La Guerre du Péloponnèse



La guerre du Péloponnèse (431-404 av. J.-C.) constitue l’un des conflits les plus marquants de l’histoire grecque. Opposant les deux grandes puissances du monde hellénique, Athènes et Sparte, elle fut bien plus qu’un simple affrontement militaire : elle symbolisa un choc entre deux visions politiques et sociétales radicalement opposées. D’un côté, Athènes, cité démocratique à l’empire maritime florissant, représentait une puissance en expansion. De l’autre, Sparte, cité oligarchique et militariste, incarnait un modèle de stabilité et de rigueur.  

L’issue de cette guerre bouleversa durablement le paysage géopolitique de la Grèce antique. L’hégémonie athénienne s’effondra, tandis que Sparte, bien qu’ayant remporté la victoire, ne parvint pas à maintenir sa domination à long terme. Ce conflit affaiblit l’ensemble des cités grecques et prépara le terrain à l’ascension de nouveaux acteurs, tels que Thèbes et, ultérieurement, la Macédoine d’Alexandre le Grand.  

Avant d’aborder les grandes phases de cette guerre, il convient de revenir sur les origines profondes du conflit, fruit d’une rivalité ancienne entre les deux principales puissances grecques.  

Les Origines de la Guerre : Une Rivalité Structurante 

Le Monde Grec avant la Guerre  

​La guerre du Péloponnèse trouve en partie son origine dans les rivalités nées après les guerres médiques, qui virent les cités grecques s’unir face à la menace perse.

Si la victoire sur l’Empire achéménide fut collective, elle permit surtout à Athènes d’affirmer son rôle prééminent au sein du monde grec. Forte de son prestige après les victoires de Marathon (490) et de Salamine (480), la cité attique s’imposa comme le leader incontesté de la Ligue de Délos, alliance militaire destinée à protéger la Grèce contre toute nouvelle invasion perse.  



Corps à corps entre un guerrier perse et un hoplite

La Ligue de Délos, créée à l’origine pour unir les cités grecques contre la menace perse, s’est progressivement transformée en un véritable empire athénien. Athènes, qui en avait pris le contrôle, imposait son autorité à ses alliés, souvent par la force, ce qui provoqua de nombreuses tensions.

Pendant ce temps, Sparte dirigeait la Ligue du Péloponnèse, une coalition de cités oligarchiques déterminées à freiner l’expansion athénienne. Cette opposition entre deux blocs puissants posait les bases d’un conflit inévitable entre Athènes et Sparte.



Carte : le monde grec divisé en Ligues

Les Causes Profondes du Conflit  

Au-delà des simples querelles territoriales, la guerre du Péloponnèse fut aussi un affrontement politique et idéologique entre deux systèmes opposés. 

Athènes incarnait une démocratie ouverte et tournée vers le commerce maritime, tandis que Sparte représentait une oligarchie conservatrice et militarisée. Ce contraste idéologique exacerbait les tensions et rendait toute entente durable difficile.  



Staute de Léonidas, roi de Sparte.

L’hégémonie athénienne sur la mer Égée et les routes commerciales privait de nombreuses cités de leur autonomie économique. Sparte et ses alliés voyaient d’un mauvais œil le monopole athénien sur le commerce maritime et le contrôle des ressources, notamment les précieuses mines d’argent du Laurion.

La volonté de contrer cette suprématie économique joua un rôle clé dans le déclenchement des hostilités.  



L'acropole d'Athènes.

L'hégémonie d'Athènes sur le commerce permit à la cité de s'enrichir considérablement après les guerres médiques. Elle entre dans son âge d'or, ce qui se fait ressentir sur le plan architectural.



Le Temple d'Athéna.

Au milieu de toutes ces tensions, le casus beli ayant mené à la guerre fut le décret de Mégareadopté par Athènes en 432 av. J.-C. Cette mesure, proposée par Périclès, ordonnait un blocus sur la cité de Mégare.

Officiellement, Athènes accusait Mégare d’avoir profané des terres sacrées dédiées à Déméter et d’avoir offert refuge à des esclaves athéniens fugitifs. En réalité, cette sanction visait à affaiblir une cité alliée de Sparte et à affirmer la suprématie athénienne.  



Les ruines de Mégare.

Face à cette agression économique, Mégare demanda le soutien de Sparte, qui exigea qu’Athènes lève le décret. Périclès refusa, voyant cette requête comme une atteinte à l’indépendance athénienne.

Devant ce rejet, Sparte convoqua en 432 un congrès de la Ligue du Péloponnèse. De nombreuses cités, notamment Corinthe, plaidèrent en faveur d’un conflit ouvert contre Athènes.

Finalement, en 431 av. J.-C., Sparte déclara officiellement la guerre. Cette décision marquait le début d’un affrontement qui durerait près de trente ans et transformerait profondément le monde grec.


