Objectifs de l'expédition en Asie
Alexandre reprend à son compte le projet panhellénique de son père Philippe II, fidèle à la pensée d'Isocrate qui appelle à l'union des Grecs autour du royaume de Macédoine contre l'ennemi héréditaire que représentent les Perses.
La guerre contre l'Empire achéménide semble inévitable depuis qu'Artaxerxès III est venu en aide à Byzance et à Périnthe en avec pour objectif de réduire l'expansion macédonienne.
Philippe n'envisageait pas la conquête de l'ensemble de l'Empire perse, mais plutôt d'en détacher les provinces égéennes où l'influence grecque est forte. Il cherche surtout à fédérer les Grecs contre les Perses, mais ce projet s'avère difficile, les citées s'opposant à une égémonie Macédonienne. Aussi, lorsqu'Alexandre commence les préparatifs de la campagne, certaines cités espèrent que cette expédition affaiblira la Macédoine et correspondent secrètement avec les Perses.
À l'automne , l'assemblée de la ligue de Corinthe fixe les modalités de l'expédition en Asie, où une tête de pont strictement macédonienne est déjà installée depuis -336. Alexandre accélère l'expédition car cette tête de pont reste fragile.
La campagne contre les peuples septentrionaux a dépassé ce que son père a accompli, tandis que la destruction de Thèbes a calmé les velléités de révolte des Grecs. Pour autant, il reprend à son compte la politique de son père et l'instrument militaire qu'il a forgé, tout en s'appuyant sur des officiers fidèles à sa mémoire.
Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand.
Débarquement en Asie (printemps 334)
En , à la tête des forces coalisées réunissant Macédoniens et Grecs de la ligue de Corinthe, Alexandre part de Pella et, en vingt jours, atteint Sestos. Lorsqu'il débarque en Asie, il plante sa lance dans le sol, signifiant qu'il compte faire des domaines du Roi perse, la «terre conquise par la lance».
Alexandre se dirige à la tête de 37 000 hommes vers Éléonte, en Chersonèse, où il honore par un sacrifice le héros Protésilas, premier Achéen tombé lors de la guerre de Troie. Ce geste est le premier d'une longue liste qui illustre la volonté du roi de frapper les imaginations en se faisant passer pour le nouvel Achille.
Il se rendra ensuite à l'emplacement supposé de Troie (ou Ilion). Il dresse des autels dans le temple d'Athéna, puis dépose une couronne sur le tombeau d'Achille, le proclamant bienheureux d'avoir eu ses exploits narrés par Homère tandis qu'Héphaistion, son favori, fait de même sur celui de Patrocle. Ce « pèlerinage » à Troie peut sembler tout aussi romantique que publicitaire.
Ruines de Troie
Le principal chef mercenaire grec de Darius III, Memnon de Rhodes, est partisan de la politique de la terre brûlée face aux Macédoniens. Il propose donc d'entraîner les troupes d'Alexandre vers l'intérieur du pays, tandis que la flotte perse porterait la guerre jusqu'en Macédoine. Memnon peut légitimement espérer une révolte des cités grecques, s'appuyant sur l'or de Darius et sur le ressentiment contre Alexandre à la suite du saccage de Thèbes. Mais les satrapes perses se méfient des conseils d'un étranger et ne tiennent aucunement compte de son avis. Arsitès, le satrape de Phrygie, déclare qu'il ne laissera pas brûler une seule maison de sa satrapie.
Constatant que les cités d'Asie ne l'accueillent pas en libérateur, Alexandre décide d'avancer vers l'adversaire, installé le long du fleuve Granique. Il charge et défait la cavalerie adverse, puis massacre les mercenaires grecques. La victoire à la bataille du Granique décapite un temps l'état-major perse. Elle laisse à Alexandre la Phrygie hellespontique et la Lydie ainsi que le bénéfice d'immenses trésors.
La bataille du Granique
Prise des cités côtières (printemps-automne 334)
La victoire d’Alexandre au Granique a une conséquence importante : l'armée Perse est complètement dispersée ! Ainsi, jusqu’à la bataille d'Issos, il n’y a que de simples garnisons laissées dans les cités pour s'opposer à son avancée. Sardes, la capitale de Lydie, se rend sans combattre. Éphèse, en proie à des luttes de factions, voit le parti démocratique favorable à Alexandre l’emporter. Celui-ci s’attire habilement la sympathie des habitants de la cité en confiant au temple d’Artémis le tribut que la cité paye jusqu’alors aux perses, et en rappelant les bannis.
