Les Cent-Jours et la bataille de Waterloo (1815)



En avril 1814, après la campagne de France et la prise de Paris par les alliées, Napoléon Ier abdique et part en exil sur l’île d’Elbe.

L’Empire s’effondre, et Louis XVIII s'assoit sur le trône de France, marquant le retour des Bourbons au pouvoir. Pourtant, cette tentative de retour à la monarchie peine à convaincre : l’armée et une partie du peuple gardent la nostalgie des grandes heures de l’Empire.  

Face à ce mécontentement, Napoléon, qui suit les événements depuis son île méditerranéenne, prend une décision audacieuse : il quitte Elbe en secret et débarque en France le 1er mars 1815. En moins d’un mois, il reconquiert son trône sans tirer un coup de feu. Mais son retour inquiète les grandes puissances européennes, qui s’unissent une nouvelle fois contre lui. Pourra-t-il venir à bout de cette septième coalition ?

Le retour de Napoléon

L’évasion de l’île d’Elbe et la reconquête du pouvoir  

Napoléon ne compte pas finir sa vie comme un souverain déchu sur un îlot insignifiant. Dès son arrivée à Elbe, il surveille de près la situation en France.

Napoléon réalise rapidement que Louis XVIII, s'il apporte la paix, peine à asseoir son autorité, son retour étant loin de faire l’unanimité. L’armée, marginalisée et frustrée par la fin des campagnes, reste profondément attachée à l’Empereur, tandis qu’une partie de la population, désillusionnée par la Restauration, regrette la grandeur de l’Empire. Ce climat de mécontentement lui offre une opportunité inespérée de reprendre le pouvoir.

Le 26 février 1815, il quitte Elbe secrètement avec un millier d’hommes.



Napoléon quitte Elbe

Trois jours plus tard, il débarque près de Cannes, sur la côte méditerranéenne. Son objectif est clair : rejoindre Paris avant que le pouvoir royal ne puisse réagir efficacement. Son entreprise est risquée : il ne dispose d'aucune armée conséquente.  

Apprenant son retour, Louis XVIII ordonne son arrestation, et envoie la troupe se saisir de lui, mais tout ne va pas se passer comme prévu. Le 7 mars, à Laffrey, un bataillon royal vient à la rencontre de l'Empereur pour le mettre aux arrêts. Napoléon joue de son charisme et s'avance seul vers la troupe, qui le met en joue.​

Il s'exclame : 

«Soldats du 5e de ligne, me reconnaissez-vous ? … Si quelqu’un veut tirer sur son empereur, me voici !»  

Le bataillon mets bas les armes, et les soldats rejoignent sa marche vers Paris. 

Le 19 mars, il est rallié par le maréchal Ney, lui aussi initialement envoyé pour le capturer. Alors que sa progression vers vers Paris semble irrésistible, qu'il est acclamé dans toutes les régions qu'il traverse, Ney déclare

"L'Empereur est un aigle, il volera de clochers en clochers jusqu'aux tours de Notre-Dame."



Le 7ème régiment d'infanterie se rallie à l'Empereur

Le 20 mars, Napoléon entre dans Paris sans opposition. Louis XVIII s’est enfui la veille. En trois semaines, l'empereur a reconquis son trône sans verser une goutte de sang. Mais ce succès fulgurant ne signifie pas que tout est gagné.  

Un empire à reconstruire dans l’urgence

Si Napoléon a réussi à s’imposer militairement et politiquement, il hérite d’une situation particulièrement instable. Son retour au pouvoir suscite autant d’enthousiasme que d’inquiétude.  D’abord, la France de 1815 n’est plus celle de 1805 : après des années de guerres, la population est fatiguée des conflits et veut avant tout la paix

De plus, une partie des élites, notamment les royalistes et les républicains, le voient toujours comme un dictateur. Pour rassurer la branche libérale, Napoléon cherche le compromis : il fait adopter l’Acte additionnel aux Constitutions de l’Empire, une charte qui libéralise légèrement son régime et donne plus de place aux libertés publiques.

De l'autre côté des frontières, la menace est immédiate : les souverains européens, réunis au Congrès de Vienne, refusent toute négociation et déclarent Napoléon «hors la loi». Eux qui croyaient en avoir fini avec cet isolent arriviste, sont bien décidées à écraser une fois pour toutes l’Empire renaissant.  

Une nouvelle coalition se forme, rassemblant l’Angleterre, la Prusse, l’Autriche, la Russie, et globalement toute l'Europe. 



La septième coalition

L'Aigle tente de préserver la paix malgré son retour, mais pour les monarchies, il est impensable de le laisser s'en tirer comme ça. L'Empereur n’a pas d’autre choix que d’anticiper l’attaque. Son seul espoir : prendre l’initiative militaire et frapper ses ennemis avant qu’ils ne se regroupent. C’est ainsi que, moins de trois mois après son retour, il se met en marche pour ce qui sera son dernier combat : la bataille de Waterloo.  

Waterloo : Le Choc Décisif

Avant la bataille

Napoléon regarde vers le nord, en Belgique, où les forces ennemies sont en train de se rassembler dans l'objectif d'envahir la France. La menace est divisée en deux armées : d’un côté, les Britanniques et leurs alliés sous le commandement du duc de Wellington ; de l’autre, les Prussiens du maréchal Blücher.

Napoléon franchit la frontière belge, déterminé à vaincre ces forces séparément avant qu’elles ne puissent s’unir.

