Ambroise Paré : Pionnier de la chirurgie moderne



Quand on évoque Ambroise Paré, c’est tout un pan de la Renaissance qui surgit, un âge de découvertes, d’innovation, mais aussi de brutalité et de guerres incessantes. Ce fils du Maine, né autour de 1510, a révolutionné la médecine et la chirurgie, souvent au milieu des champs de bataille ensanglantés. 

Armé d’un courage inébranlable, d’une curiosité insatiable et d’un instinct génial, Paré s’est imposé comme une figure légendaire, à l'origine d'avancées qui marquent encore la médecine moderne.

Un humble départ pour une destinée exceptionnelle

Né dans une modeste famille de Laval, Paré ne grandit pas entouré de livres ni de luxueuses académies. Au contraire, il apprend les bases de son futur métier en tant qu’apprenti barbier, coupant cheveux et soignant ulcères.

Attention cependant : à l'époque, les barbiers n'étaient pas que coiffeurs ! Leur maitrise des rasoires faisait d'eux les chirurgiens de l'époque. Ils apportait des soins médicaux comme le percement d'ulcères, d'hémorroïdes, ou encore les fameuses saignées.



un chirurgien barbier soigne le pied d'un paysan

Ces soins "mécaniques" étaient très mal vu par les médecins, issus d'une élite et qui ne touchaient presque pas au corps, soignant uniquement d'après la théorie. Si l'on force la trait, ils s'enfermaient dans les facultés, apprenant par coeur des ouvrages en grec ou en latin complètement dépassés, et ne réalisaient en fait qu'un travail théorique de la médecine (basé en plus sur de fausses théories, la belle affaire !). À l'inverse, les barbier et les religieux agissaient de manière plus pragmatique contre la maladie, et pour répondre à la souffrance du malade.

Une des problématiques qui empêcha le développement de la médecine durant le moyen-âge, c'est que jamais les savoirs antiques n'ont été remis en question, et l'on chercha donc peu à améliorer les connaissances médicales. Les ouvrages de Claude Gallien, et la théorie des humeurs d'Hippocrates s'étaient vus érigés comme des vérités générales, perdurant à l'encontre de l'esprit scientifique. De toute façon, l'Eglise avait sacralisé le corps, interdisant les dissection, donc la recherche.

Loin des faccultés, c’est à l’Hôtel-Dieu de Paris, un hospice tenu par des religieux, où l'on envoit les malades bien plus pour mourir que pour se faire soigner,  qu'Ambroise, au contact de la maladie et des cadavres, acquiert un savoir empirique inestimable.



Cour interieure de l'Hôtel Dieu de Paris

Contrairement à nombre de ses contemporains, il ne parle ni latin ni grec – hérésie dans le monde médical de l’époque –, mais compense largement par son génie pratique et son humanisme. Comme il le disait lui-même : « Ce n’est rien de feuilleter les livres si la main ne met en usage ce que la raison ordonne. »

Le chirurgien des champs de bataille : là où la nécessité forge l’innovation

C’est sur les champs de bataille d’Europe que Paré forge sa réputation. Il commence en 1537, lors de la bataille du Pas de Suse, où il est confronté à des blessures provoquées par les armes à feu, technologie en pleine expansion

À l’époque, la méthode standard pour traiter les plaies causées par les arquebuses consistait à appliquer de l’huile bouillante pour "purifier" la blessure – une technique barbare et souvent mortelle.

Mais un jour, faute d’huile bouillante, Paré improvise : il applique un simple pansemant imbibé d'un mélange à base de jaune d’œuf, d’huile rosée et de térébenthine. Contre toute attente, les blessés pansés ainsi s’en sortent mieux. Cette découverte marque un tournant dans les traitements chirurgicaux.



Récolte de térébenthine, dans la sève des arbres. La molécule est toujours utilisée en médecine.

Loin de s’arrêter là, Paré perfectionne les amputations, abandonnant le fer rouge pour cautériser les plaies et introduisant la ligature des artères (technique à la base de la chirurgie encore aujourd'hui, qui vise à comprimer les artières en amont de la zone à opérer pour éviter une émmoragie).  C'est une méthode moins traumatisante, plus efficace et surtout salvatrice. Ses techniques, testées et éprouvées sur le terrain, sauveront des milliers de vies



Ambroise Paré opère un soldat

«Je le pansai, Dieu le guérit»

La modestie de Paré transparaît dans sa célèbre devise :

"Je le pansai, Dieu le guérit." 

Derrière ces mots simples se cache un respect profond pour la vie humaine, une rareté à une époque où la médecine était souvent brutale et expéditive.

Paré s’oppose fermement aux pratiques les plus cruelles, préférant chercher des moyens d’apaiser la douleur plutôt que de la prolonger inutilement.

Son humanisme transparaît également dans ses ouvrages, qu’il rédige en français plutôt qu’en latin : il veut que ses connaissances soient accessibles à tous, pas seulement aux érudits.



Illustration d'un ouvrage d'Ambroise Paré : les différentes blessures sur le champ de bataille

Chirurgien des rois et témoin des grandes heures de l’histoire

Ambroise Paré n’est pas seulement un médecin ; il est aussi le chirurgien attitré de quatre rois de France : Henri II, François II, Charles IX et Henri III. Ces monarques, fascinés par son habileté et son esprit novateur, le protègent contre l’opposition féroce des médecins universitaires, jaloux de son succès.

Paré est aux premières loges de moments cruciaux de l’histoire : il soigne Henri II après un tournoi funeste en 1559. Le Roi a une lance enfoncé dans le crâne que le chirurgien ne peut enlever à l'aveugle, il décide d'un plan pour sauver le roi : reproduire sa blessure sur un condamné à mort, pour pouvoir étudier la position de la lance dans le crâne, et l'extirper sans tuer le souverain. Un pauvre condamné a le crâne transpercé par une lance, et Paré étudie son crâne toute la nuit. Pourtant, malgré ses efforts, il ne peut empêcher la mort du Roi.



Henri II touché à la tête lors d'un tournois

Il est également présent lors des guerres de religion qui ensanglantent la France, assistant Charles IX dans des campagnes militaires et échappant de justesse au massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, grâce à la protection du roi.

Un héritage indélébile

Ambroise Paré a laissé une empreinte indélébile dans le domaine médical :

- Instruments chirurgicaux : il conçoit et perfectionne de nombreux outils, comme des prothèses mécaniques pour les amputés.



Une prothèse de jambe, imaginée par Paré

Asticothérapie : bien avant que la science ne confirme son efficacité, Paré remarque que les asticots nettoient les plaies et favorisent leur cicatrisation.
- Publications novatrices : ses ouvrages, comme "La Méthode de traiter les plaies faites par les arquebuses", sont des références majeures qui inspireront des générations de chirurgiens.

Paré incarne aussi un esprit de tolérance religieuse rare pour son époque. Bien qu'il soit souvent considéré comme protestant, sa foi semble avoir été discrète, pragmatique, à l’image de l’homme : un penseur centré sur l’action et le bien commun.

Une vie rocambolesque, un génie intemporel

Ambroise Paré est un modèle d’audace et de ténacité, un homme qui a su transformer la douleur des champs de bataille en avancées médicales durables. De son enfance modeste à sa position de chirurgien des rois, de ses improvisations sur le terrain à ses découvertes fondamentales, il a marqué son siècle et les suivants.

En paraphrasant son contemporain Emile Littré : « Il n’était pas qu’un homme de son temps ; il était un homme pour tous les temps