Contexte Historique
La bataille de Leuctres, survenue le 6 juillet -371, marque un tournant décisif dans l'histoire grecque antique. Cette confrontation entre les armées de Thèbes, dirigées par le général Épaminondas, et celles de Sparte, sous le commandement du roi Cléombrote II, n'est pas un événement isolé mais le point culminant d'une série de tensions politiques et militaires qui remontent à la guerre du Péloponnèse.
Montée des Tensions entre Sparte et Thèbes
La victoire de Sparte sur Athènes en 404 av. J.-C. avait bouleversé l'équilibre des puissances en Grèce. Sparte imposa des régimes oligarchiques favorables à ses intérêts dans plusieurs cités, suscitant une vive opposition. La crainte de voir Sparte établir une hégémonie incontrôlée incita Athènes, Corinthe, Thèbes et Argos à former une coalition en 395 pour la guerre de Corinthe. Thèbes, l'un des membres les plus puissants de cette alliance, devint rapidement la cible des campagnes spartiates.
Sparte ne parvint pas à écraser militairement Thèbes mais réussit à lui imposer des restrictions territoriales. En 382, profitant d'une expédition contre Olynthe les Spartiates s'emparèrent de Thèbes et y instaurèrent un régime favorable à leurs intérêts, exilant de nombreux chefs thébains. Cependant, en 379, des exilés thébains, aidés par Athènes, libérèrent la cité et massacrèrent la garnison spartiate, ce qui relança les hostilités.
Motivations Stratégiques
Motivations Spartiates
Pour Sparte, la bataille de Leuctres était cruciale pour restaurer son prestige militaire, gravement terni par les échecs précédents. Les chefs spartiates, bien conscients de cet enjeu, pressèrent Cléombrote d'engager le combat malgré ses réticences. Les menaces d'exil et les critiques envers son indulgence supposée envers Thèbes le contraignirent à accepter la bataille, malgré un commandement divisé et des chefs ivres, selon Xénophon. L'armée spartiate, numériquement supérieure avec 10 000 à 11 000 hoplites contre 6 000 à 7 000 hoplites thébains, espérait compenser ses désavantages internes par cette supériorité numérique et le soutien de ses alliés.
Motivations Thébaines
Pour Thèbes, la bataille était essentielle pour asseoir son influence régionale. Les chefs thébains craignaient que la non-attaque incite les cités environnantes à faire défection et à se rallier à Sparte. Une victoire spartiate aurait compromis les projets hégémoniques de Thèbes en Béotie. De plus, le soutien d'un exilé spartiate, Léandrias, et la prophétie affirmant la victoire thébaine renforçaient le moral et la détermination des troupes thébaines.
Déroulement de la Bataille
La révolution tactique d'Épaminondas
Épaminondas de Thèbes introduisit des innovations tactiques majeures qui s'avérèrent décisives. Contrairement à la disposition traditionnelle, il plaça ses troupes d'élite à l'aile gauche pour affronter l'élite spartiate, les Égaux.
En renforçant cette aile avec une phalange de 50 rangs de profondeur, il créa une force de frappe colossale. Épaminondas adopta également une formation en ordre oblique, où l'aile droite affaiblie reculait lentement pour éviter l'engagement direct, tandis que l'aile gauche avançait rapidement pour percer les lignes spartiates.
Déroulement de la Bataille
La bataille s'ouvrit par une charge de cavalerie thébaine qui dispersa les cavaliers spartiates, perturbant la cohésion de leur phalange. La grande phalange thébaine, avançant sur l'aile gauche, engagea les Égaux spartiates dans un combat acharné. Malgré leur vaillance, la mort de Cléombrote et des autres chefs spartiates provoqua la dislocation de l'aile droite spartiate, scellant ainsi la victoire thébaine.
Conséquences
La victoire de Leuctres bouleversa l'équilibre des puissances en Grèce.
- Sparte, dont l'élite militaire et politique avait été décimée, perdit son hégémonie.
- Thèbes, désormais la puissance dominante, imposa sa volonté sur la Béotie et joua un rôle prépondérant dans les affaires grecques pendant la décennie suivante.
Cependant, cette hégémonie fut éphémère. La mort d'Épaminondas à la bataille de Mantinée en 362 av. J.-C. affaiblit Thèbes, et la Grèce resta divisée jusqu'à sa conquête par les Macédoniens sous Philippe II et Alexandre le Grand.
La bataille de Leuctres reste un exemple marquant de l'importance des innovations tactiques et des conséquences profondes qu'une seule bataille peut avoir sur le cours de l'histoire.
