Entrée dans Babylone et Suse (octobre-décembre 331)
La victoire d'Alexandre à Gaugamèles ouvre la route vers Babylone qui se rend sans combattre. Les prêtres babyloniens de Marduk sont par ailleurs traditionnellement hostiles aux Perses. Alexandre s'évite de la sorte un long siège qui aurait laissé la possibilité à son adversaire de se ressaisir.
Alexandre donne l'ordre de rebâtir le sanctuaire de Marduk, qui tombe en ruine. Mazaios (le général Perse qui lui a ouvert la ville) est alors désigné satrape (gouverneur) de Babylonie. Alexandre inaugure ainsi sa politique de ralliement de l'aristocratie perse. Il maintient néanmoins une forte garnison à Babylone, montrant davantage de prudence qu'envers les Égyptiens.
Tandis que Darius, en fuite, tente de réunir une nouvelle armée royale dans les Hautes satrapies, Alexandre prend la direction de la Susiane (côte Iranienne), laquelle se rallie à son tour. Il s'assure ainsi du contrôle de l'immense trésor qui s’y trouve, soit près de 50 000 talents d'argent. Il laisse à son poste le satrape Aboulitès en récompense de son ralliement. Une partie de ce trésor (3 000 talents), est envoyée à Antipater afin qu'il l'utilise dans sa lutte contre Sparte.
L'entrée d'Alexandre dans Babylone par Charles Lebrun
Les difficultés d'Antipater en Grèce (331)
L'année s'avère une année difficile pour Antipater, à qui Alexandre a confié le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce en son absence. Apparemment, la dispersion de la flotte perse, à la suite de la prise de Tyr, n'attise plus les désirs de révolte des Grecs, sauf à Sparte où le roi Agis III s’assure le concours des pirates crétois puis de l'ensemble des peuples du Péloponnèse.
Dans un premier temps, Agis est vainqueur d'un corps expéditionnaire macédonien dirigé par Corragos. Le reste de la Grèce cependant ne bouge pas. Il est vrai que les gestes habiles d’Alexandre, comme celui de renvoyer de Suse vers Athènes la statue des Tyrannoctones ou la libération des prisonniers athéniens de la bataille du Granique, lui concilient provisoirement une partie des habitants de la cité attique. Mais dans le même temps, au printemps 331, Memnon, gouverneur de Thrace, se révolte contre la tutelle macédonienne avec le soutien d'Agis III.
Antipater réagit, suivant les ordres d'Alexandre, en dirigeant la quasi-totalité de ses forces, entre 35 000 et 40 000 hommes, vers le Péloponnèse. Agis ne dispose que d'environ 20 000 hommes et 2 000 cavaliers. Il est battu et tué à la bataille de Mégalopolis à l'automne 331.
Sous l'impulsion de la ligue de Corinthe, Sparte négocie la paix directement avec Alexandre. La nouvelle de la victoire de Gaugamèles, qui parvient en Europe après la victoire d'Antipater sur Sparte, assure avec plus de force la souveraineté macédonienne en Grèce.
Campagne en Perside et l’incendie de Persépolis (janvier-mai 330)
La campagne contre Darius III se poursuit en direction de la Perse proprement dite. Alexandre emprunte la « voie royale » et atteint Suse. En vue de marcher sur la capitale Persépolis, il divise son armée en deux corps : la majorité des troupes, dirigée par Parménion, emprunte la voie royale, et l'autre, commandée par Alexandre lui-même, prend la direction de la Perside.
Tracé de la voie royale perse
Il soumet par une campagne foudroyante le pays des Ouxiens (sud-ouest de l’Iran actuel). Les montagnards de ces régions s’engagent à payer un tribut en chevaux et bêtes de somme. Dans les monts Zagros, il est arrêté pendant plus d'un mois par la résistance acharnée du satrape Ariobarzane aux Portes persiques. Puis il parvient, fin janvier , dans la ville la plus symbolique du pouvoir achéménide, Persépolis.
La capitale est livrée au pillage, puis, quelques mois après, les palais sont la proie des flammes (mai 330). Cet incendie est souvent interprété comme volontaire, bien qu’il aille à l’encontre de la politique d’intégration aux coutumes locales du conquérant. Alexandre aurait ainsi effectué un geste symbolique mûrement réfléchi, à la fois en direction des Perses et des Grecs de la ligue de Corinthe. L'incendie, revanche de l'incendie d'Athènes par Xerxès Ier en 480, pourrait être une opération de propagande envers les Grecs à un moment où la situation est tendue en Grèce et où l'annonce de la victoire d'Antipater sur Sparte n'est peut-être pas encore parvenue à Alexandre.
Il est possible qu’Alexandre ait voulu affirmer son pouvoir face à une population peu encline à se rallier à lui. Une autre interprétation veut qu’Alexandre ait provoqué l’incendie dans un état d’ivresse, poussé en cela par une jeune courtisane athénienne, Thaïs. Quoi qu’il en soit, Alexandre regrette par la suite cet acte très mal perçu par les Perses mais accompli avec joie par les troupes macédoniennes qui pensent, bien à tort, qu'Alexandre trahit son regret du pays natal et manifeste par cet incendie sa volonté de ne pas se fixer en Asie.
Persopolis en proie aux flammes




