Le 14 octobre 1964, Nikita Khrouchtchev est convoqué d'urgence à Moscou depuis sa datcha de Crimée, pour une réunion ordinaire du Præsidium du Parti. Officiellement, il faut régler des "question agricoles urgentes". Il n'est pas dupe.
Ce qu'il trouve en entrant dans la salle de réunion du Kremlin, c'est l'ensemble de ses collègues réunis contre lui.
Leonid Brejnev prend la parole. La liste des griefs est longue :
- La crise de Cuba qui a failli virer à la catastrophe,
- La rupture avec la Chine,
- La désorganisation de l'agriculture,
- L'imprévisibilité de ses actions...
Khrouchtchev écoute et comprend que c'est fini. Il pose sa démission sans résistance.
Kroutchev prononce un discours en 1962. À sa droite : Brejnev
En mettant fin à la terreur politique stalinienne, Khrouchtchev a permis à ses subordonnés d'avoir assez d'assurance pour oser le renverser sans craindre d'être fusillés. C'est sa plus grande réussite, et paradoxalement ce qui aura causé sa perte. Le leader déchu le dira lui-même :
« Qu'ils se débrouillent tout seuls, j'ai fait l'essentiel.
Qui aurait pu rêver de dire à Staline qu'il ne nous plaisait plus et de lui proposer de démissionner ? Il aurait été fusillé dans l'heure !
Aujourd'hui, cette terreur a disparu, et c'est mon mérite.»
Kroutchev finira sa vie dans une retraite surveillée, à dicter ses mémoires et à cultiver son potager. Il sera le seul dirigeant soviétique à mourir dans son lit, loin du pouvoir. Un privilège.
Nikita Kroutchev à Vienne, avec Jacqueline Kennedy
L'homme que le Præsidium a choisi pour succéder à Khrouchtchev s'appelle Leonid Brejnev. Il est tout le contraire de son prédécesseur : rassurant, prévisible et consensuel. La nomenklatura l'a choisi précisément pour ça.
L'URSS de 1964 est alors au sommet de sa gloire. Elle est une superpuissance respectée et crainte, pionnière de la conquête spatiale et leader d'un bloc de l'Est qui semble soudé.
Elle a la bombe atomique. Elle a envoyé le premier satellite en orbite et le premier homme dans l'espace. Son armée est la plus grande du monde. Ses ingénieurs sont parmi les meilleurs. Son territoire, immense, regorge de pétrole, de gaz, de charbon, de minerais... Personne ne doute que l'URSS est une superpuissance.
Valentina Terechkova, première femme à être envoyée dans l'espace en 1963.
Le choix de porter Brejnev au sommet du puissant Empire Soviétique va marquer une rupture invisible mais fatale.
En préférant le confort de la stagnation à l'audace des réformes, la nouvelle direction va transformer un pays dynamique en un empire immobile. Ce que les dirigeants de 1964 prennent pour un retour à l'ordre est en réalité le premier tour de clé de l'engrenage qui, vingt-cinq ans plus tard, mènera le colosse soviétique à sa disparition.
L'ère Brejnev : un empire figé
Quand Leonid Brejnev prend le pouvoir en octobre 1964, sa doctrine tient en deux mots : force et stabilité.
-
À l'extérieur, l'URSS doit s'imposer comme l'égale militaire des États-Unis.
- À l'intérieur, le Parti veut assurer la stabilité, en garantissant que chacun soit (et reste) à sa place.
C'est un projet rassurant, mais qui va progressivement asphyxier le système de l'intérieur. De 1964 à 1982, s'ouvre une période que les historiens appelleront plus tard la Zastoï (la stagnation).
Affiche de propagande de Kroutchev
La force militaire : l'URSS égale des États-Unis
Le premier pilier de la doctrine Brejnev est militaire. La crise de Cuba, deux ans plus tôt, durant laquelle Kroutchev a du accepter le retrait des missiles sous la pression américaine, a humilié Moscou.
Brejnev tire la leçon : jamais plus l'URSS ne sera dans une position d'infériorité face à Washington.
Tout au long des années 1960 et 1970, l'URSS investit des sommes colossales dans sa défense. Missiles intercontinentaux, sous-marins nucléaires, chars, bases militaires en Europe de l'Est... mais surtout, des ogives nucléaires.
En 1977, l'URSS dépasse officiellement l'Amérique sur le nombre de têtes nucléaires : 25 000. 10 ans plus tard, en 1986, elle en dispose de 45 000. De quoi anihiler plusieurs fois l'hémisphère occidental.
