Charles X : la Tentation Absolutiste



Lorsqu’il monte sur le trône en 1824, Charles X incarne l’aile la plus conservatrice de la monarchie restaurée.

Frère cadet de Louis XVI et de Louis XVIII, il est profondément marqué par la Révolution et rêve d’un retour à l’Ancien Régime, où le pouvoir royal s’exerçait sans entraves. Mais la France de son époque n’est plus celle de 1789 : elle a connu la Révolution, l’Empire, à présent la Charte constitutionnelle de 1814, qui limite les prérogatives royales.

Néanmoins, Charles X, fidèle à ses convictions ultraroyalistes, tente de rétablir l’absolutisme à travers une série de réformes réactionnaires. Cette politique autoritaire, largement impopulaire, le mènera inexorablement à sa chute.

La politique réactionnaire de Charles X

Un monarque ultraroyaliste

Dès son avènement, Charles X affiche sa volonté de gouverner dans l’esprit d’un monarque de droit divin. Contrairement à son prédécesseur Louis XVIII, qui avait su composer avec les forces libérales, il s’entoure exclusivement d’ultraroyalistes, persuadés que la monarchie doit restaurer sa grandeur passée sans concession.

Il adopte une politique fondée sur le renforcement de l'autorité royale et le rejet des idées issues de la Révolution.



Le sacre de Charles X. Sur cette peinture, sa proximité avec l'église est très explicitement mise en avant.

Le retour du pouvoir de l’Église

L’une de ses premières mesures est de renforcer le rôle de l’Église catholique, qu’il considère comme un pilier fondamental du pouvoir royal.

En 1825, il met en place la loi du sacrilège, qui prévoit la peine de mort pour toute profanation des objets du culte. Cette loi symbolise sa volonté de restaurer une monarchie chrétienne forte, mais elle est largement rejetée par les libéraux et la bourgeoisie qui voient dans cette politique un retour aux abus de l’Ancien Régime.


Il favorise également le clergé dans l’enseignement et réintroduit des processions religieuses ostentatoires, ce qui irrite une partie de la population attachée aux principes laïques hérités de la Révolution.

Les mesures en faveur de la noblesse

Autre point clé de sa politique : la réhabilitation de l’aristocratie.

La loi d’indemnisation des émigrés de 1825, aussi appelée « le milliard des émigrés», en raison de la somme promise de un milliard de franc, est sensée indemniser les nobles spoliés de leurs biens sous la Révolution.

Financé par l’État, ce dédommagement est perçu comme une injustice par une grande partie de la population qui estime ne pas avoir à payer pour les fautes du passé. Cette mesure renforce l’image d’un roi déconnecté des réalités économiques et sociales de son temps.

Une tentative progressive de retour à l’absolutisme

La restriction des libertés

Sous Charles X, la censure se durcit rapidement.

  • La liberté de la presse, garantie sous Louis XVIII, est progressivement restreinte. Les journaux libéraux sont harcelés par les autorités, et de nombreuses publications sont interdites.
  • Les réunions politiques sont également contrôlées, car le roi craint l’agitation des opposants républicains et libéraux. Cette politique répressive ne fait qu’accroître le ressentiment populaire contre la monarchie.

Le rôle de Villèle et des ultras dans la radicalisation du régime

Le président du Conseil, Joseph de Villèle, soutient les initiatives autoritaires du roi.

Il favorise l’élargissement des pouvoirs exécutifs et tente d’endiguer l’influence des libéraux au Parlement. Mais ses mesures impopulaires provoquent des résistances croissantes, et les élections législatives de 1827 marquent une montée en puissance de l’opposition.



Le comte Joseph de Villèle, figure des ultra et planteur esclavagiste

Face à cette défaite, Villèle est contraint à la démission en 1828. Son successeur, Martignac, tente d’adopter une politique plus modérée, mais cela ne satisfait pas Charles X, qui finit par le remplacer en 1829 par Jules de Polignac, un ultra conservateur. Ce dernier revirement entraîne une nouvelle crise politique.

L’isolement progressif du roi

À mesure que son règne avance, Charles X s’isole.

La bourgeoisie, moteur économique du pays, s’inquiète de ses politiques rétrogrades. Même une partie des royalistes modérés commence à douter de la viabilité d’un retour à l’Ancien Régime. L’opposition libérale, incarnée par des figures comme Adolphe Thiers et Lafayette, gagne en influence et prépare le terrain pour un changement de régime.

La France est divisée, et les tensions ne vont pas tarder à atteindre leur paroxysme.

L’accélération de la répression et la crise finale

Le ministère Polignac et la politique autoritaire

En 1829, Charles X nomme le prince de Polignac à la tête du gouvernement. Cette nomination, perçue comme une provocation par les libéraux, accentue les tensions.

Polignac adopte une politique répressive : dissolution des clubs libéraux, censure renforcée, et limitation des libertés publiques. L’intransigeance du roi et de son gouvernement fait craindre un coup de force monarchique.



Portrait royal de Charles X.

Les Ordonnances de Juillet (1830)

Le 25 juillet 1830, face à une opposition croissante, Charles X décide de frapper un grand coup.

Il promulgue les ordonnances de Saint-Cloud, qui suspendent la liberté de la pressedissolvent la Chambre des députés et réduisent le corps électoral aux seuls grands propriétaires (les nolbes). Ces mesures, véritable tentative de coup de force, sont immédiatement perçues comme un retour à l’absolutisme pur et simple.

Une ultime tentative d’imposer l’absolutisme qui mène à sa chute

La réaction est immédiate : le peuple de Paris se soulève.

En trois jours, les 27, 28 et 29 juillet 1830, les barricades se dressent dans les rues de la capitale et les insurgés prennent le contrôle des points stratégiques.



Prise de l'Hôtel de Ville

L’armée, hésitante, ne réprime pas avec la brutalité attendue. Charles X comprend qu’il a perdu la partie et abdique le 2 août en faveur de son petit-fils. Mais il est trop tard : la monarchie est renversée, et Louis-Philippe d’Orléans, soutenu par les libéraux, est porté sur le trône.



Louis-Philippe d'Orléans est proclamé lieutenant général du royaume, dans l'Hôtel de Ville de Paris

Conclusion : Une politique vouée à l’échec

Les tentatives de Charles X pour restaurer l’absolutisme ont échoué parce qu’elles allaient à l’encontre des aspirations d’une société française transformée par la Révolution et l’Empire.

Le retour des privilèges, la censure et la répression n’étaient plus tolérables pour un peuple qui avait goûté aux idées libérales et démocratiques. 

Avec la Révolution de Juillet 1830, la France tourne définitivement la page de la monarchie de droit divin et s’engage sur la voie d’une monarchie constitutionnelle plus libérale. Cet épisode marque un tournant majeur dans l’histoire politique du pays, illustrant une fois de plus l’impossibilité pour un souverain d’ignorer les transformations profondes de son époque.