Le coup d’État du 2 décembre 1851, mené par Louis-Napoléon Bonaparte, constitue un tournant fondamental de l’histoire politique française du XIXe siècle. Cet événement marque à la fois la fin brutale de la Deuxième République et le début du Second Empire, une ère caractérisée par un autoritarisme assumé, consolidé par des mécanismes de légitimation populaire.
Une République instable face aux tensions sociales et politiques
La chute de la monarchie de Juillet en février 1848 ouvre la voie à la proclamation de la Deuxième République. Ce régime, fondé sur des idéaux démocratiques et progressistes, introduit des mesures ambitieuses, comme l'instauration du suffrage universel masculin, qui élargit considérablement le corps électoral. Cette avancée démocratique permet à des millions de Français issus des classes populaires de participer pour la première fois à la vie politique.
C'est dans ce contexte d'espérances nouvelles que Louis-Napoléon Bonaparte se présente à l'élection présidentielle de décembre 1848. Fort de son nom prestigieux et d'une habile campagne basée sur des promesses de paix sociale et de prospérité économique, il remporte l'élection avec 74 % des voix. Son soutien est particulièrement marqué chez les classes populaires. Encore marquées par les souvenirs de l'Empire, et qui voient en lui un héritier légitime de cette grandeur passée .
Napoléon Ier tient Louis-Napoléon, enfant, sur ses genoux.
Cependant, une fois élu, Louis-Napoléon se trouve confronté à un parlement hostile, dominé par le parti de l’Ordre, une coalition conservatrice regroupant des monarchistes légitimistes et orléanistes. Cette majorité est soucieuse de préserver l'ordre social, les privilèges des élites et envisage, à terme, de rétablir la royauté en France. Elle se méfie du président, qui est perçu comme un populiste opportuniste.
L’opposition se cristallise autour de plusieurs lois restrictives, parmi lesquelles la loi électorale du 31 mai 1850. Cette loi réduit considérablement le suffrage universel en imposant des critères de résidence stricts, excluant ainsi près de trois millions d'électeurs, principalement des ouvriers itinérants, des artisans et des paysans saisonniers, des catégories traditionnellement favorables à Louis-Napoléon !
Cette attaque contre les bases démocratiques de la République (et contre ses propres électeurs) indigne le président, qui se pose alors en défenseur du peuple face à ce qu'il qualifie d'oligarchie parlementaire. S'engage alors une confrontation entre le pouvoir exécutif (de Louis-Napoléon) et législatif (du parlement), une lutte entre deux conceptions divergentes du pouvoir et de la souveraineté.
Louis-Napoléon Bonaparte prête serment, après son élection
- Louis-Napoléon Bonaparte incarne une vision plébiscitaire et autoritaire du pouvoir, largement inspirée de l’héritage de son oncle, Napoléon Ier. Pour lui, la véritable légitimité politique découle directement de la volonté du peuple exprimée par le suffrage universel, contournant ainsi les institutions parlementaires traditionnelles. C’est dans cet esprit qu’il conçoit l’usage des référendums comme un moyen de légitimer son autorité en s’appuyant sur une relation directe avec les masses populaires.
- L’Assemblée nationale est dominée par les monarchistes. Ces élites conservatrices ne cherchent pas réellement à défendre la République, qu'elles considèrent comme une parenthèse malheureuse. Leur opposition à Louis-Napoléon ne réside pas dans la préservation des principes républicains, mais plutôt dans leur volonté de maintenir l'ordre social établi, protéger les privilèges des élites économiques et, pour certains, œuvrer en faveur d’une restauration monarchique à long terme.
Ce conflit révèle donc une ironie fondamentale : Louis-Napoléon Bonaparte, pourtant porteur d’un projet autoritaire, se présente comme le champion des valeurs démocratiques contre une Assemblée qui, sous couvert de défendre la légalité constitutionnelle, cherche en réalité à restreindre les avancées démocratiques de la Deuxième République, notamment en limitant le suffrage universel.
Cette stratégie populiste permet à Louis-Napoléon d’incarner aux yeux des classes populaires un défenseur des libertés démocratiques face à une élite perçue comme réactionnaire et hostile à leurs intérêts.
Ambitions personnelles et opposition institutionnelle
L’une des principales causes du coup d’État réside dans l’impossibilité pour Louis-Napoléon de briguer un second mandat présidentiel.