Graphique : évolution du nombre de bombes
Cette course au chiffre était un objectif de Brejnev, mais il a un coût exorbiant. La défense absorbe 20 à 25 % du PIB soviétique. Toutes les ressources de haute technologie, les meilleurs ingénieurs et les matières premières sont siphonnés par le secteur militaire. Résultat : l'industrie civile est délaissée.
On sait fabriquer des missiles intercontinentaux ultra-précis, mais on est incapable de produire un réfrigérateur fiable ou une voiture qui ne tombe pas en panne. Le contraste entre puissance militaire et économie civile devient criant.
Militaires soviétiques sur la Place Rouge, pendant un défilé
La Nomenklatura : naissance d'une aristocratie de Parti
Le second pilier de la doctrine Brejnev est intérieur : la stabilité. Cette stabilité passe par un accord tacite avec l'élite dirigeante du Parti : la Nomenklatura.
La Nomenklatura, c'est la liste des personnes importants de l'État soviétique. Quelques centaines de milliers d'individus (ministres, directeurs d'usines, généraux, recteurs d'universités...) qui tiennent tous les leviers du pays.
Brejnev établit avec cette élite un pacte implicite mais parfaitement compris : tu ne remets pas en question le système, tu appliques les directives sans les discuter et en échange, ta position est garantie.
Le gratin de la Nomenklatura soviétique sur le balcon du Mausolée de Lénine, pour l'anniversaire de la Révolution, en 1976.
Et ces positions donnent accès à des privilèges concrets dans la société de privation qu'est l'URSS.
Pendant que le citoyen moyen fait la queue des heures pour des produits de base, la nomenklatura vit dans l'oppulence.
- Elle dispose de dachas luxueuses à la campagne,
-
De voies autoroutières exclusives,
-
D'un accès prioritaire aux soins,
- Et fait ses courses dans des magasins secrets bien approvisionnés, inaccessibles au citoyen ordinaire.
Sanatorium réservé aux cadres, dans le Caucase
Surtout, alors que le régime combat en public le modèle capitaliste, décrié comme injuste et cruel, l'élite consomme en privé des produits occidentaux importés.
Les apparatchiks fument des cigarettes Marlboro ; boivent du Cognac et des Champagnes français ; portent des jeans américains...
Brejnev lui-même entretient une collection de plusieurs dizaines de voitures occidentales (Rolls ; Mercedes ; Cadillaques...), qu'il pilote à des vitesses folles sur les autoroutes moscovites.
Dans un pays qui prêche l'égalité, une aristocratie de Parti vit dans un monde parallèle. L'idéologie communiste n'est plus qu'une façade. Ce décalage crée un profond sentiment d'injustice et de cynisme dans la population.
Le camarade Brejnev, détendu, lors d'un voyage en allemagne. Il porte une Rolex au poignet.
Les symptômes de la Zastoï
Naissance d'une "Gérontocratie"
À tous les niveaux, la loyauté au système pèse bien plus que la compétence. La conséquence logique de ce pacte est la paralysie.
Les grands cadres, jaloux de leurs avantages, repoussent un départ à la retraite qui signifie la fin des privilèges. Le système de promotion est bouché ; les nouvelles génération ne peuvent pas accéder aux charges supérieures.
La société soviétique est léthargique : aucun dynamisme, aucunes réformes, aucunes idées nouvelles.
Puisqu'elle ne se renouvelle pas, l'élite administrative vieillit. Le système politique devient une gérontocratie, c'est-à-dire un gouvernement de vieillards. Les dirigeants restent en poste des décennies, jusqu'à leur mort. En 1980, l'âge moyen des membres du Politburo (le cœur du pouvoir) dépasse les 70 ans.
Brejnev entouré de cadres du Parti
Brejnev lui-même décline progressivement à partir des années 1975.
Lorsqu'il meurt en 1982, lui succède Youri Andropov, 68 ans, qui sera emporté par une maladie rénale quinze mois plus tard.
Puis Konstantin Tchernenko, 72 ans, emphysémateux, qui gouverne depuis son lit d'hôpital et meurt après treize mois au pouvoir. Trois dirigeants morts en trois ans.
En Amérique, le président Ronald Reagan plaisante :
«Je voudrais bien négocier avec eux, mais ils n'arrêtent pas de mourir !»
Ce n'est pas seulement un problème de succession. C'est l'image d'un système qui a vieilli avec ses dirigeants et refuse de se renouveler.
