Aussi appelée Pythonisse, la pythie de Delphes est la femme déclamant les oracles au sein du temple d’Apollon durant la Grèce antique, située à Delphes, ville continentale se trouvant en plein centre de la Grèce.
Des racines légendaires
La pythie tient son nom de Python, un serpent légendaire, aurait été créé par Héra, reine des dieux et épouse de Zeus, lors d’un accès de rage et de jalousie : en effet, Python a pour mission de pourchasser Apollon, fils de Zeus et Léto, titanide et énième amante de Zeus. Cette naissance provoque chez Héra, déesse du mariage, une fureur inégalable. Héra pense qu’en anéantissant le fruit des passions de son époux infidèle, elle peut apaiser son courroux. D’autres légendes avancent que Python est l’enfant de Gaïa, la Déesse Mère.
Qu’importe les origines du reptile, celui-ci vit aux alentours du mont Parnasse, la montagne surplombant la ville de Delphes, et terrorise les habitants de la région.
Lorsqu’Apollon se rend sur les lieux, en quête d’un repaire terrestre pour y établir un sanctuaire, il affronte Python. Un combat violent et sanguinaire s’ensuit, qui finit par la mort de Python et la victoire du jeune dieu.
Apollon victorieux sur Python
Ainsi, Apollon fait construire son temple. Voyant au loin des marins crétois en difficulté, il se transforme en dauphin pour les rejoindre et leur propose de les sauver en échange de leur service à vie et de leur initiation au secret divin. C’est ainsi que naissent les prêtres du temple de Delphes, dont le nom a la même racine étymologique que le terme dauphin.
Des origines plus rationnelles
Au Ier siècle avant notre ère, l’historien grec Diodore de Sicile nous explique la création du sanctuaire, qui serait déjà très ancienne : tout aurait commencé avec un berger promenant ses chèvres, qui se comportent de manière inhabituelle (sauts, bruitages…). Le berger attribue ce comportement à la présence d’une faille d’où s’échappe un gaz sentant le soufre, qui euphorise les bêtes. Le berger respire à son tour le gaz et commence à prédire l’avenir.
Pour les Grecs, il s’agit en fait des dieux qui s’adressent à eux par l’intermédiaire de cette faille.
L’histoire se répand, et par curiosité, de nombreux hommes viennent respirer ce gaz euphorisant, ce qui provoque plusieurs accidents et la mort de certains d’entre eux.
Ainsi, la communauté villageoise la plus proche décide d’organiser les visites de la faille et de mettre en place un contrôle, en désignant une femme pour s’installer devant la cavité d’où s’échappent les émanations gazeuses, qui prédirait l’avenir pour tous.
La pythie respire les émanations gazeuses
L’oracle de Delphes
Plutarque, célèbre penseur de la Rome antique, fut prêtre d’Apollon à Delphes de 105 à 126. Dans ses « Oeuvres morales », il décrit la Pythie.
"La Pythie sort d’une des familles les plus respectables et elle a toujours mené une vie irréprochable ; c’est vraiment avec une âme vierge qu’elle s’approche du dieu."
La femme gardant le sanctuaire est donc la pythie, et elle est choisie par les prêtres du temple de Delphes parmi les bonnes familles de la ville. En effet, la pythie est issue d’une naissance légitime, et est soit vierge, soit chaste à partir du moment où elle est désignée.
Cependant, contrairement aux croyances contemporaines, elle n’est pas nécessairement jeune, et a souvent une cinquantaine d’années. Diodore de Sicile explique qu’à l’origine, au VIIe siècle avant J.-C., une jeune vierge est choisie pour exercer le rôle de la pythie, mais qu’après de multiples agressions sexuelles, une femme plus âgée prend sa place.
La pythie est donc une prophétesse, qui signifie en grec « celle qui parle à la place du dieu ». Son rôle est de rendre l’oracle, c’est-à-dire de transmettre au consultant une réponse de la part du dieu. Car Apollon est un des dieux devins du panthéon gréco-romain, capable de voir et de prédire l’avenir. Ainsi, ses oracles sont recherchés à travers tout le monde grec puis romain, par des consultants qui posent des questions sur des sujets divers tels que les alliances militaires, les batailles, les mariages, la diplomatie…
Les ruines du sanctuaire d'Apollon, à Delphes
Delphes, par son sanctuaire panhellénique, devient vite le centre du monde grec, et ce dès le VIe siècle avant J.-C., car des pèlerins et des ambassadeurs du monde entier cherchent à consulter la pythie pour connaître les volontés des dieux.
