Maximilien de Béthune, duc de Sully, incarne la figure du ministre réformateur et visionnaire, à la fois pragmatique et profondément attaché à l’idée d’un État fort et prospère.
Fidèle compagnon d’Henri IV, il joua un rôle décisif dans la stabilisation du royaume après des décennies de guerres civiles et religieuses. Son action, guidée par un sens aigu des responsabilités et une rigueur sans faille, permit de rétablir les finances publiques, de développer les infrastructures et de réorganiser l’économie autour de principes modernes.
Une loyauté sans faille envers Henri IV
Issu d’une famille protestante modeste mais respectée, Maximilien de Béthune échappa de peu au massacre de la Saint-Barthélemy en 1572. Ce drame marqua profondément le jeune homme, qui resta fidèle à la foi réformée tout en comprenant très tôt la nécessité d’un compromis religieux pour garantir la paix en France. Il devint rapidement l’un des plus proches compagnons d’Henri de Navarre, le futur Henri IV, qu’il accompagna dans toutes ses campagnes militaires.
Son courage et son sens de l’organisation le firent remarquer lors de batailles décisives comme celles de Coutras et d’Ivry, où il fut blessé à plusieurs reprises. Cette fidélité indéfectible à Henri IV constitua le fondement de son ascension au sein du royaume
Henri IV à la bataille d'Ivry
Un redressement spectaculaire des finances du royaume
Lorsque Sully fut nommé surintendant des finances en 1598, la situation économique de la France était désastreuse. Les guerres civiles avaient laissé les caisses de l’État vides et les pratiques de corruption gangrenaient l’administration.
Avec une rigueur remarquable, Sully s’attela à réformer les finances publiques. Il lutta contre les malversations et mit en place des mécanismes stricts de contrôle des recettes et des dépenses. Sous son impulsion, le royaume parvint à équilibrer son budget tout en réduisant la pression fiscale sur les paysans, améliorant ainsi leur qualité de vie. Il institua également une réserve financière significative, entreposée à la Bastille, qui permettait de faire face aux imprévus, notamment en cas de guerre.
Ce redressement permit non seulement de stabiliser l’économie, mais aussi de redonner confiance à la population dans l’autorité royale.
Une économie fondée sur l’agriculture et les infrastructures
Sully voyait dans l’agriculture la clé de la prospérité du royaume. Il était convaincu que les richesses de la France ne résidaient pas dans l’or ou les colonies, mais dans ses terres fertiles. C’est ainsi qu’il prononça sa célèbre maxime : «Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée.»
Pour concrétiser cette vision, il entreprit de vastes réformes agricoles. Il encouragea l’assèchement des marais pour augmenter les surfaces cultivables, tout en protégeant les paysans contre les abus fiscaux. Par ailleurs, il libéralisa le commerce des grains, facilitant ainsi les échanges entre les différentes régions du royaume.
En parallèle, Sully modernisa les infrastructures pour soutenir cette économie rurale en plein essor. Les routes furent retracées et pavées, rendant les trajets plus rapides et sécurisés, tandis que des projets ambitieux, comme le canal de Briare, furent lancés pour relier les grands fleuves du royaume. Ces initiatives contribuèrent à dynamiser les échanges commerciaux et à renforcer l’intégration économique des provinces.
Le canal de Briare
Un défenseur pragmatique de la paix religieuse
Bien que profondément attaché à la foi protestante, Sully comprit la nécessité pour Henri IV de se convertir au catholicisme afin de pacifier le royaume. Il soutint cette décision tout en s’assurant que les droits des huguenots soient préservés.
L’édit de Nantes, signé en 1598, fut le fruit de cette politique de compromis. Ce texte, qui garantissait la liberté de culte dans certaines régions, permit de mettre fin aux conflits religieux qui avaient ravagé la France. Sully, malgré ses convictions personnelles, se montra toujours soucieux de l’intérêt général et du maintien de l’unité nationale.
Un bâtisseur et un visionnaire
En tant que surintendant des fortifications, Sully joua un rôle central dans la sécurisation des frontières du royaume. Il supervisa la modernisation des places fortes et veilla à ce que l’armée soit correctement équipée. Son sens de l’organisation logistique, déjà démontré lors du siège d’Amiens en 1597, devint une référence pour les campagnes militaires du royaume.
Cependant, Sully se montra moins enthousiaste à l’idée de développer des colonies outre-mer. Estimant que ces entreprises étaient coûteuses et peu profitables, il préféra concentrer les ressources du royaume sur des projets nationaux. Cette vision pragmatique, bien que contestée par certains de ses contemporains, reflétait sa priorité absolue : le renforcement de l’économie et de l’administration internes.
Une œuvre durable malgré les obstacles
Le travail de Sully fut brutalement interrompu par l’assassinat d’Henri IV en 1610. Privé de son principal soutien, il perdit progressivement son influence sous la régence de Marie de Médicis. Cependant, les réformes qu’il avait initiées laissèrent une empreinte durable sur la France. Son sens de la rigueur financière et sa vision d’une économie fondée sur l’agriculture et les infrastructures inspirèrent les politiques des décennies suivantes.
Malgré une carrière marquée par des controverses et des rivalités, Maximilien de Béthune, duc de Sully, reste une figure incontournable de l’histoire de France. À travers son travail acharné et ses réformes novatrices, il contribua à reconstruire un royaume dévasté par les guerres et à poser les bases de la prospérité qui marqua le règne de Louis XIII.