Les funérailles de Brejnev
Le contrat social et ses effets
De la même manière qu'avec la Nomenklatura, Brejnev passe un contrat implicite avec les travailleurs, pour assurer la paix sociale. En échange de votre obéissance, l'État vous garantit :
- Un emploi à vie,
- Un loyer bas,
- Une relative sécurité matérielle.
Pas de richesse ni de liberté, mais pas de misère non plus. La stabilité pour tous.
Une ouvrière soviétique emballe des sachets de thé
Cependant, comme les salaires sont garantis quoi qu'il arrive et que les perspectives d'évolution sont quasi nulles à cause des cadres qui ne partent jamais à la retraite, la motivation s'effondre.
L'absentéisme explose. La productivité chute. Les biens produits sont souvent de mauvaise qualité, car l'ouvrier n'a aucune raison de faire mieux.
Une expression circule dans les usines soviétiques des années 1970, répétée avec un sourire las :
«Ils font semblant de nous payer, on fait semblant de travailler.»
Ouvriers soviétiques en réunion
Le symptôme le plus frappant de cette désillusion silencieuse est l'alcoolisme. La consommation d'alcool en URSS explose dans les années 1970. Dans les années 1980, elle atteint environ 14 litres d'alcool pur par habitant et par an, parmi les plus élevés du monde.
Les files d'attente devant les vodkeries le matin avant l'ouverture des usines ne sont pas rares. L'espérance de vie masculine, qui progressait depuis des années, commence à reculer, un fait absolument sans précédent dans un pays en temps de paix.
Évolution de la consommation d'alcool en URSS, illustration d'une société qui cesse de croire en elle-même.
Évolution de l'espérance de vie en URSS.
En cause, l'alcoolisme et la dégradation du système de santé, que l'économie planifiée ne parvient pas à fournir correctement.
Le contrat social tient encore tant que l'économie produit suffisamment pour l'honorer. Or l'économie soviétique est de moins en moins capable de le faire.
C'est précisément ce que la partie suivante va expliquer.
Soviétiques partageant une vodka
Une économie à bout de souffle
L'économie planifiée, héritée de Staline, est un pilier de la théorie marxiste. Mais c'est certainement le plus gros défaut de l'État Soviétique, et celui qui entraînera sa perte.
Sur le papier, l'Union soviétique de Brejnev produit plus d'acier que les États-Unis, plus de tracteurs, plus de ciment... Ses statistiques industrielles sont impressionnantes.
Pourtant ses magasins sont vides, les files d'attente devant les épiceries font partie du quotidien, et pour obtenir une voiture, il faut s'inscrire sur une liste d'attente de plusieurs années. L'économie soviétique est un tigre de papier.
Économie planifiée contre économie de marché
Pour comprendre pourquoi l'économie soviétique décroche, il faut d'abord comprendre comment elle fonctionne et en quoi elle est fondamentalement différente d'une économie de marché.
Le modèle capitaliste occidental est fondé sur la loi de l'offre et de la demande. Une entreprise fabrique ce que les gens veulent acheter.
- Si elle produit quelque chose d'inutile ou de mauvaise qualité, personne ne l'achète, elle perd de l'argent et elle disparaît.
- Au contraire, si elle innove ou propose quelque chose de meilleur, elle gagne des clients et se développe. C'est brutal, parfois injuste, mais c'est efficace pour produire ce dont les gens ont besoin et pousser à l'innovation.
Statue de Adam Smith, un des premiers théoriciens du libéralisme, à Édimbourg.
Selon lui, le marché s'autorégule naturellement pour offrir au consommateur le meilleur produit possible, au meilleur prix.
En URSS, c'est l'inverse, l'État décide tout : ce qu'on produit, en quelle quantité, à quel prix. À Moscou, le Comité pour la Planification décide combien de paires de chaussures fabriquer ; quel doit être le prix d’un kilo de pain ; et combien de clous chaque usine doit produire.
Le système est d'une rigidité totale. Comme il est impossible de tout prévoir pour 280 millions d'habitants, deux phénomènes apparaissent :
- La pénurie chronique : On manque de tout (papier toilette, viande, pièces détachées) car les prévisions sont déconnectées des besoins réels.
-
Le gaspillage absurde : Pour remplir leurs quotas fixés par l'État, des usines produisent des objets inutilisables ou de mauvaise qualité.
Schéma : Économie de marché et Économie planifiée
Une usine reçoit l'ordre de produire 10 000 paires de chaussures par an. Elle les produit, qu'on en ait besoin ou non, qu'elles soient belles ou laides, qu'elles taillent bien ou mal.