La Constitution de 1848 interdisait explicitement la réélection du président à l'issue de son mandat de quatre ans, empêchant ainsi toute tentative de consolidation du pouvoir personnel. Malgré plusieurs tentatives pour modifier cette clause par des voies légales, Louis-Napoléon se heurte à une opposition tenace de l’Assemblée nationale.
La composition de l'Assemblée de 1849, dominée par les royalistes.
En 1851, le président engage une campagne de révision constitutionnelle, soutenu par une majorité des conseils généraux. Cependant, cette tentative échoue en juillet 1851 : bien que la proposition recueille une majorité absolue (446 voix contre 278), elle n'atteint pas la majorité des trois quarts nécessaire pour modifier la Constitution. Cet échec scelle la rupture définitive entre Louis-Napoléon et l’Assemblée.
Face à cet obstacle institutionnel, Louis-Napoléon décide de passer à l’action. Convaincu que sa popularité auprès des masses rurales et urbaines pourrait légitimer un maintien au pouvoir, il commence à envisager un coup de force.
Les préparatifs débutent dès août 1851, dans le plus grand secret. L’armée, placée sous le commandement du général Magnan, se prépare à neutraliser toute opposition militaire. L’opération est soigneusement planifiée, et baptisée Rubicon, symbole de rupture avec l'ordre légal.
La date choisie pour l’exécution du coup d’État, le 2 décembre 1851, est hautement symbolique : elle fait écho à deux événements majeurs de l’épopée napoléonienne : le sacre de Napoléon Ier en 1804 et la victoire d’Austerlitz en 1805. En invoquant cette mémoire impériale, Louis-Napoléon entend légitimer son action aux yeux du peuple et des élites encore nostalgiques de la grandeur napoléonienne.
Le sacre de Napoléon Ier (1804)
Ainsi, le coup d'État ne résulte pas seulement d'une ambition personnelle, mais aussi d'un conflit institutionnel profond, doublé d'une volonté de restaurer un pouvoir exécutif fort face à une Assemblée perçue comme hostile et paralysante.
Il se présente, aux yeux de Louis-Napoléon, comme un acte nécessaire pour rétablir l'ordre, restaurer le suffrage universel et, surtout, satisfaire les aspirations d’un peuple qu’il juge trahi par les élites parlementaires.
Le déroulement du coup d'État : Un plan minutieusement orchestré
Le coup d'État du 2 décembre 1851 est le fruit d’une planification minutieuse qui débute dès l’été 1851. Face à l’échec de la révision constitutionnelle et conscient que son mandat présidentiel arriverait bientôt à son terme, Louis-Napoléon Bonaparte décide d’imposer sa volonté par la force. Il s’entoure alors d’un cercle restreint de fidèles, prêts à défier l’ordre établi pour préserver son pouvoir.
Le cœur du complot est constitué de personnalités influentes :
- Charles de Morny, figure politique ambitieuse et stratège déterminant dans l’opération
- Charlemagne de Maupas, préfet de police de Paris, chargé de neutraliser toute opposition dans la capitale
- Le général Saint-Arnaud, ministre de la Guerre, qui obtient le soutien des forces armées
- Le général Magnan, commandant des troupes de Paris, chargé de verrouiller la capitale sur le plan militaire.
Louis-Napoléon Bonaparte donne les dernières instructions aux conjurés, dans la nuit du 1er au 2 décembre.
Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, le plan est exécuté avec une efficacité remarquable. Au petit matin, Paris se réveille sous le contrôle des troupes bonapartistes : les points stratégiques de la capitale, tels que les Champs-Élysées, les Tuileries, et les bâtiments administratifs, sont occupés par l’armée. Près de 60 000 soldats, épaulés par une centaine de pièces d’artillerie, investissent la ville.
Des cavaliers dans Paris, au matin.
Le coup d’État commence par la diffusion de plusieurs décrets présidentiels, placardés dans les rues dès l’aube. Ces proclamations, rédigées dans un ton populiste, annoncent :
- La dissolution de l’Assemblée nationale et du Conseil d’État.
-
Le rétablissement du suffrage universel masculin (aboli par la loi de 1850).
- La convocation du peuple français pour approuver, par plébiscite, les réformes futures.
