La guerre de Corinthe (395-387 av. J.-C.) fut l’un des conflits majeurs ayant suivi la guerre du Péloponnèse. Elle opposa Sparte, qui dominait alors le monde grec, à une coalition rassemblant Athènes, Thèbes, Corinthe et Argos, avec le soutien indirect de la Perse. Cette guerre, bien que localisée principalement en Grèce centrale, eut des répercussions importantes, notamment en mer Égée et en Asie Mineure.
Au-delà d’un simple affrontement militaire, la guerre de Corinthe révéla l’instabilité politique de la Grèce post-péloponnésienne et préfigura l’affaiblissement progressif de Sparte.
Les Origines de la Guerre
L’Hégémonie Spartiate et le Mécontentement des Cités
Après la défaite d’Athènes en 404 av. J.-C., Sparte imposa son autorité sur la Grèce. Pourtant, cette suprématie spartiate suscita rapidement des tensions. Sparte avait installé des régimes oligarchiques pro-lacédémoniens dans plusieurs cités, ce qui provoqua des résistances locales. La domination spartiate était perçue comme oppressante, notamment en Béotie, en Corinthe et à Athènes, où la démocratie futrapidement restaurée en 403 av. J.-C. après une révolte contre les Trente Tyrans.
Spartiate
En 396 av. J.-C., les tensions s’intensifièrent lorsque Agesilas II, roi de Sparte, lança une campagne en Asie Mineure pour attaquer les satrapes perses. Cette intervention alarma la Perse, qui décida de soutenir financièrement les adversaires de Sparte en Grèce.
L’Alliance Athènes-Thèbes-Corinthe-Argos et l’Engagement de la Perse
En 395 av. J.-C., l'incident de Phocide, impliquant Sparte et Thèbes, déclencha officiellement le conflit. Thèbes et Athènes, rejoints par Corinthe et Argos, s’allièrent pour lutter contre l’hégémonie spartiate.
L’Empire perse, inquiet de l’expansion spartiate en Asie Mineure, apporta un soutien financier à la coalition grecque, permettant notamment à Athènes de reconstruire sa flotte. Cet engagement perse joua un rôle crucial dans le déroulement du conflit.
Le Déroulement du Conflit
Le conflit se déroula principalement en Grèce centrale et en mer Égée. On peut le diviser en plusieurs phases :
- Les batailles terrestres en Béotie et en Corinthie,
- La guerre navale en mer Égée, et
- L’intervention perse dans la diplomatie grecque.
Les Batailles Terrestres en Grèce Centrale (395-394 av. J.-C.)
Les affrontements débutèrent par des combats en Béotie et en Corinthie, où la coalition anti-spartiate tenta de contenir les forces lacédémoniennes.
- La bataille d’Haliarte (395 av. J.-C.) : Thèbes infligea une première défaite à Sparte, tuant le général spartiate Lysandre, ce qui affaiblit le moral des Lacédémoniens.
- La bataille de Némée (394 av. J.-C.) : Sparte répliqua en remportant une victoire contre l’armée alliée d’Athènes, Thèbes et Corinthe.
- La bataille de Coronée (394 av. J.-C.) : Sparte, sous le commandement du roi Agesilas II, écrasa les forces thébaines et athéniennes, consolidant son contrôle sur la Béotie.
Malgré ces succès terrestres, Sparte ne parvint pas à imposer une victoire décisive et dut faire face à une nouvelle menace en mer.
La Guerre Navale et le Retour en Force d’Athènes
Grâce au financement perse, Athènes reconstitua une flotte puissante et commença à défier la suprématie maritime spartiate.
- La bataille de Cnide (394 av. J.-C.) : La flotte athénienne, commandée par le stratège Conon et soutenue par la Perse, écrasa la flotte spartiate menée par le navarque Peisandros. Cette victoire permit à Athènes de récupérer plusieurs îles et de rétablir sa présence en mer Égée.
- La reconquête d’îles stratégiques : Athènes récupéra les îles de Lemnos, Imbros et Samos, reprenant une partie de l’influence perdue après la guerre du Péloponnèse.
La victoire navale athénienne affaiblit Sparte et força celle-ci à chercher une issue diplomatique au conflit.
L’Implication Perse et le Basculement Diplomatique
Alors que la Perse avait initialement soutenu la coalition anti-spartiate, elle changea de position en raison des ambitions d’Athènes en mer Égée. L’Empire perse craignait un renouveau de l’expansion athénienne et décida d’imposer un règlement de paix qui garantirait ses intérêts.
La Fin du Conflit et la Paix d’Antalcidas (387 av. J.-C.)
Face à l’impasse militaire et à la lassitude des cités grecques, Sparte entreprit des négociations avec la Perse. En 387 av. J.-C., le traité d’Antalcidas, aussi appelé "Paix du Roi", fut signé. Ses principales clauses furent :
- L’abandon des cités grecques d’Asie Mineure à la Perse, mettant fin aux ambitions helléniques en Anatolie.
- L’indépendance des cités grecques, interdisant la formation de nouvelles ligues hégémoniques comme celle d’Athènes.
- Sparte prenait le rôle "d'arbitre du monde grec", chargé de faire respecter les clauses du traité. Paradoxalement, ce rôle lui conférait une sorte d'hégémonie qu'interdisait pourtant le traité !
Cette paix fut perçue comme une trahison par de nombreuses cités grecques, notamment Thèbes et Athènes, qui accusaient Sparte d’avoir sacrifié l’indépendance des Grecs d’Asie au profit des Perses.
Conclusion
La guerre de Corinthe illustre l’instabilité du monde grec après la guerre du Péloponnèse. Si Sparte remporta plusieurs victoires militaires, elle ne parvint pas à asseoir durablement son autorité. En acceptant la Paix d’Antalcidas, elle signa un accord qui affaiblissait sa position sur le long terme.
La véritable gagnante fut la Perse, qui réussit à diviser les Grecs et à consolider son contrôle sur l’Asie Mineure.