L'objectif du directeur d'usine n'est pas de satisfaire ses clients, il n'en a pas ! Son objectif est d'atteindre les quotas, qu'importe la qualité de ce qu'il produit ou son utilité réelle.
Les conséquences sont parfois surréalistes :
-
Une usine dont le quota de clous est exprimé en tonnes produit des clous énormes (moins nombreux, donc plus faciles pour atteindre le quota).
- Si le quota est exprimé en nombre, elle produit des milliers de clous minuscules inutilisables.
Usine de crayons à papiers. Leur production est également décidée à Moscou !
C'est une économie qui produit des chiffres plutôt que de véritables biens de consommation. Ses travers pèsent sur la vie quotidienne des Soviétiques.
Les magasins d'État sont approvisionnés de façon imprévisible, et sont souvent en ruptures. Viande, voitures, médicaments, chaussures... Tout manque.
Des soviétiques font la queue devant un magasin
En plus de manquer, les biens de consommation soviétiques sont réputés pour leur médiocrité.
Les tracteurs tombent en panne après quelques mois. Les voitures accumulent des défauts de conceptions et de fabrication qui en font les pires au monde. Les vêtements se déchirent. Les appartements neufs ont des fenêtres qui ferment mal et des murs qui suintent l'humidité.
Personne n'est incité à faire mieux, l'ouvrier qui travaille bien ne gagne pas plus que celui qui travaille mal. Peu à peu, c'est toute une culture du travail qui se dégrade. L'absentéisme s'installe, l'alcool se répand dans les usines, le travail au ralenti devient la norme.
Chaîne d'assemblage d'une Lada soviétique, certainement la pire voiture du monde à l'époque.
Peu de confort, aucune fiabilité, produites avec de l'acier de mauvaise qualité qui rouille en quelques années, et équipée d'un chauffage qui fonctionne mal : un comble pour un pays où il fait -20 en hiver !
Face à la pénurie permanente, une véritable économie de troc se met en place : le Blat. Les soviétiques échangent tout : viandes ; manteaux ; pièces de rechange pour les voitures, mais aussi consultation médicale ou place de théatre !
Ce marché parallèle est toléré de fait par le régime, parce qu'il compense les déboires du système. C'est un aveux implicite d'échec : l'économie planifiée ne fonctionne pas, et pour vivre corretement il faut tricher avec les règles.
Le "fardeau de l'Empire" et des alliés
Même si l'URSS peine à approvisionner son marché interieur ; elle continue d'investir en masse pour peser sur la scène internationale :
L'armée, d'abord, englouti autour de 20% du budget de l'État et draine les meilleurs cerveaux qui manquant cruellement à l'industrie civile.
Missile lors d'un défilé sur la Place Rouge
L'URSS supporte aussi à bout de bras ses alliés pour maintenir son influence mondiale.
C’est ce qu’on appelle le fardeau impérial. Moscou vend son pétrole et son gaz à des prix dérisoires aux pays d’Europe de l’Est (Pologne, RDA, Hongrie) pour s’assurer leur fidélité.
Elle finance également à coups de milliards de roubles des régimes lointains comme Cuba, le Vietnam ou l’Éthiopie.
Carte : l'URSS et les pays liés à lui dans le Conseil d'assistance économique (Comecon).
En rouge, les pays membres du Comecon qui reçoivent le plus gros de l'aide soviétique. En jaune les membres "observateurs", qui coopèrent dans une moindre mesure.
À l'exterieur, le pays affiche une puissance impressionnante avec ses sous-marins, ses missiles et ses États vassaux, mais cette stratégie de prestige coûte une fortune colossale.
L'Empire soviétique se vide de ses richesses pour entretenir son armée et subventionner des pays alliés alors que sa propre population commence à manquer de tout.
L'URSS rate la révolution informatique
Dans les années 1970 et 1980, l'Occident entre dans une troisième révolution industrielle : celle de l'informatique et des télécommunications.
Grâce à des entrepreneurs visionnaires et à l'investissement de capitaux privés, de grandes entreprises numériques comme Apple, Intel ou Microsoft naissent en Californie. Cette dynamique d'innovation privée transforme l'économie mondiale.
Steve Jobs et son "Micontosh". Cet ordinateur personnel, avec son interface graphique intuitive, rend l'informatique accessible au grand public.
Pendant ce temps, l'URSS reste bloquée dans un modèle de "fumées et acier" (industrie lourde, mines, sidérurgie). Pourquoi ?