Louis-Napoléon justifie son action en se présentant comme le défenseur des droits du peuple face à une élite parlementaire qu’il accuse de trahison des idéaux républicains.
Affiches placardées dans Paris, le 2 décembre.
La répression des opposants s'organise avec brutalité. Dès les premières heures du coup d’État, la police, sous les ordres de Maupas, procède à l'arrestation des principaux chefs de l'opposition, qu’ils soient républicains modérés, monarchistes ou figures libérales.
Parmi les figures arrêtées figurent des personnalités de premier plan telles que Adolphe Thiers, Louis-Eugène Cavaignac et le général Changarnier.
L'arrestation du général Changarnier
L’Assemblée nationale, privée de ses membres les plus influents, tente une réaction désespérée : une poignée de députés se réfugient à la mairie du Xe arrondissement pour déclarer la déchéance du président, en s’appuyant sur l’article 68 de la Constitution de 1848, qui considère comme un crime de haute trahison toute tentative de dissolution de l’Assemblée. Cependant, ce sursaut légaliste est rapidement écrasé : les députés dissidents sont arrêtés, tandis que l'armée occupe le Palais Bourbon, mettant fin à toute velléité de résistance institutionnelle.
La résistance républicaine : Paris en révolte et insurrections en province
Malgré la rapidité du coup d’État et l’efficacité de la répression initiale, la résistance à l’autoritarisme de Louis-Napoléon Bonaparte ne tarde pas à émerger, surtout parmi les républicains les plus résolus. Cependant, cette opposition, fragmentée et mal coordonnée, se révèle vite insuffisante face à l’appareil militaire solidement contrôlé par le pouvoir.
Les tentatives de soulèvement à Paris
À Paris, l’opposition républicaine tente de mobiliser les quartiers populaires, principalement situés à l’est de la capitale. Ce sont des figures majeures de la gauche républicaine qui prennent la tête de cette résistance improvisée : Victor Schœlcher, défenseur des libertés publiques ; Victor Hugo, fervent opposant au coup d’État ; ou encore le député Alphonse Baudin, qui mourra sur les barricades du faubourg Saint-Antoine, symbole tragique du sacrifice républicain.
Baudin sur les barricades
Cependant, les insurgés rencontrent plusieurs difficultés majeures. Le souvenir encore vif des Journées de Juin 1848, où les ouvriers parisiens avaient été écrasés dans le sang par l’armée républicaine, suscite une certaine méfiance parmi les classes populaires à l’égard de cette Assemblée conservatrice qui avait trahi leurs intérêts. Ainsi, même si des barricades surgissent dans certains quartiers ouvriers, elles manquent d’une réelle coordination et ne bénéficient pas d'un soutien massif.
Le 3 décembre, environ 70 barricades sont érigées dans les quartiers populaires, notamment autour du faubourg Saint-Antoine et du quartier du Marais. Mais ces insurrections se heurtent à une répression implacable. Les soldats, sous le commandement du général Canrobert, reçoivent l’ordre de réprimer sans pitié les insurgés.
La résistance est écrasée en quelques jours, culminant avec la journée sanglante du 4 décembre, où l’armée tire au canon sur les foules rassemblées sur les grands boulevards. Le massacre fait entre 300 et 400 morts, des victimes souvent innocentes, parmi lesquelles des femmes et des enfants.
Les victimes du Coup d'État, entassés dans une fosse commune.
La révolte en province : Une résistance plus marquée dans le Sud-Est
Si Paris est rapidement muselée, la résistance s’organise avec plus de vigueur dans certaines régions de province, en particulier dans le Sud-Est et le Sud-Ouest de la France.
Les départements des Basses-Alpes (aujourd’hui Alpes-de-Haute-Provence), du Var, de la Drôme et du Vaucluse deviennent les épicentres de cette insurrection provinciale. Des comités de résistance s’organisent, appelant à la défense des principes républicains et à la restauration de la Constitution de 1848.
Cependant, ces mouvements de révolte restent largement désorganisés et isolés. Face à une armée bien équipée et déterminée à écraser toute contestation, les républicains, mal armés et en infériorité numérique, sont rapidement défaits.