Le Déroulement du Conflit : Trois Phases Distinctes  

La guerre du Péloponnèse ne fut pas un affrontement linéaire, mais une succession de conflits entrecoupés de périodes de trêve. On peut diviser le conflit en trois grandes phases :

  1. La guerre Archidamienne (431-421 av. J.-C.),
  2. La guerre de Décélie et l’expédition de Sicile (415-413 av. J.-C.)

  3. La phase ionienne qui mena à la chute d’Athènes (413-404 av. J.-C.)  

La Guerre Archidamienne (431-421)

Cette première phase doit son nom au roi spartiate Archidamos II, qui mena les premières opérations militaires. Elle opposa principalement les stratégies opposées de Sparte et d’Athènes.  

Conscient de la supériorité terrestre de l’armée spartiate, Périclès, stratège athénien, adopta une stratégie défensive. Il évita les batailles rangées et ordonna aux Athéniens de se réfugier derrière les murailles.

Grâce à sa flotte, Athènes pouvait continuer à s’approvisionner par la mer et lancer des raids sur les côtes ennemies.  



Reconstitution d'une trière athénienne.

Chaque année, Sparte envahit l’Attique pendant l'été et ravage les campagnes et les récoltes pour affaiblir Athènes. Cependant, ces incursions n’eurent pas l’effet escompté : Athènes restait invincible derrière ses murs et résistait grâce à ses ressources maritimes.  

Mais en 429, un événement tragique change la donne : une épidémie de peste ravage Athènes, tuant un tiers de sa population, dont Périclès lui-même. Privée de son stratège, la cité se trouva désorganisée et affaiblie.  



Buste de Périclès

Malgré la peste, Athènes continua ses offensives navales, harcelant les côtes du Péloponnèse et remportant quelques victoires, notamment à Pylos et Sphactérie en 425 av. J.-C.

Cependant, aucun camp ne parvint à s’imposer de manière décisive. Après dix ans de guerre, la paix de Nicias fut signée en 421, garantissant une trêve de cinquante ans. Toutefois, cette paix resta fragile et fut rapidement remise en cause.  

La Guerre de Décélie et l’Expédition de Sicile (415-413)

Quelques années après la paix de Nicias, les hostilités reprirent, notamment à cause des ambitions athéniennes en Sicile.  

En 415 av. J.-C., Athènes lança une expédition massive contre Syracuse, principale cité grecque de Sicile et alliée de Sparte. Cette opération, menée par Alcibiade et Nicias, visait à étendre l’influence athénienne en Méditerranée occidentale et à affaiblir Spartes, qui recevait du soutien des cités siciliennes 



Carte : les colonies grecques en Italie du sud

Mais cette campagne tourna au désastre quand Alcibiade, mis en cause dans une affaire de sacrilège à Athène, s’exila à Sparte pour se soustraire à la justice. Syracuse reçut l’aide de Sparte, et les Athéniens furent écrasés. Leur flotte est anéantie, et le corps expéditionnaire massacré ou réduit en esclavage. 

Dans le même temps, Spartes profite des connaissances d'Alcibiade, qui n'hésite pas à trahir sa propre cité en révélant la stratégie et les faiblesses athéniennes.



Alcibiade

Sur le continent, Sparte adopte une nouvelle stratégie en occupant la forteresse clé de Décélie, en Attique. Cette manœuvre, suggérée par Alcibiade, permit de couper Athènes de ses ressources terrestres et d’affaiblir son économie.  

L’expédition de Sicile et la prise de Décélie marquèrent un tournant : Athènes, autrefois toute-puissante, était désormais clairement menacée.  



Les grands mouvements de la guerre.

La Phase Ionienne et la Chute d’Athènes (413-404 av. J.-C.)

Après la débâcle sicilienne, Sparte intensifia ses efforts pour détruire Athènes en s’appuyant sur un nouvel allié : l’Empire perse.  

Conscient de la nécessité de dominer la mer, Sparte accepta un soutien financier de la Perse pour construire une flotte capable de rivaliser avec Athènes. En échange, elle promit de laisser les Perses reprendre le contrôle des cités grecques d’Asie Mineure.  

Grâce à ce financement, le stratège spartiate Lysandre réorganisa la marine spartiate et lança une série de campagnes en mer Égée. Athènes, affaiblie, perdit progressivement ses alliés et subit plusieurs défaites.  En 405, Lysandre infligea un coup fatal à Athènes lors de la bataille d’Aigos Potamos.

Par une ruse, il parvint à surprendre et détruire la flotte athénienne alors qu'elle était accostée. Lysandre coupe ainsi la cité de ses approvisionnements et la prive de la seule arme qu'il lui restait contre les spartiates.



À Aigos Potamos, les Spartiates attaquent alors que les athéniens sont accostés. Lysandre évite ainsi de les affronter sur mer.

Immédiatement après Aigos Potamos, Spartes pose le siège devant Athènes. Encerclée et privée du ravitaillement de sa flotte, la ville résiste quelques mois avant de capituler en 404. Sparte impose des conditions humiliantes :

  1. La destruction des Longs Murs
  2. La dissolution de la ligue de Delos

  3. L’installation d’un gouvernement oligarchique pro-spartiate, connu sous le nom des Trente Tyrans.  

Cette reddition marqua la fin de la guerre du Péloponnèse et le début d’une nouvelle ère pour la Grèce.  ​



La destruction des Longs Murs, la muraille qui protégeait Athènes.