Les adversaires d’Alexandre se sont réfugiés à Milet, où Memnon, qui vient de quitter Éphèse, reprend les choses en main après les velléités de trahison d'Hégésistrate, le chef des mercenaires grecs au service de Darius III. Cependant Milet est rapidement prise en juillet 334, à l'issue d'un siège, après qu'Alexandre a empêché la flotte perse de mouiller sur la côte en prenant le cap Mycale. Toutefois, Memnon parvient à se réfugier à Halicarnasse dont le roi Pixodaros s'est rangé du côté des Perses. La cité devient alors le centre de la résistance perse. Memnon est assisté du satrape Orontabès et du Thébain Ephialtès, qui a juré la mort d'Alexandre depuis la destruction de sa ville d'origine.
Alexandre joue sur les rivalités internes à la cité et se fait une alliée en la personne d'Ada, la sœur de Pixodaros, que celui-ci a auparavant renversée. À l'automne 334, Alexandre interrompt le règne de Pixodaros et restaure Ada au gouvernement de la satrapie de Carie. Elle adopte Alexandre comme son fils, faisant de lui son héritier. Reste cependant à s’emparer de la cité, qui comporte deux citadelles, dont l'une se trouve juchée sur une île. À l'issue du siège d'Halicarnasse, Alexandre ne peut s'emparer que de la ville basse, tandis que les deux acropoles restent aux mains des mercenaires grecs de Darius ; il poursuit alors sa route, laissant sous le commandement de Ptolémée une troupe de 3 000 fantassins et 200 cavaliers poursuivre le siège.
Ptolémée
Après la prise de Milet en juillet 334, Alexandre licencie sa flotte de guerre, essentiellement composée de mercenaires grecs. Longtemps les historiens ont considéré cette décision comme une erreur stratégique, voire comme un signe de méfiance envers les alliés grecs, mais le motif semble essentiellement financier. Il s'agirait en effet d'une mesure d'économie afin d'éviter les frais d'entretien d'une flotte qui n'est pas, pour le moment, indispensable à sa conquête. Il faut d'ailleurs attendre la prise du trésor de Sardes pour qu'Alexandre connaisse une aisance matérielle qui deviendra l'un des facteurs de sa réussite.
Le trajet d'Alexandre dans les provinces égéennes
Conquête de la Pamphylie et de la Pisidie (hiver 334-printemps 333)
Au cours de l'hiver , Alexandre se dirige vers la Lycie dont il s'empare sans grande résistance. Puis, à la fin de l'année, il pénètre en Pamphylie et en Pisidie. Le plus souvent les cités de ces régions sont autonomes et rivales entre elles. De ces rivalités, Alexandre joue et tire profit.
Il remonte ensuire vers la Phrygie (centre de la Turquie) et gagne sa capitale Kelainai. Désirant gagner Gordion au plus vite, il ne prend pas le temps d'assiéger la citadelle, confiant cette tâche à Antigone le Borgne, le stratège en chef des alliés grecs.
Le contrôle de la Phrygie est stratégique car cette région centrale, grande étape de caravanes, est le point d'aboutissement des routes arrivant de l'Orient et le point de départ vers la mer Égée. Alexandre s'avance ensuite vers la Pisidie. Il attaque Termessos sans réussir à prendre la cité. Il s’empare de Sagalassos et parvient au printemps 333 à Gordion, au centre de la Turquie actuelle, et située sur la «route royale» reliant Éphèse à la Haute-Asie. Il y trouve des renforts venus à la fois de Macédoine et de Grèce.
Itinéraire d'Alexandre en Asie Mineure.
Contre-offensive perse (hiver 334-333)
Bien qu'Alexandre ait remporté de grands succès, la situation reste indécise. Pour certains membres de son entourage, l'objectif de Philippe II, à savoir la conquête de l’Asie jusqu’aux rives de l’Halys, est atteint. Un vaste territoire a été conquis, mais un second objectif commence à être envisagée : l’anéantissement de l'empire perse.