Le système soviétique freine l'innovation. Pour innover, il faut d'abord avoir une raison de le faire. Dans une économie planifiée, l'ingénieur qui invente quelque chose de nouveau ne gagne pas plus que son voisin. Il n'existe pas de marché pour sanctionner les mauvaises idées et récompenser les bonnes.
De plus, toutes les décisions sont centralisés. Seul l'État a le pouvoir et les moyens de développer des projet. La bureaucratie est lente, conservatrice, et rechigne à se lancer dans de grands projets si elle n'en voit pas l'utilité direct.
Brejnev et des cadres du Parti lors d'une cérémonie.
Comment la gérontocratie soviétique, cette génération des années 1900-1910, aurait-elle pu entrevoir et comprendre la révolution informatique ?
En occident, des milliers d'investisseurs différents peuvent financer des entreprises prometteuses, via la bourse.
Ce système n'est pas parfait non plus, mais il est dynamique et permet l'émergence d'idées nouvelles.
Bourse de New York dans les années 1970
Le résultat est un retard technologique qui s'accroît chaque année. En 1985, alors que les États-Unis comptent déjà des millions d'ordinateurs, l'URSS accuse un retard technologique irrattrapable. Le pays devient une puissance du passé, incapable de suivre le rythme.
Un sursis : la manne pétrolière
Les failles profondes et structurelles de l'économie soviétiques sont en partie masquées dans les années 1970, grâce aux revenus du pétrole. L'URSS vend son pétrole et son gaz à prix élevé à l'Ouest, et importe ce qu'elle ne sait pas produire, notamment les composants informatiques.
Paradoxalement, le régime communiste survit en vendant son pétrole à l'Occident aux prix fixés par les bourses internationales, selon les principes de l'économie de marché qu'il prétend combattre.
Conclusion : l'échec d'un système communiste
Au terme de notre analyse, un constat s'impose : l'URSS de l'ère Brejnev est atone. Le dynamisme de l'ère Khrouchtchev, d'une URSS qui croyait sincèrement pouvoir "dépasser l'Amérique", a laissé place à une paralysie systémique.
L'aristocratie bureaucratique
Le choix fait en 1964 de privilégier la "stabilité" a fini par étouffer le pays. En voulant protéger les privilèges de la Nomenklatura, le régime a créé une aristocratie bureaucratique déconnectée des réalités.
Brejnev dans son costume de Maréchal, paré de ses multiples décorations, presque comme une parodie.
Alors que Marx et Lénine rêvaient d'une société sans classes et sans privilèges, l'Union Soviétique a accouché d'un système où une élite vieillissante circule en limousine sur des voies réservées, tandis que le peuple attend des années pour une simple voiture ou un appartement étroit.
La faillite du calcul central
Le duel avec le modèle capitaliste a révélé la faille de l'économie planifiée soviétique. L'URSS est devenue ce géant paradoxal capable d'envoyer des stations orbitales dans l'espace, mais incapable de fournir des lames de rasoir ou des vêtements de qualité à ses citoyens.
La planification, censée mieux organiser l'économie pour répondre aux besoins des travailleurs, provoque des pénuries, quand de l'autre côté du rideau fer, le dynamisme de l'économie de marché assure la prospérité de l'Occident.
Graphique : la croissance soviétique et américaine au XXème siècle. À partir de 1975, on observe une stagnation de l'économie soviétique.
Le vide idéologique : on ne croit plus au futur
Le plus grave échec n'est peut-être pas économique, mais moral. Dans les années 1980, le "communisme" n'est plus un idéal qui doit donner sa dignité au travailleur, c'est une réalité grise, un système en putréfaction auquel plus personne ne croit, mais derrière lequel prospère une minorité privilégiée, jalouse de ses privilèges.
Le décalage entre les affiches de propagande montrant des ouvriers héroïques et la réalité des files d'attente devant des magasins vides a engendré un cynisme généralisé. On ne travaille plus pour construire le futur de l'humanité, on tente simplement de survivre grâce au marché noir.
Affiche de propagande soviétique.
L'URSS de la fin de l'ère Brejnev est un décor de théâtre impressionnant mais dont les poutres sont mangées par les termites.
Le colosse tient encore debout par la bureaucratie et la peur, mais il ne possède plus ni l'énergie ni la volonté pour avancer vers l'avenir, ni pour faire face aux terribles crises qui s'apprêtent à le frapper.





