À Aups, dans le Var, ou encore à Manosque, les affrontements se soldent par de lourdes pertes pour les insurgés. Le bilan est tragique : plusieurs dizaines de tués en quelques jours, des centaines d’arrestations, et de nombreux insurgés déportés vers les colonies, en particulier en Algérie.
L'exécution de deux insurgés
Un échec militaire, mais une victoire morale pour les républicains
Si la résistance armée est brisée en quelques jours, l’opposition au coup d’État ne disparaît pas pour autant. La répression brutale menée par le nouveau régime génère une vague d’indignation, en France comme à l’étranger. Des figures républicaines, telles que Victor Hugo, s’exilent volontairement pour dénoncer le nouveau régime, participant à forger la légende noire de Louis-Napoléon Bonaparte.
Les milliers d'arrestations, les déportations massives et les exécutions sommaires, en particulier dans les provinces insurgées, contribuent à nourrir un sentiment d'injustice profonde parmi les républicains. La violence de la répression, loin de faire disparaître l'opposition, devient le ferment d'une résistance morale et politique qui se perpétuera durant tout le Second Empire, jusqu'à la chute de Napoléon III en 1870.
La consolidation du pouvoir et l'instauration du Second Empire
Après avoir écrasé la résistance, tant à Paris qu'en province, Louis-Napoléon Bonaparte met en place les fondations d’un régime autoritaire tout en cherchant à légitimer son pouvoir à travers des pratiques démocratiques de façade. Le processus de consolidation de son autorité repose sur deux piliers :
- la répression brutale des opposants
- le recours à des plébiscites, permettant de justifier son action par l’approbation populaire.
Le plébiscite du 20-21 décembre 1851 : une légitimité forgée dans la peur
À peine deux semaines après le coup d’État, les 20 et 21 décembre 1851, Louis-Napoléon convoque les Français à un plébiscite. L’objectif est clair : obtenir une approbation populaire pour légitimer les mesures prises, y compris la dissolution de l'Assemblée et l'instauration d'un régime plus fort. Officiellement, le scrutin vise à donner un visage démocratique au maintien de Louis-Napoléon au pouvoir.
Votants lors du plébiscite
Le contexte dans lequel se déroule ce vote est loin d’être impartial. Une véritable campagne de propagande est menée, relayée par les préfets, le clergé catholique et les médias contrôlés par l'État. La presse d’opposition est muselée, de nombreux opposants sont emprisonnés ou exilés, et une atmosphère de terreur règne dans les départements mis en état de siège. L'armée, omniprésente, joue également un rôle de dissuasion.
Les résultats sont sans appel : plus de 7,4 millions de votes favorables contre 640 000 votes négatifs. Ce résultat écrasant permet à Louis-Napoléon de consolider son pouvoir et de prétendre agir au nom de la volonté du peuple.
La nouvelle Constitution de 1852 : une République en apparence, un Empire en réalité
Le 14 janvier 1852, Louis-Napoléon promulgue une nouvelle Constitution qui établit un régime autoritaire sous couvert de continuité républicaine. Officiellement, la République est maintenue, mais les institutions sont profondément remodelées pour renforcer le pouvoir exécutif.
La nouvelle Constitution accorde au président des pouvoirs presque absolus : il est élu pour un mandat de dix ans, concentre à lui seul l’ensemble du pouvoir exécutif et possède l’initiative des lois. Il nomme les ministres, les juges, les préfets et les officiers, et dispose du droit de grâce.
Le rôle du législatif est réduit à néant : le Corps législatif et le Sénat sont des organes soumis à la volonté du président, et l’opposition politique est étouffée.
Le caractère plébiscitaire du régime devient une pièce centrale de la légitimation du pouvoir. Louis-Napoléon prétend s'appuyer sur le soutien direct du peuple, contournant ainsi les institutions parlementaires traditionnelles.
Cette conception du pouvoir, inspirée des théories césariennes, se fonde sur l'idée que l'autorité vient directement du peuple souverain, exprimée par un vote massif, et non des élites parlementaires.
Louis-Napoléon Bonaparte en 1852
L’établissement du Second Empire : de président à empereur
Le 2 décembre 1852, un an jour pour jour après le coup d’État, un nouveau plébiscite est organisé. Cette fois, il ne s'agit plus seulement de confirmer le pouvoir présidentiel, mais de restaurer l'Empire. Le résultat est à nouveau en faveur de Louis-Napoléon, avec une majorité écrasante.
