Louis XV, arrière-petit-fils de Louis XIV, monte sur le trône en 1715 à l’âge de cinq ans.
Il succède à un monarque qui a incarné l’absolutisme à son apogée, mais qui laisse la France exsangue : les coffres sont vides, le peuple est épuisé par les guerres incessantes, et les structures administratives, bien que centralisées, peinent à répondre aux défis d’un royaume complexe.
La régence de Philippe d’Orléans (1715-1723) amorce une période de transition, marquée par une relative ouverture politique. Contrairement à son arrière-grand-père, Louis XV s’installe à Paris au Palais des Tuileries, se rapprochant ainsi du peuple. Ce geste symbolique lui vaut le surnom affectueux de "Louis le Bien-Aimé".
Le Palais des Tuileries, sous le règne de Louis XV
Cependant, le jeune roi hérite d’un fardeau immense : une dette colossale, des tensions sociales profondes, et une Europe en constante mutation géopolitique. Ces défis exigent un monarque capable de conjuguer vision, autorité et pragmatisme.
Mais, comme l’Histoire le montrera, si Louis XV n’était pas dépourvu de bonnes intentions, son règne allait marquer l’érosion progressive de l’autorité royale et de la puissance française.
L'effritement de la puissance française
Le XVIIIe siècle est un siècle de rivalités géopolitiques exacerbées, et Louis XV est rapidement plongé dans une série de conflits européens.
Deux premières guerres, celle de Succession de Pologne (1733-1738) et celle de Succession d’Autriche (1740-1748), renforcent temporairement l’influence française en Europe. Cependant, ces victoires coûteuses révèlent les limites du royaume : la France s’endette davantage et peine à consolider ses gains face à une concurrence internationale de plus en plus acharnée.
Carte : l'expansion française à partir du XVIème siècle. En bleu, les annexions de Louis XV (la Lorraine et la Corse)
C’est la guerre de Sept Ans (1756-1763) qui marque un tournant décisif dans le règne de Louis XV. Opposant la France, l’Autriche et la Russie à la Prusse et à l’Angleterre, ce conflit, considéré comme le premier mondial, redessine la carte des puissances européennes et coloniales.
Sur le sol européen, les armées françaises accumulent des défaites face à Frédéric II de Prusse. Mais c’est surtout dans les colonies que la guerre inflige des pertes irrémédiables à la France.
En Amérique du Nord, la bataille des Plaines d’Abraham (1759) entraîne la chute de Québec et la perte du Canada au profit des Anglais. En Inde, les Français doivent abandonner leurs ambitions face à la Compagnie anglaise des Indes orientales.
Carte : la guerre de Sept Ans dans le monde
Cette défaite humiliante met en lumière les faiblesses de la politique militaire française, marquée par un manque de coordination et de ressources.
À la signature du traité de Paris (1763), la France cède une grande partie de son empire colonial, laissant les anglais maîtres de l'Amérique et des Indes. Ce recul stratégique mine durablement la confiance des Français envers leur monarchie, qui apparaît désormais incapable de préserver les intérêts du royaume.
Le traité de Paris n'officialise aucune annexion majeur en Europe, mais de nombreuses en Amérique du Nord : le Québec et la Floride sont absorbées par l'Angleterre.
En compensation de la perte de la Floride, la Louisianne française est offerte aux espagnoles.
La montée des contestations : un trône fragilisé
Au-delà des défaites militaires, le règne de Louis XV est marqué par une érosion progressive de l’autorité royale. Le système absolutiste mis en place par Louis XIV se fissure sous les coups de plusieurs forces.
Les parlements, de simples auxiliaires à opposants politiques
Les parlements, muselés sous le règne précédent, profitent de l’affaiblissement du pouvoir royal pour se repositionner.
Ces cours de justice, composées de nobles, commencent à contester les édits royaux, se présentant comme des défenseurs des libertés face à un monarque jugé despotique.