Le 16 juin 1815, à Ligny, l’Empereur remporte une victoire contre les Prussiens, les forçant à battre en retraite. Pendant ce temps, le maréchal Ney affronte Wellington, mais la bataille tourne à l’impasse.



Troupes françaises après Ligny

Malgré sa victoire, Napoléon commet une erreur : au lieu d’achever les Prussiens en déroute, il leur laisse le temps de se regrouper. Ce choix aura de terribles conséquences deux jours plus tard.

Déroulé de la Bataille

Le 18 juin 1815, après plusieurs jours de manœuvres en Belgique, les armées française et anglo-alliée se font enfin face.

Wellington, conscient de l’arrivée imminente des renforts prussiens, choisit une position défensive qui lui permettra de temporiser. Il s'installe sur une crête près du village de Waterloo, à une vingtaine de kilomètres de Bruxelles. Ce terrain, légèrement vallonné, lui permet de dissimuler une partie de ses troupes derrière les replis du sol et de renforcer ses lignes avec plusieurs fermes fortifiées.

Là,  Wellington dispose de 68 000 soldats, et attend avec anxiété les renforts prussiens de Blücher, forts de 50 000 hommes. Face à lui, l’empereur aligne 73 000 hommes et 250 canons.

Napoléon pense pouvoir enfoncer les lignes britanniques en un assaut frontal. Dès le matin, il ordonne l’attaque de la ferme fortifiée de Hougoumont, tenue par les Anglais. Mais ce combat s’enlise. Les Français s’acharnent sans succès, mobilisant des forces précieuses.

Les charges insensées du maréchal Ney

Vers 16h00, le maréchal Ney croit discerner un repli ennemi. Il ordonne une charge massive de cavalerie contre le centre britannique.

Mais les Anglais ne fuient pas : ils sont retranchés en carrés, formation quasi-imprenable face à la cavalerie seule. Plus de 5 000 cavaliers français se ruent à l’assaut pendant une heure, sans soutien d’infanterie ni d’artillerie. L’attaque est inutile et épuise précieusement les forces françaises.



La charge du maréchal Ney

L’absence de Grouchy et l’arrivée fatale des Prussiens

Pendant ce temps, les Prussiens approchent.. À 17h30, les premiers Prussiens arrivent sur le champ de bataille. À 19h00, leur armée engage l’attaque sur le flanc droit français. L’étau se referme.



Les prussiens attaquent

Le dernier assaut

Dans un ultime sursaut, Napoléon joue sa dernière carte. À 19h30, il envoie sa Garde Impériale, l’unité d’élite, dans un assaut désespéré contre le centre de Wellington.

Aux côté de la Garde, le maréchal Michel Ney, couvert de boue et de sang, dirige l'infanterie à pied après avoir perdu son cinquième cheval de la journée. Pour galvaniser ses troupes dans cet ultime assaut, il s’exclame, plein de provocation et d'audace : 

«Venez voir comment meurt un maréchal d’Empire !» 

Son énergie et son courage sont admirables, mais à cet instant de la bataille, rien ne peut plus sauver l’armée française. Le dernier assaut est contenu. Pire, sous le feu nourri des Anglo-Prussiens,  la Garde recule. Le mythe d’invincibilité du corps d'élite s’effondre. 

Avec le recul de la Garde, la panique gagne les rangs. C’est la déroute. Les soldats s’enfuient en désordre, poursuivis par les alliés. Napoléon quitte le champ de bataille. Cette fois-ci, tout est perdu.

Pourtant, la Garde résiste encore. Elle reforme des carrés et poursuit le combat sur des hauteurs. Un officier britannique approche, et exige leur reddition. 

Le général Cambronne, qui commande les derniers carrés, le regarde dans les yeux et proclame :

"La Garde meurt mais elle ne se rends pas" 

(D'autres sources font état d'un simple "Merde"). 



Le dernier carré de la Garde

La Garde finira tout de même par se rendre, complètement encerclée, après un intense bombardement de l'artillerie anglaise.

Wellington et Blücher se serrent la main en signe de victoire. Napoléon est vaincu, son armée anéantie. Cette bataille de géants s'apprête à entrer dans l'Histoire.



Poignée de main entre Wellington et Blücher

L'exil à Saint-Hélène

Après la déroute de Waterloo, Napoléon regagne Paris, mais la capitale lui est devenue hostile : l’Assemblée et le gouvernement refusent de le soutenir, et exigent son abdication pour mettre fin à la guerre. Acculé, l’Empereur abdique une seconde fois le 22 juin 1815.

Tentant d’échapper à la capture des alliés, il cherche à gagner les États-Unis, mais la flotte britannique quadrille les mers. Finalement, il se rend aux Anglais, espérant un traitement honorable : pourquoi pas un exil en Angleterre par exemple ?

Mais ses ennemis ne veulent plus prendre aucun risque. L'Empereur déchu est exilé à Sainte-Hélène, un îlot perdu au milieu de l’Atlantique Sud d'où il ne pourra pas s'enfuire. Isolé, sous surveillance constante, il passe ses derniers jours à dicter ses mémoires, sculptant son propre mythe. Là, loin des fastes impériaux, l’Aigle s’éteint le 5 mai 1821, laissant derrière lui une légende qui hantera l’Europe bien après sa mort.



Napoléon à Saint-Hélène