Le Second Empire est proclamé, et Louis-Napoléon Bonaparte devient Napoléon III, empereur des Français. Ce nouveau régime conserve l’apparence d’un État démocratique, avec des élections et des institutions, mais le véritable pouvoir appartient à l’empereur. La censure de la presse, le contrôle des associations et les restrictions à la liberté d'expression instaurent un climat d’autoritarisme renforcé.
La proclamation de l’Empire ne rencontre pas d’opposition majeure, car la société française, encore marquée par les violences et les divisions des décennies précédentes, semble aspirer à la stabilité. La bourgeoisie, inquiète des risques d’une nouvelle insurrection ouvrière ou d’une révolution socialiste, finit par se rallier à Napoléon III, perçu comme un rempart contre le désordre social.
Napoléon III, empereur des français.
Conséquences du coup d'État : Répression, exil et légende noire de Napoléon III
Le coup d’État du 2 décembre 1851 n’est pas seulement un événement politique majeur : il marque aussi le début d’une répression sévère, laissera une empreinte durable dans la mémoire collective des républicains et forgera la légende noire de Napoléon III.
La répression des opposants : arrestations massives et déportations
La répression qui suit le coup d’État est d’une violence inédite pour l’époque. En l’espace de quelques semaines, près de 27 000 personnes sont arrêtées à travers le pays. Les insurgés parisiens, les résistants de province, mais aussi de nombreux sympathisants républicains, sont traqués, jugés et condamnés.
Les peines sont particulièrement sévères : environ 9 500 personnes sont déportées, principalement en Algérie, où elles subissent des conditions de détention extrêmement dures. Certains opposants, comme Victor Hugo, choisissent l'exil pour échapper à la répression. Depuis Bruxelles, puis Jersey et Guernesey, Hugo devient l'un des plus ardents détracteurs de Napoléon III, dénonçant la brutalité du régime à travers des œuvres marquantes.
Victor Hugo en exil
En province, notamment dans les départements du Var, des Basses-Alpes et de la Drôme, la répression est encore plus impitoyable. Les insurgés capturés sont souvent exécutés sommairement ou emprisonnés sans procès équitable.
La violence de la répression en province alimente le ressentiment contre le nouveau régime, créant des foyers de résistance latente qui se manifesteront sporadiquement tout au long du Second Empire.
Caricature : Napoléon III triomphe, mais à quel prix ?
Un héritage politique durable : Le coup d’État comme symbole de la trahison républicaine
Le coup d’État du 2 décembre 1851 laisse une trace indélébile dans l’histoire politique française. Il devient, pour les républicains, le symbole d’une trahison des idéaux démocratiques. Cette mémoire douloureuse forge l’identité des républicains sous le Second Empire et nourrit leur opposition farouche à Napoléon III.
Durant la Troisième République, les républicains feront de cet épisode un mythe fondateur, opposant la légitimité des institutions républicaines à l’autoritarisme bonapartiste. De nombreux monuments commémoratifs sont érigés en hommage aux victimes du coup d’État, et les résistants républicains sont honorés comme des héros de la démocratie.
Cette légende noire est également alimentée par les écrits des exilés républicains et des penseurs socialistes, comme Karl Marx, qui verra dans le coup d’État l'expression d'une alliance réactionnaire entre la bourgeoisie et le pouvoir militaire pour écraser la classe ouvrière.
L’émergence d’un césarisme moderne
Au-delà de ses conséquences immédiates, le coup d’État de 1851 inaugure une nouvelle forme de pouvoir autoritaire en France, fondée sur une légitimité plébiscitaire évoluant vers un culte du chef. Ce modèle, que l'on qualifie parfois de césarisme démocratique, allie un pouvoir exécutif fort à une légitimité directe issue du vote populaire.
Louis-Napoléon Bonaparte, en utilisant le suffrage universel pour justifier son autorité, préfigure ainsi des pratiques politiques modernes où les leaders cherchent à contourner les institutions parlementaires en s'adressant directement au peuple. Cette stratégie, qui confond démocratie et autoritarisme, aura des répercussions durables sur l’histoire politique française, réapparaissant sous différentes formes au XXe siècle.
