Conséquences et Héritage de la Guerre

La guerre du Péloponnèse s’acheva en 404 avec la victoire de Sparte, mais ce conflit laissa la Grèce profondément affaiblie. Loin d’instaurer une paix durable, il inaugura une période d’instabilité et de rivalités incessantes entre les cités grecques, ouvrant la voie à l'émergence de nouvelles puissances.

Ses conséquences furent multiples, tant sur le plan politique et économique que sur le plan culturel et stratégique.  

Les Conséquences Politiques et Économiques  

Après la victoire, Sparte imposa un régime oligarchique à Athènes, connu sous le nom des Trente Tyrans. Ce gouvernement brutal, soutenu par une garnison spartiate, suscita une forte opposition et fut renversé dès 403 par un soulèvement démocratique.  

Malgré son triomphe, Sparte ne parvint pas à maintenir son hégémonie. Peu préparée à la gestion d’un empire, elle s’attira la méfiance de ses anciens alliés et se heurta rapidement à de nouvelles résistances. La ville de Thèbes, en particulier, contesta son autorité, tandis qu’Athènes, bien que vaincue, retrouva progressivement son influence.



Soldat spartiate.

Le conflit eut des conséquences dévastatrices sur l’ensemble du monde grec : après 30 ans de guerre, les cités étaient ruinées, leurs populations décimées, et leur capacité militaire affaiblie.  

L’agriculture de l'attique, ravagée par les invasions répétées et le blocus, mit du temps à se relever. Le commerce, notamment maritime, fut également touché, ce qui affecta durablement l’économie des cités.  

Ironiquement, l’Empire perse, pourtant ennemi des Grecs lors des guerres médiques, joua un rôle déterminant dans la guerre du Péloponnèse en finançant la flotte spartiate. Après la guerre, la Perse profita de l’instabilité grecque pour reprendre le contrôle des cités ioniennes d’Asie Mineure, ce qui marqua une régression de l’indépendance grecque.  


Dans ce climat chaotique, une nouvelle puissance émergea : la Macédoine. Sous Philippe II, puis son fils Alexandre le Grand, elle parvint à unifier la Grèce et à s’imposer comme la nouvelle force dominante du monde hellénique.  



Alexandre le Grand

L’Impact Culturel et Historiographique 

  L’un des aspects les plus durables de cette guerre est son récit historique, notamment grâce à Thucydide. Son Histoire de la guerre du Péloponnèse est un chef-d’œuvre d’analyse politique et militaire, où il cherche à expliquer les causes profondes du conflit et les erreurs stratégiques des protagonistes.

Contrairement à Hérodote, qui mélangeait histoire et mythes, Thucydide adopta une approche rigoureuse et rationnelle, posant ainsi les bases de l’historiographie moderne.  Son analyse des effets de la guerre sur la société, notamment la montée du cynisme et la détérioration des valeurs morales, reste une référence pour les études historiques et politiques contemporaines.  



 

Buste de Thucydide

La guerre du Péloponnèse marqua un tournant dans la vision grecque du conflit. Alors que les guerres médiques avaient été perçues comme une lutte héroïque contre un envahisseur étranger, celle-ci révéla une autre facette du monde grec : la brutalité d’un conflit fratricide où l’ambition et la vengeance prévalaient sur l’unité.  

Plusieurs leçons peuvent être tirées de cet affrontement, notamment sur les dynamiques politiques et stratégiques des conflits prolongés.  

  1. L’opposition entre démocratie et oligarchie : la guerre mit en évidence la difficulté de concilier ces deux systèmes politiques. La lutte entre Athènes et Sparte fut aussi idéologique : une cité ouverte, marchande et expansionniste contre une société fermée, militarisée et conservatrice.  
  2. L’importance du contrôle maritime : Athènes domina une grande partie du conflit grâce à sa flotte, mais une série d’erreurs stratégiques, notamment en Sicile, la priva de son avantage et conduisit à sa chute.  

  3. Les effets destructeurs des conflits longs : la guerre du Péloponnèse montra comment un conflit prolongé pouvait affaiblir les vaincus autant que les vainqueurs ! Après la paix, Athènes comme Sparte sont vulnérable à de nouveaux conquérants.  

Conclusion

La guerre du Péloponnèse fut un tournant majeur dans l’histoire grecque, marquant la fin de l’âge d’or d’Athènes et ouvrant une période d’instabilité. Si Sparte en sortit victorieuse, elle ne sut pas exploiter son triomphe et perdit rapidement son hégémonie. 

Ce conflit affaiblit durablement les cités grecques, préparant le terrain à l’expansion macédonienne sous Philippe II et Alexandre le Grand.  ​



Quiz de révision

Faux ! La guerre du Péloponnèse
Faux, Ahtènes est une démocratie et Sparte une oligarchie !
Vrai, tandis que Sparte domine la terre avec son armée
Vrai, son armée et une partie de sa flotte sont détruite
Faux ! Spart sort affaibli de la guerre, et de nouvelles puissances émergent rapidement (Thèbes et la Macédoine)