La situation n'est pas sans risque sur ses arrières. En effet, lors de l’hiver 334, Darius III confie le commandement de sa flotte à Memnon de Rhodes. Celui-ci envisage de porter la guerre en Macédoine en débarquant en Eubée et en organisant une révolte générale, alors que le sentiment anti-macédonien demeure vivace dans de nombreuses cités grecques. Pour les grecs, l'idée d’une guerre de revanche contre les Perses ne rend pas acceptable l'hégémonie macédonienne !
Memnon entreprends de reconquérir plusieurs cités grecs en mer égée, mais il meurt de maladie à la fin de l’été 333 et est remplacé par Pharnabaze. Confiant dans ses capacités de stratège, Darius décide de prendre lui-même la tête de son armée contre Alexandre, tandis que Pharnabaze reprend Milet et Halicarnasse.
Alexandre estime nécessaire de reconstituer sa flotte afin de contrôler les détroits de l'Hellespont et du Bosphore. Il demande alors aux Grecs de la Ligue de Corinthe d'armer une flotte. Celle-ci parvient à libérer la plupart des iles grecques. Cependant, il s'en faut de peu qu’un conflit éclate avec Athènes, dont des navires sont interceptés. Alexandre doit faire face à une menace d'intervention de la flotte athénienne et relâche les navires. Cet épisode illustre la nécessité pour Alexandre d'une victoire en Asie pour empêcher toute tentative de révolte en Grèce. Ainsi, quand il apprend au début de l’été 333 que Darius marche sur la Cilicie (sud-est Turc), Alexandre quitte Gordion pour aller à sa rencontre.
Alexandre quitte Gordion pour la Cilicie.
Vers la bataille d'Issos (été-automne 333)
Après avoir quitté Gordion, Alexandre se rend dans un premier temps à Ancyre ; puis il reçoit la soumission de la Paphlagonie et de la Cappadoce jusqu’à l’Halys. Il pousse ensuite vers le sud, pénétrant en Cilicie par le passage des Portes ciliciennes. En , il soumet les populations montagnardes de Cilicie et s'empare de Soles, où il rétablit la démocratie après avoir installé une garnison et condamné la cité à une indemnité de 200 talents.
Il apprend à ce moment-là la pacification de ses arrières avec les victoires de Ptolémée en Carie, et la chute d'Halicarnasse, de Myndos et de Cos. Mais, peu de temps après, à l'automne 333, le satrape Pharnabaze, à la tête de la flotte perse, s'entend avec le roi de Sparte qui tente de soulever la Grèce. La situation reste donc délicate d'autant que l'arrivée de Darius III se précise : le souverain achéménide s'est installé dans une étroite plaine côtière près d'Issos avec pour objectif de couper Alexandre de ses arrières et de le contraindre à la bataille.
Alexandre est en Syrie mais fait demi-tour, car il a besoin d'une victoire. Il reprend le chemin des passes syriennes déjà emprunté, s'aventure dans la plaine d'Issos et y organise sa ligne de bataille face à l'armée perse. La bataille d'Issos () voit la déroute des Perses malgré la combativité de leurs mercenaires grecs. Darius s'enfuit tandis que la famille royale est capturée.
Dans une villa de Pompéi, cette mosaïque représentait la bataille d'Issos.
Conséquences de la bataille d'Issos
La déroute de l'armée perse après sa défaite à Issos est totale. Darius III, avec quelques milliers d’hommes à peine, s'enfuit vers Thapsaque, en Syrie, tandis que les autres fuyards sont dispersés. Certains d'entre eux se réfugient en Phénicie puis de là gagnent l'Égypte ou Chypre. Alexandre a mis la main sur la famille de Darius, dont sa mère Sisygambis et son épouse Stateira, ce qui explique pourquoi Darius cherche à traiter avec le vainqueur en lui proposant, en vain, de céder toutes les terres à l'ouest de l'Halys.
L'une des conséquences de la victoire à Issos est que les cités grecques, dont Athènes et Sparte décident de se rapprocher de Darius en envoyant des délégations. La situation d'Alexandre reste donc périlleuse. Dans le même temps, un des meilleurs officiers perses, Nabarzanès, s'est retiré avec d'importantes forces de cavalerie en Cappadoce (Anatolie centrale) et recrute de nouvelles troupes (fin 333-début 332).
