vrai ! Dans les campagnes, les paysans se soulèvent contre leurs seigneurs.