Au début du XVIIIe siècle, la France est sur la paille. Louis XIV, le Roi-Soleil, a beau avoir brillé de mille feux, il a surtout flambé les caisses de l’État. La guerre, les fêtes, les palais… tout ça coûte cher, et à sa mort en 1715, la dette nationale ressemble à une montagne infranchissable. L’économie française est à bout de souffle, et l’idée même de relancer la machine semble un rêve fou.
C’est alors qu’arrive John Law, un Écossais un brin extravagant, joueur compulsif, mais surtout un visionnaire financier. Dans une Europe où l’or et l’argent sont rois, où l’économie repose sur des métaux précieux, il ose prôner une idée révolutionnaire : le papier-monnaie.
John Law
Law arrive avec un plan en poche : remplacer la monnaie métallique par de la monnaie fiduciaire (basée sur la confiance) et relancer l’économie en injectant des billets à foison.
Ces billets vont augmenter la masse monétaire, ce qui va dynamiser l'économie. Imprimés en grand nombre, ils vont également provoquer une inflation qui va permettre à la couronne de rembourser ses dettes.
Le système Law : une bulle de promesses
En 1716, Law propose son système au Régent Philippe d’Orléans, qui, désespéré, accepte. Il crée la Banque Générale, qui commence à émettre du papier-monnaie.
Les billets sont garantis par l’or que l'Etat garde en sécurité dans ses coffres : à tout moment, un particulier peurt échanger son billet contre son équivalent en or !
Jusque-là, tout va bien : le papier-monnaie circule, l’économie reprend des couleurs, et la confiance dans ce nouveau système grandit. La Banque Générale devient la Banque Royale en 1718, et le projet est un tel succès, que Law obtient le monopole de l'impression de billets dans le royaume.
Les billets de John Law
La Compagnie du Mississippi
Mais Law ne s’arrête pas là. En 1717, il lance la Compagnie du Mississippi, une entreprise qui promet de développer les colonies françaises en Amérique et d’en exploiter les ressources.
Les Français peuvent acheter des actions de la compagnie avec leurs beaux billets tout neufs. Le projet fait mouche : la compagnie promet monts et merveilles, des mines d’or légendaires aux terres infinies. Très vite, tout Paris se rue pour acheter ces actions, dont la valeur explose.
C’est une euphorie collective : les riches, les petits épargnants, les nobles… tout le monde veut sa part du gâteau. On vend des terres, des bijoux, des héritages pour acheter ces actions qui semblent grimper sans fin. Une véritable bulle spéculative est née.
Échanges commerciaux entre européens et locaux, à l'embouchure du Mississippi
L’effondrement : quand la confiance s’évapore
Hélas, comme souvent en bourse, la réalité finit par rattraper tout le monde. Les promesses de richesse reposent sur du vent, et les colonies du Mississippi sont bien moins rentables qu’annoncé. Très vite, le doute s’installe : la Compagnie du Mississippi serait-elle une belle coquille vide ?
En 1720, tout s’accélère : les investisseurs revendent leurs actions ! John Law voit une solution : lui qui dispose du monopole d'impressionde des billets, il va en produire en masse pour racheter les actions.
Le "coup de bourse" de John Law : la hausse, la stagnation du prix (maintenu artificiellement par Law), puis la chute brutale des actions de la Compagnie du Mississippi, quand Law ne peut plus racheter ses propres actions.
Il éviter la chute du cours, mais cette fuite en avant va créer un autre problème : l’économie est inondée de papier-monnaie, et l’inflation explose. C'est maintenant toute l'économie qui menace de s'effondrer !
Les billets ne valent plus rien, et les gens se ruent pour échanger leur papier contre de l’or. Problème : les coffres de la banque sont vides, ou presque. Le système s’effondre comme un château de cartes, et les détenteurs des billets son ruinés.
Les conséquences : une leçon qui coûte cher
La banqueroute de Law laisse la France dans un chaos économique. Les épargnants ruinés pleurent leurs économies. La confiance dans le papier-monnaie, déjà fragile, est anéantie pour des décennies. Il faudra attendre bien plus tard, avec Napoléon, pour que le système bancaire français se stabilise.
Caricature : L'argent est le diable
Quant à John Law, il prend la fuite, poursuivi par ses investisseurs. L’homme qui voulait révolutionner l’économie finit sa vie en exil, détesté par ceux qu’il a ruiné.
Des échos modernes : des bulles qui éclatent encore
L’histoire de Law ressemble étrangement à des évènements économiques plus récents. La bulle Internet des années 2000, par exemple, a vu des investisseurs se ruer sur des startups promettant des révolutions numériques – avant que beaucoup ne s’effondrent faute de résultats concrets.
De même, la crise des subprimes en 2008 a montré ce qui se passe quand la confiance aveugle et la spéculation prennent le dessus sur la réalité économique.





