Une République fragile
Le 21 janvier 1793, l'exécution de Louis XVI marque une rupture historique. Loin de stabiliser la République, cet acte précipite la France dans une crise encore plus profonde.
À l'extérieur, la guerre contre les monarchies européennes s'intensifie, tandis qu'à l'intérieur, des révoltes royalistes et des soulèvements fédéralistes menacent l'unité du pays.
Face à cette situation, la Convention nationale, désormais dominée par les Montagnards, prend des mesures radicales pour assurer la survie de la Révolution : la Terreur est mise en place. Ce régime d’exception repose sur une justice rapide et impitoyable, sensée protéger la République des ennemis intérieurs et extérieurs. Toutefois, il aboutira à une dictature politique où la peur devient un instrument de gouvernement.
L'instauration de la Terreur : Un pouvoir révolutionnaire absolu
Un pays menacé de toutes parts
Dès le début de l'année 1793, la République est en danger. À l'extérieur, la France fait face à une coalition formée par l’Angleterre, l’Autriche, la Prusse, l’Espagne et la Russie. Les défaites militaires s’accumulent, et la levée en masse de 300 000 soldats en mars 1793 déclenche un mécontentement généralisé.
À l’intérieur, la guerre de Vendée éclate en mars 1793, opposant les républicains ("Bleus") aux royalistes ("Blancs").
La bataille du Mans, pendant les guerres de Vendée
Face à cette instabilité, la Convention se divise en deux grandes factions : d'un côté, les Girondins, républicains modérés qui refusent la violence extrême et prônent une République parlementaire décentralisée.
De l’autre, les Montagnards, menés par Robespierre, Danton et Saint-Just, qui estiment qu’une répression sans concession est nécessaire pour sauver la Révolution.
Cette opposition culmine le 2 juin 1793, lorsque sous la pression des sans-culottes et des sections révolutionnaires, la Convention ordonne l’arrestation de 29 députés girondins. Progressivement éliminés, ces derniers disparaissent de la scène politique, laissant les Montagnards gouverner sans opposition.
Gravure : la garde nationale est mobilisée pour arrêter les députés girondins
En réaction, des insurrections fédéralistes éclatent à Lyon, Marseille et Bordeaux, où des Girondins contestent la domination montagnarde, mais Paris ne compte pas flancher, et les sans-culottes réclament des mesures encore plus radicales contre les « ennemis du peuple ».
La mise en place des instruments de la Terreur
Une justice expéditive et sans appel
Pour instaurer un contrôle absolu sur la République et éliminer leurs opposants, les Montagnards mettent en place une série de lois d’exception qui plongent la France dans une ère de répression.
En mars 1793, le Tribunal révolutionnaire est réorganisé pour juger les suspects rapidement. Les procès deviennent de simples formalités où l’accusation est souvent suffisante pour envoyer l’accusé à l’échafaud. Les acquittements se raréfient, la peur domine la justice.
En parallèle, le Comité de Salut Public, contrôlé par Robespierre, Saint-Just et Couthon, devient le véritable gouvernement de la France. Concentrant l’essentiel du pouvoir exécutif, il supervise la guerre, l’économie et la politique intérieure.
Un autre organe, le Comité de Sûreté Générale, se charge de la police politique et traque sans relâche les suspects, les ennemis de la Révolution et les traîtres potentiels.
Le Comité de Sûreté Générale distribue les mandats d'arrêts
Le 17 septembre 1793, la Loi des Suspects marque un tournant décisif : désormais, toute personne soupçonnée d’être hostile à la Révolution peut être arrêtée sans preuve formelle.
Il suffit d’une dénonciation pour être incarcéré et jugé. L’arbitraire s’installe, et la suspicion devient la règle. Dans cette atmosphère de paranoïa, des milliers de citoyens sont arrêtés, parfois pour des motifs futiles comme une parole maladroite, une relation avec un suspect ou un comportement jugé louche.
Le paroxysme de la Terreur et la chute de Robespierre
La Grande Terreur (juin-juillet 1794)
À l’été 1794, la répression atteint son apogée avec la loi du 22 prairial (10 juin 1794). Ce texte supprime les derniers droits des accusés : les débats sont réduits au minimum, et la seule peine possible en cas de culpabilité est la mort. Les exécutions se multiplient à un rythme effréné : 1 376 personnes sont guillotinées en un mois.
Condamné envoyé à la guillotine
La Terreur s’emballe, et même les partisans de la Révolution commencent à s’inquiéter. Le climat devient délétère : tout le monde craint d’être le prochain sur la liste, même les membres du gouvernement.
Robespierre, de plus en plus isolé, refuse de nommer explicitement ses ennemis. Pour lui, tout le monde peut être suspect.
La chute de Robespierre (27 juillet 1794)
Face à cette situation, une coalition de députés, comprenant d’anciens alliés et des modérés effrayés par la répression, décide d’agir avant d’être eux-mêmes éliminés.
Le 27 juillet 1794 en pleine séance de la Convention, Robespierre est arrêté. Il est conduit à la prison du Luxembourg, il n’y est pas incarcéré, car certains gardiens refusent d'exécuter l'ordre d'arrestation.
Profitant du chaos, il trouve refuge à l’Hôtel de Ville, où il rejoint ses derniers partisans, notamment les chefs de la Commune de Paris. Là, il tente d’organiser la résistance et appelle à l’insurrection.
Réfugiés dans l'Hôtel de Ville, Robespierre tente d'organiser l'insurection
Mais son appel reste sans réponse, et les forces de la Convention prennent rapidement l’avantage. Aux premières heures du 28 juillet, les troupes fidèles à la Convention encerclent l’Hôtel de Ville et investissent le bâtiment sans réelle opposition.
Robespierre est retrouvé blessé au visage, vraisemblablement par un tir accidentel ou une tentative de suicide.
Robespierre, blessé, allongé sur une table
Silencieux à cause de sa plaie à la machoir et donc incapable de se défendre pendant son procès, il est condamné à mort dès le lendemain et conduit à l’échafaud dans le heures qui suivent.
Le lendemain, il est guillotiné avec Saint-Just, Couthon et ses derniers soutiens. Alors qu’il monte à l’échafaud, son visage ensanglanté, blessé la veille, reflète l’ironie tragique de son destin : lui qui avait fait de la guillotine une arme politique, il est finalement emporté par sa lame.
Robespierre et Saint-Juste ammenés à la la guillotine
La fin d'une dictature révolutionnaire
La chute de Robespierre met fin à la Terreur, mais elle ne répare pas les dégâts qu’elle a causés. Ce régime, conçu comme une réponse aux menaces pesant sur la République, s’est transformé en une machine de répression incontrôlable, où l’arbitraire et la peur ont remplacé la justice.
La République sort de cette période affaiblie, divisée et rongée par la méfiance. La Révolution, qui devait garantir la liberté et l’égalité, s’est enfermée dans un cycle de violence, rendant impossible tout retour à la stabilité. La Terreur s’arrête, mais elle laisse une France épuisée, marquée par la peur et l’incapacité de trouver un nouvel équilibre politique.







