Rébellions et trahisons
Depuis la poursuite contre Bessos en 330 av. J.-C., Alexandre a perdu le contrôle direct de certaines provinces de son empire. La fausse nouvelle de sa mort en Inde a entraîné des défections parmi les mercenaires grecs en Bactriane, où Athénodôros s'est proclamé roi. D'autres rébellions ont éclaté en Arachosie et en Médie. En Égypte, Cléomène dirige à sa guise en établissant des ateliers monétaires à Alexandrie. Harpale, trésorier royal et compagnon de jeunesse d'Alexandre, s'est enfui à l'automne 325 à Tarse en Cilicie avant de rejoindre Athènes.
En décembre 325, après un retour difficile d'Inde, Alexandre arrive en Carmanie et doit rétablir son autorité. Deux stratèges de Médie, Sitalcès et Cléandre, sont exécutés pour exactions et sacrilèges. Les satrapes de Carmanie et de Gédrosie, ayant échoué dans leurs obligations de ravitaillement, sont également exécutés. Alexandre élimine Baryaxès, qui s’était proclamé « Grand Roi des Perses et des Mèdes », et d'autres satrapes douteux comme Orxinès en Perside. Cette crise conduit à un remaniement des satrapies, avec des personnalités de second rang désignées par prudence, à l'exception d'Antigone le Borgne et de Peucestas.
Les Noces de Suse
En février-mars 324 av. J.-C., Alexandre organise à Suse des noces entre 10 000 Gréco-Macédoniens et des femmes perses et mèdes. Lui-même épouse Stateira, fille aînée de Darius III, et Parysatis, fille d'Artaxerxès III.
Héphaistion épouse Drypétis, une autre fille de Darius. Les noces, selon les coutumes perses, durent cinq jours et provoquent la désapprobation des Macédoniens. Pour apaiser la colère, Alexandre paye les dettes et offre des couronnes d'or à ses généraux.
Cet épisode mets en lumière la stratégie d’Alexandre, qui choisi de gouverner depuis l'Asie plutôt que la Grèce. Cette décision visait à consolider son pouvoir au cœur des terres conquises, facilitant la gestion et l'intégration des vastes territoires perses.
Ainsi, en adoptant une politique de fusion culturelle et des peuples, comme lors des noces, Alexandre cherche à créer une nouvelle dynastie hégémonique transcendant les anciennes divisions entre Grecs et Perses. Ce choix, cependant, a exacerbé les tensions avec ses troupes macédoniennes et a été perçu comme un éloignement des traditions grecques, provoquant des mutineries et une opposition croissante au sein de son armée.
La Mutinerie d'Opis
Au printemps 324 av. J.-C., une révolte éclate à Opis. Les soldats s'opposent à la place accordée aux troupes asiatiques et à la décision d'Alexandre de régner depuis l'Asie. Alexandre libère 10 000 vétérans, mais les mutins demandent à être tous libérés. Alexandre fait exécuter treize meneurs et reprend le contrôle par un discours habile. Cette réconciliation prouve son ascendant sur ses troupes, et le respect qu'il leur inspire.
Les Derniers Jours d'Alexandre
Alexandre reçoit à Babylone des ambassades de Grèce et d'autres régions. Il ordonne l'exploration des mers et une nouvelle réorganisation de l'armée. Pris de fortes fièvres, il meurt brusquement à Babylone le 11 juin 323 av. J.-C., à seulement 32 ans. Les causes de sa mort restent débattues parmi les historiens modernes, mais l’hypothèse de l’empoisonnement, bien que très populaire à l’époque, est aujourd’hui majoritairement écartée. Le conquérant a certainement attrapé le paludisme, dont on reconnaît les symptômes dans les descriptions historiques.
La fin du Conquérant
La période de rébellions entre 325 et 324 av. J.-C. a mis à l'épreuve l'autorité d'Alexandre le Grand, mais il a su rétablir son contrôle par des actions décisives et des mesures de réconciliation.
Ses noces de Suse, bien que controversées, symbolisent ses efforts pour unifier les peuples de son empire. La mutinerie d'Opis démontre les tensions croissantes entre Alexandre et ses troupes, mais elle met également en lumière sa capacité à maintenir son ascendant.
Les derniers jours d'Alexandre, marqués par des projets ambitieux, montrent sa volonté de crée un Empire cohérent et durable qui lui survivra. Malheureusement, sa mort tragique survient trop tôt pour qu'il puisse stabiliser et pérenniser son immense empire. Celui-ci mourra avec son conquérant, qui entre dans la légende.

