À partir de 1690, la guerre de la Ligue d’Augsbourg s’intensifie. En quelques années, elle s’étend à travers l’Europe et au-delà. Le Roi-Soleil, dont les armées brillent encore, fait face à une coalition élargie, rejoint par l'Espagne et la Savoie, qui menacent les frontières sud et est du royaume.
Tandis que les batailles et les sièges s’accumulent, la France, malgré ses victoires, montre des signes d’épuisement.
Batailles, sièges et alliances (1690-1693)
Fleurus : la foudre française (1690)
Dans les plaines des Pays-Bas espagnols, le 1er juillet 1690, les armées de la Ligue se retrouvent face aux forces françaises du maréchal de Luxembourg.
Guillaume III d’Orange, désormais roi d’Angleterre, délègue le commandement à Waldeck, un général compétent mais en sous-effectif. La bataille de Fleurus commence sous un soleil brûlant. Avec habileté, Luxembourg enveloppe les forces alliées grâce à une cavalerie redoutable et des manœuvres audacieuses. Les pertes alliées sont immenses, et la victoire française est totale.
Cette bataille démontre une fois de plus la supériorité tactique des maréchaux de Louis XIV. Pourtant, Fleurus n'est pas exploité : les coalisés se retranchent, et les forteresses des Pays-Bas espagnols restent inviolées.
La Boyne : l’Irlande bascule (1690)
Pendant que Luxembourg triomphe à Fleurus, Guillaume III débarque en Irlande, déterminée à écraser les forces de Jacques II retranchées sur l'île. Le roi déchu avait débarqué en Irlande l'année précédente, avec le soutien français.
La bataille de la Boyne, le 11 juillet 1690, scelle le sort de l’île. Les troupes françaises, envoyées pour soutenir Jacques II se battent vaillamment, mais la supériorité numérique de Guillaume III et sa maîtrise du terrain offrent une victoire décisive à Guillaume.
La bataille de la Boyne
Jacques II, surnommé «le roi sans retour», s'exile définitivement en France. Guillaume consolide son pouvoir sur l’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande, mettant fin aux espoirs de Louis XIV de diviser les îles britanniques.
Pire : les flottes anglaises et Néerlandaises unifiées écrasent les français à la bataille de la Hougue, en juin 1692. La royale perds de précieux navires et ne pourras plus rivaliser sur les mers.
Navires en feux à la bataille de la Hougue
Neerwinden : la gloire éphémère (1693)
Le 29 juillet 1693, les armées de Luxembourg affrontent à nouveau celles de Guillaume III près de Neerwinden, dans les Flandres. La bataille est féroce. Grâce à des manœuvres audacieuses, la cavalerie française brise les lignes alliées. Guillaume est contraint de battre en retraite, mais la victoire française est sanglante.
Louis XIV, à court d'hommes et d'argent, est incapable d'exploiter sa victoire. Une nouvelle fois, malgré son succès sur le champ de bataille, il ne parvient pas à envahir les Pays-Bas.
Carte : la guerre de la ligue d'Augsbourg
Si les Flandres restent le principal théâtre d'opération, la guerre se développe aussi sur d'autres fronts.
- En Italie du nord, les armées de Louis XIV doivent affronter le duché de Savoie, soutenu par l'Autriche. Après la victoire française de Marsaglia en 1693, le front italien s'enlise. En 1696, épuisée par l'occupation française, la Savoie signe une paix séparée avec Louis XIV.
- En Allemagne, les troupes françaises occupent plusieurs villes et forteresses sur le Rhin, qu'ils défendent face aux troupes impériales.
- Dans les Pyrénées, la France affronte l'Espagne, qui a rejoint la coalition en 1691. En 1694, les armées du roi Soleil occupent une grande partie de la Catalogne.
- Les Caraïbes, l'Amérique du Nord et les comptoirs africains sont le théâtre d'affrontements coloniaux. La guerre de course, menée par les corsaires français et britanniques, atteint son paroxysme.
La France réussit à tenir, voire à progresser sur tous les fronts. Mais derrière le triomphe apparent de Louis XIV se cache une réalité plus sombre : l’effort de guerre français commence à s’essouffler. L’économie vacille, les récoltes sont mauvaises, et une famine dévastatrice s’abat sur le royaume.
L’épuisement général (1694-1697)
La famine et le désespoir (1694)
L’hiver 1693-1694 est l’un des plus rigoureux du siècle. La France, ruinée par des années de guerre, connaît une famine terrible. Des villages entiers sont réduits à la misère. En deux ans, c'est entre 1 et 2 millions de français qui meurent de faim et de maladie, soit près de 10% de la population.
Louis XIV doit faire face à des révoltes intérieures et à une lassitude générale. Les ressources pour soutenir ses armées s’amenuisent et les Alliés, bien que ruinés eux aussi, parviennent à maintenir leur pression.
Le siège de Namur : la revanche des Alliés (1695)
En 1695, les armées coalisées frappent un grand coup. Guillaume III mène une campagne acharnée pour reprendre Namur, une place forte conquise par les Français trois ans plus tôt. Menno van Coehoorn, ingénieur militaire hollandais, orchestre un siège méthodique.
Les Français tentent de détourner l'attention de la ville en bombardant Bruxelle, ce qui échoue.
La grande place de Bruxelle, en flammes après le bombardement français.
Après des mois de combats intenses, la ville capitule le 5 septembre. Namur marque un revers majeur pour Louis XIV. L’éclat de ses victoires passées commence à s’effacer, et la Ligue d’Augsbourg semble regagner du terrain.
Le siège de Barcelone : le dernier acte (1697)
Alors que la guerre touche à sa fin, Louis XIV tente un dernier coup de force. En Espagne, le duc de Vendôme assiège Barcelone avec 32 000 hommes. Malgré une défense acharnée, la ville tombe le 10 août 1697. Ce succès, bien que spectaculaire, n’apporte pas l’avantage stratégique escompté. La France, épuisée, n’a plus la force de poursuivre la guerre.
Le traité de Ryswick (1697)
Le 20 septembre 1697, les belligérants signent enfin la paix à Ryswick.
Louis XIV, bien que victorieux sur certains fronts, doit faire des concessions importantes. Il conserve l’Alsace mais rend Strasbourg et plusieurs territoires à l’est. Surtout, il reconnaît Guillaume III comme roi légitime d’Angleterre, mettant fin aux ambitions de Jacques II.
Carte : Ryswick confirme la domination française sur l'Alsace.
Épilogue : L’héritage d’une guerre
La guerre de la Ligue d’Augsbourg marque un tournant dans l’histoire européenne. Elle révèle les limites de l’hégémonie française et montre l’importance des alliances dans les guerres modernes.
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Guillaume III, désormais roi et chef de la coalition, consolide l’Angleterre comme puissance majeure.
- La France, sort victorieuse du conflit et conserve sa place centrale en Europe, mais la population paie un lourd tribut.
Pourtant, Ryswick est loin d'établir une paix durable. La mort du roi d'Espagne Charles II quelques années plus tard va relancer les hostilités en Europe. Une nouvelle fois, les grandes puissances vont s'unir contre la France du roi Soleil, pour contrer son hégémonie sur le continent.