Le processus divinatoire
Lorsqu’un consultant se rend à Delphes pour entendre le dieu Apollon s’exprimer à travers la pythie, il trouve cette dernière dans l’adyton du temple, l’espace consacré aux fonctions religieuses.
La pythie, alors, inhale la fumée s’échappant de la crevasse entre en transe, dans un état appelé enthousiasme, signifiant « avoir le dieu avec soi » en grec. Dans cet état, elle formule des mots et des phrases incohérents et incompréhensibles, souvent accompagnés de grognements. Ces paroles, censées être celles d’Apollon, sont ensuite interprétées par les prêtres du temple sous forme de vers plus clairs.
Le consultant ne voit pas la pythie, il l’entend seulement. De plus, l’étranger n’est autorisé à consulter la pythie que si une chèvre, aspergée d’eau, se met à trembler ; sinon, l’accès à la pythie lui est interdit. Des sacrifices sont également réalisés dans le cadre de cette procédure, qui est payante, et seulement accessible aux hommes.
Conséquences Historiques
Un exemple populaire de l'influence de la pythie, est celui des Athéniens en -480, lorsqu'ils construisent sur son conseil, un "mur de bois" face aux envahisseurs.
Le général Thémistocle interprète cette image comme une métaphore, et se met à rassembler des navires (à l’époque en bois), ce qui lui permet de battre les Perses lors de la bataille de Salamine.
En termes de politique, l’oracle est la raison pour laquelle le roi de Lydie, Crésus, a attaqué son ennemi, le roi Cyrus. La pythie aurait prédit à Crésus :
« Si tu fais la guerre aux Perses, un grand empire serait détruit ».
L’interprétation de l’oracle étant toujours vague, elle n’a pas précisé que l’empire détruit serait celui de Crésus…
Peu importe de toute façon, les prédictions de la pythie. Si quelque chose ne se passe pas comme prédit, la faute est attribuée au prêtre qui a mal interprété ses paroles.
Une femme qui rentre en transe ?
Des archéologues et scientifiques ont tenté de comprendre les failles terrestres et les gaz mentionnés par les sources antiques. Ainsi, dès le milieu du XIXe siècle, l’École française d’Athènes entreprend des fouilles, et dans les années 1980, des géologues identifient des failles tectoniques instables sous le sanctuaire, d’où s’échapperaient possiblement du méthane ou de l’éthane.
En 2001, une équipe américaine dirigée par le géologue J. de Boer effectue de nouvelles fouilles pour analyser l’eau de la fontaine bue par la pythie et les visiteurs. Ils découvrent dans cette eau du méthane et de l’éthylène, connus pour leurs propriétés euphorisantes et anesthésiques. On envisage alors que la consommation de cette eau, tant par la pythie que par les consultants, ajoutée à la fatigue du voyage de ces derniers, a pu les plonger dans un état psychotropique, ce qui aurait contribué au fonctionnement du sanctuaire panhellénique de Delphes pendant des siècles.
La fin du culte d’Apollon à Delphes
C’est avec l’avènement de la religion chrétienne que le culte d’Apollon à Delphes s’est progressivement tarit, et a été officiellement interdit à partir de 392 avec l’édit de l’empereur Théodose.
Le christianisme associe la pythie au démon : selon cette croyance, elle serait une femme possédée par le diable, qui passerait de la Terre au corps de la prophétesse par les failles terrestres sur lesquelles son trépied est installé.
Aujourd’hui, le temple d’Apollon pythien est en ruines, mais il est protégé avec tout le site archéologique de Delphes par son classement au sein du patrimoine mondial de l’UNESCO. Delphes est une illustration idéale de la pratique du paganisme dans le monde grec, ayant été par ailleurs le centre de ce monde.



