L’insurrection fédéraliste de Lyon



En 1793, la France est en pleine Révolution. La chute de la monarchie et l’établissement de la République ont conduit à des luttes internes entre différentes factions révolutionnaires.

À cette époque, les Montagnards, dirigés par Robespierre, dominent la Convention nationale et imposent une centralisation autoritaire du pouvoir.

Face à eux, les Girondins, partisans d’une République plus décentralisée et modérée, sont progressivement éliminés du gouvernement.  

L’exclusion des Girondins en juin 1793 déclenche une série d’insurrections dans plusieurs villes de province. Ces révoltes, dites "fédéralistes", dénoncent la dictature des Montagnards et réclament une autonomie locale.



Les girondins sont expulsés de la convention par la garde nationale

Lyon, deuxième ville de France et grand centre économique, devient un foyer majeur de cette contestation. Mais son soulèvement est sévèrement réprimé : après un siège de plusieurs mois, la ville est écrasée par les forces républicaines, et une répression brutale s’abat sur ses habitants.  

Les causes de l’insurrection fédéraliste à Lyon

Un rejet de la centralisation jacobine 

La Révolution française a profondément modifié l’organisation politique du pays. 

Deux partis, issus du Jacobinisme s'affrontent :

  • les Montagnards, avec à leur tête Robespierre, souhaitent un État centralisé et contrôlé depuis Paris
  • les Girondins défendent un système plus décentralisé, où les grandes villes conservent une part d’autonomie dans la gestion de leurs affaires.  

Lorsque les Montagnards excluent les Girondins de la Convention en juin 1793, une partie de la France bascule dans l’opposition. De nombreuses villes, comme Marseille, Bordeaux, Toulon et Lyon, refusent de reconnaître l’autorité du gouvernement jacobin et se soulèvent pour défendre la cause girondine.  



Carte : les zones d'insurrection

Une situation locale explosive  

Lyon est une ville riche et dynamique, notamment grâce à son industrie textile et son commerce. Toutefois, la crise économique causée par la Révolution pèse lourdement sur la population.

Les réquisitions imposées par le gouvernement pour financer la guerre, ainsi que la conscription obligatoire, aggravent le mécontentement.  

Par ailleurs, les tensions sociales sont vives entre les différentes classes de la population. Joseph Chalier, un Jacobin local,  tentent d’imposer une politique radicale inspirée des sans-culottes parisiens. Il souhaite notamment exproprier les riches et instaurer des mesures de redistribution forcée.

Ces idées sont violemment rejetées par la bourgeoisie commerçante et artisanale, qui domine la ville. En juillet 1793, après une tentative de soulèvement menée par Chalier, celui-ci est arrêté et exécuté par les Lyonnais, qui se révoltent contre le pouvoir parisien.  

Le déroulement de l’insurrection et du siège de Lyon 

Lyon entre en rébellion

Après la mort de Chalier, les élites lyonnaises prennent le contrôle de la ville et organisent une résistance contre le gouvernement révolutionnaire. Elles forment un comité insurrectionnel, qui refuse d’obéir aux ordres de Paris.

Lyon devient alors un bastion du fédéralisme, défendant le retour des Girondins et l’autonomie des provinces.  

Mais la ville est isolée. Malgré le soutien de quelques autres régions en révolte, la plupart des foyers fédéralistes sont rapidement écrasés par les forces républicaines. Lyon se retrouve seule face à la puissance militaire de la Convention.  



Le général du Précy, chef des insurgés lyonnais

Le siège et la reddition de Lyon

En août 1793, la Convention envoie une armée de 60 000 hommes, commandée par les généraux Kellermann et Dubois-Crancé, pour reprendre Lyon. La ville est assiégée, et un blocus est imposé afin d’affamer la population et d’épuiser les défenseurs.  

Les bombardements commencent et s’intensifient au fil des semaines. Les canons républicains détruisent progressivement les fortifications et les quartiers stratégiques. À l’intérieur, la résistance est acharnée, mais les insurgés manquent de vivres et de renforts.  



Le bombardement de Lyon

Après plus de deux mois de combats, Lyon capitule le 9 octobre 1793. La ville, affamée et épuisée, ne peut plus tenir face à l’armée républicaine.  

La répression sanglante orchestrée par la Convention

Une punition exemplaire

Dès la reddition de Lyon, la Convention décide de faire de la ville un exemple pour décourager toute future rébellion. Le 12 octobre 1793, un décret ordonne que Lyon soit partiellement détruite. Elle est rebaptisée "Ville-Affranchie" et certains quartiers sont rasés, notamment ceux ayant abrité la résistance.  

Mais c’est surtout la répression humaine qui marque cet épisode. La Convention envoie sur place des représentants en mission pour organiser les représailles. Parmi eux, Jean-Marie Collot d’Herbois et Joseph Fouché se montrent particulièrement impitoyables.  



Massacre de Lyon, ordonné par Collot d'Herbois

Des exécutions de masse

Dans un premier temps, les autorités révolutionnaires organisent des procès expéditifs.

La guillotine est installée sur la place des Terreaux et fonctionne sans interruption. Mais très vite, la machine est jugée trop lente pour exécuter tous les prisonniers.  

Fouché et Collot d’Herbois décident alors d’utiliser d’autres méthodes. Sur la plaine des Brotteaux, des centaines de Lyonnais sont alignés et fusillés au canon par groupes entiers. Ces exécutions par mitraillage deviennent le symbole de la répression à Lyon.  



Les insurgés sont exécutés à la mitraille

Environ 2 000 personnes sont exécutées en quelques mois.

Fouché, futur ministre de Napoléon, acquiert à cette occasion une réputation de technicien impitoyable de la répression, ainsi qu'un surnom : "Le mitrailleur de Lyon". Il applique les ordres avec une froideur méthodique, justifiant les massacres par la nécessité d’éliminer les ennemis de la Révolution.  



Portrait de Fouché

Conclusion

L’insurrection de Lyon et sa répression illustrent la brutalité avec laquelle la Révolution française a imposé son autorité

Face aux tentatives d’autonomie des provinces, la Convention montagnarde a répondu par une centralisation implacable, quitte à employer la terreur.  

Lyon, autrefois prospère, sort brisée de cet épisode. Il faudra plusieurs années pour que la ville se reconstruise et retrouve son dynamisme. Cet épisode rappelle que la Révolution, tout en portant des idéaux de liberté et d’égalité, a aussi engendré des violences extrêmes pour assurer l’unité nationale.

La Terreur, qui se voulait un instrument de sauvegarde de la République, a laissé derrière elle des cicatrices profondes, dont Lyon a été l’un des exemples les plus tragiques.