Il existe un risque réel sur les arrières d'Alexandre et ses lignes d'approvisionnement en Asie Mineure. De plus, en Thrace, Memnon de Thrace, un stratège macédonien envoyé pour contenir une révolte, prend le parti des populations insurgées.
Par ailleurs, il apparaît que Darius lève une nouvelle armée, et sa flotte représente toujours un grand danger en mer Égée. La côte phénicienne est indispensable à Alexandre, pour assurer ses arrières, c'est pourquoi il délaisse temporairement la poursuite de Darius, et prend la route du sud. Son général Parménion est envoyé à Damas, où il s’empare du trésor de guerre de Darius.
Dans le même temps, Alexandre désigne un de ses officiers les plus énergiques Antigone le Borgne, au commandement de toutes les forces présentes en Asie Mineure.
Après Issos, Alexandre poursuit vers le sud, le long de la côte Phénicienne.
Conquète de la phénicie
La période achéménide pour les Phéniciens a été une période prospère, car, en leur laissant une véritable autonomie, les souverains perses ont permis aux cités phéniciennes de reprendre la maîtrise de nombreuses routes commerciales face à leurs adversaires traditionnels : les Grecs. Ils ont d'ailleurs constitué l'essentiel de la flotte perse qui a combattu à la bataille de Salamine en 480.
Mais, divisées entre elles, ces cités n'opposent pas de résistance commune face à l’arrivée d'Alexandre. Le roi d'Arastos, Gérostrate, estime qu’il n’a pas les moyens de résister et surtout que sa cité, riche de son commerce terrestre (avec la Perse et la Médie surtout), n’a aucun intérêt à un siège destructeur. Arastos se rend ainsi que les cités de Marathos, Sigôn et Byblos. Quant à Sidon, elle se soumet d’autant plus facilement que ses habitants n’ont pas oublié les représailles d’Artaxerxès II lorsque la cité a participé à la révolte des satrapes en 384.
Siège de Tyr (janvier-août 332)
À la fin de l’année , Alexandre prend possession de la Judée et de la Samarie. Alexandre comprends qu'il ne lui sert à rien de tenir la côte phénicienne si Tyr, avec ses deux ports, reste en dehors de son contrôle. C'est pourquoi commence en janvier 332 le long siège de Tyr.
La cité neuve est bâtie sur l'île d'Ancharadus qu’Alexandre compte atteindre en construisant, avec les débris de la vieille ville continentale, une digue d’environ 60 m de long. Mais les difficultés s’accroissent quand la digue atteint des eaux plus profondes, d’autant que les Tyriens effectuent des raids meurtriers avec leurs navires.
Cependant, Alexandre conserve un atout. En tenant les autres cités phéniciennes, il a dispersé la flotte perse (début 332) dont les équipages phéniciens rentrent progressivement dans leurs ports d'attache. Les rois de Sidon, de Byblos, d'Arados et de Soles à Chypre offrent ces navires, peut-être une centaine, à Alexandre qui ainsi peut constituer une flotte suffisante pour assiéger Tyr.
Isolée par mer depuis la défaite de sa flotte, la cité résiste jusqu'en août. La prise de la ville donne lieu à des actes d'une grande violence tant les Tyriens se défendent avec acharnement. Ils utilisent notamment des tridents, ressemblant à des sortes d'hameçons, pour arracher les boucliers des assiégeants et déversent sur eux du sable brûlant. Face à cette résistance, et après avoir songé un temps à lever le siège, Alexandre ordonne une attaque conjointe par mer et par terre.
Le pont de terre construit par Alexandre relie Tyr au continent
Une fois les tours de siège et les béliers approchés des murs, Alexandre dirige en personne l'assaut victorieux. Entre 6 000 et 8 000 défenseurs sont tués. 2 000 jeunes hommes sont crucifiés immédiatement après la prise de la ville, le reste de la population, soit 30 000 personnes, est réduit en esclavage, une partie de la population dont beaucoup de femmes et d'enfants s'étant auparavant enfuie à Carthage.
Ce succès permet à Alexandre d'assurer sa mainmise sur l'ensemble de la Phénicie.