Le parlement de Paris, en 1715
Louis XV tente de briser cette résistance, notamment en condamnant certains parlementaires à l'exil, mais à chaque fois le répit est de court durée. Ces conflits politiques affaiblissent son autorité et alimentent le mécontentement général.
Les Lumières et la critique de l’absolutisme
Le XVIIIe siècle voit également l’émergence des philosophes des Lumières, tels que Voltaire, Montesquieu et Rousseau, qui remettent en question les fondements mêmes de la monarchie absolue.
Leurs écrits, diffusés dans toute l’Europe, dénoncent les abus du pouvoir, les inégalités sociales, et proposent des idées nouvelles sur le gouvernement et les droits des citoyens.
Ces critiques se propagent rapidement grâce à l'imprimerie, et rencontrent des adeptes dans toutes les couches sociales.
Voltaire présente ses oeuvres, dans le salon de Mme Geoffrin
Les crises économiques et sociales
Le peuple, quant à lui, souffre. Si la France connaît des périodes d’abondance grâce aux réformes économiques et au développement des infrastructures, cette bonne santé économique est régulièrement interrompues par des crises.
Le siècle est marqué par 14 famines majeures, qui placent le peuple français dans un état de précarité et d'incertitude.
La fiscalité, inéquitable et écrasante pour les classes populaires (on rappel que la noblesse et le clergé sont exemptés d'impots) renforce encore la fracture sociale.
Caricature de 1789 : la société d'Ancien Régime. Un homme du peuple supporte à lui seul un curé et un noble.
De roi "Bien-Aimé" à "Mal-Aimé"
Lorsque Louis XV monte sur le trône, il est perçu comme un souverain prometteur et proche du peuple. Mais à la fin de son règne, cette image s’est effondrée, et le souverain va mourir dans l'indifférence générale. Plusieurs facteurs contribuent à cette désillusion.
L’échec des réformes
Bien qu’animé d’une volonté de réformer, Louis XV est freiné par la résistance des élites et par un système politique figé. Ses tentatives de réformes sont souvent mal accueillies ou inefficaces. La dette qui se creuse sous son règne aura des conséquences désastreuses à la fin du siècle.
Un contraste cruel avec la misère
La vie privée du roi devient une source de mépris, alors que beaucoup partagent la perception d'un État mal gouverné. Ses nombreuses maîtresses, notamment Madame de Pompadour et Madame du Barry, sont accusées d’avoir une influence démesurée sur les affaires d’État.
Madame de Pompadour
Le faste de Versailles et les fêtes somptueuses de la cour contrastent avec la pauvreté et les souffrances de la population. Louis XV est de plus en plus perçu comme un roi distant, préoccupé par ses plaisirs et indifférent aux besoins de ses sujets et au affaires de son royaume.
Une fête donnée à Versailles
Malgré ces critiques, Louis XV reste un mécène des arts et des sciences. Sous son règne, la France brille dans la peinture, l’architecture et la littérature. Mais ces contributions culturelles ne suffisent pas à redorer son image.
Une fin dans l’indifférence
Lorsque Louis XV meurt le 10 mai 1774, son décès passe presque inaperçu, tant il est tombé en disgrâce aux yeux de son peuple.
Ce roi, autrefois "Bien-Aimé", n’aura pas su répondre aux défis colossaux de son époque. Ses échecs militaires ont précipité la perte de l’empire colonial, et ses réformes inabouties n’ont pas permis de corriger les fractures sociales et les difficultés économiques héritées de Louis XIV.
Sa mort laisse un royaume affaibli et profondément divisé, à l’aube de bouleversements majeurs. Louis XV reste dans l’Histoire comme le roi d’une transition, entre l’apogée d’un absolutisme triomphant et le déclin inexorable qui mènera à la Révolution française.
Quiz de révision
-Le peuple supporte de moins en moins l'opulence de Versailles, alors qu'il connaît des disettes
-Les Lumières remettent en question la monarchie absolue
-Le pays a perdu son empire colonial









