Les Guerres d'Italie



Les guerres d’Italie, qui s’étalent de 1494 à 1559, représentent une période tumultueuse de l’histoire européenne, durant laquelle l'Italie est le théâtre de onze conflits successifs.

Ces affrontements impliquent la France, l'empire Habsbourg, et les multiples États italiens, qui basculent d'un camp à l'autre selon leurs interêts. Déclenchée en premier lieu par les revendications des rois de France sur le royaume de Naples et le duché de Milan, ces guerres deviennent rapidement le théâtre d’une lutte pour la domination européenne entre les rois français et Charles Quint.

Les origines

Une péninsule divisée

À la fin du XVe siècle, l’Italie est une mosaïque d'États indépendants :

  • Au sud, le royaume de Naples
  • Au nord, le duché de Milan, la république de Florence, et des cités comme Venise et Gênes au nord.
  • Au centre, les États pontificaux, sur lesquelles gouverne le pape.

La péninsule ainsi divisée attire les convoitises étrangères.



L'Italie au XVème siècle

L'intervention française

Les revendications françaises sur le royaume de Naples remontent à l’époque des Angevins. En 1266, Charles Ier d'Anjou, frêre du roi de France Saint Louis, accède au trône de Naples, sur lequel sa famille règne près de deux siècles avant d'en être chassé par les Aragonais, en 1442, à l'issue d'une querelle de succession. Lorsque Charles VIII devient roi de France en 1483, il hérite aussi de ces droits théoriques sur Naples et décide de les faire valoir.

En parallèle, les querelles dynastiques internes à l'Italie offrent à Charles VIII une occasion rêvée. Ludovic Sforza, régent de Milan, appelle le roi de France à intervenir dans le conflit de succession qui l'oppose à son neuveux, soutenu par le royaume de Naples.

Charles VIII saisit cette opportunité et entame une campagne militaire ambitieuse, qui doit restaurer ses droits sur le trône de Naples.



Ludovic Sforza, régent de Milan, cherche un allié puissant face à Naples.

Premières guerres d'Italie : De Naples à la Ligue de Venise

La première guerre d’Italie (1494-1497) débute avec l’entrée triomphale de Charles VIII en Italie. À la tête d’une armée puissante, soutenue par une artillerie moderne et redoutée, il traverse les Alpes et conquiert Naples en 1495.



Entrée de Charles VIII à Naples

Cependant, son occupation est éphémère : l’arrogance française provoque la constitution d’une coalition, la Ligue de Venise, réunissant les grandes puissances italiennes, l’Espagne, le Saint-Empire et le pape.

Lors de la bataille de Fornoue (1495), bien que victorieux, Charles VIII doit battre en retraite, abandonnant Naples. Cette première campagne montre la vulnérabilité des ambitions françaises face à la résistance italienne et aux alliances européennes.



Charles VIII (à cheval) et le chevalier Bayard (à pied) à Fornoue

Sous Louis XII : Les campagnes contre Milan et Naples

Successeur de Charles VIII, Louis XII revendique à son tour des droits sur l’Italie. Par sa grand-mère Valentine Visconti, princesse milanaise, il estime pouvoir légitimement réclamer le duché de Milan.

En 1499, lors de la deuxième guerre d’Italie, il conquiert Milan en 1500. Après sa conquête, son ambition s’étend aussi au royaume de Naples.

Une alliance avec l’Espagne par le traité de Grenade (1500) lui permet de conquérir le royaume de Naples, qu'il partage avec Ferdinand d'Aragon.  Mais, après des litiges concernant la répartition des terres, cette alliance se retourne contre lui. Les Espagnols, menés par Gonzalve de Cordoue, écrasent les Français à la bataille de Cérignole (1503) et s’emparent de Naples.



Gonzalve de Cordoue découvre la dépouille de Louis d'Armagnac

Même si Louis XII parvient à garder le duché de Milan, l'implantation française ne prens pas vraiment en Italie du nord : l'hostilité de la population et des royaumes voisins rends le duché très instable. Il est finalement perdu en 1512 après l'assaut de la ligue sainte, une nouvelle coalition anti-française qui regrouppe le pape, l'Espagne et de nombreux États italiens.

François Ier et la bataille de Marignan

Avec l’accession de François Ier en 1515, les guerres d’Italie connaissent un tournant spectaculaire.

Le jeune roi, en quête de gloire et de légitimité, mène son armée à travers les Alpes pour rétablir une présence française en Italie. Sa victoire à la bataille de Marignan (septembre 1515) contre les Suisses ouvre la voie à la reconquête du duché de Milan.



François Ier à Marignan.



La campagne de François Ier

François tente de sécuriser sa conquête par la diplomatie. Il se réconcilie avec le pape Léon X, grâce au concordat de Boulogne. Puis, il signe le traité de Noyon (1516) avec Charles Quint, qui pacifie provisoirement les relations entre la France et l’Espagne : François Ier laisse le royaume de Naples au roi d'Espagne, en échange de quoi celui-ci reconnaît les droits français sur le duché de Milan. 

Le duel François Ier – Charles Quint

L’élection de Charles Quint en 1519 comme empereur du Saint-Empire romain germanique intensifie les rivalités franco-espagnoles. Encerclée par les territoires des Habsbourg, la France tente de briser l'hégémonie de Charles Quint en Europe. Pour cela, elle doit lutter sur plusieurs fronts : en Flandre et en Bourgogne, mais aussi en Italie.

Les guerres d'Italie prennent ainsi un nouveau virage : commencées pour étendre l'influence française dans une idée de projection exterieure, elles deviennent une nécessité pour un royaume qui cherche à briser son encerclement.



La France dans l'Europe de Charles Quint

En 1521 débute la quatrième guerre d'Italie. Charles Quint, allié au pape et aux cantons suisses, chasse les français de Milan. Trois ans plus tard, en 1524, François Ier traverse les Alpes avec 40 000 hommes pour récupérer Milan. Après avoir pris la ville, il se tourne vers Pavie, où il pose le siège. 

En février, les troupes française sont écrasés par une armée de renforts. La bataille de Pavie est un désastre pour François Ier, qui perd ses meilleurs chevaliers, et qui est lui même capturé.

Emprisonné en Espagne, le roi de France est contraint de signer le traité de Madrid (1526), dans lequel il renonce à ses ambitions italiennes. Mais dès sa libération, il dénonce ce traité et reforme une alliance anti-Habsbourg avec le papeVenise et Florence. C'est la Ligue de Cognac.



La ligue de Cognac (en bleu) contre l'Empire Habsbourg et ses alliés (vert)

Les guerres prennent une nouvelle dimension avec le sac de Rome en 1527, lors duquel des troupes impériales mutinées, originaires d'allemagne protestante, pillent la ville et capturent le pape Clément VII. Ce choc affaiblit durablement la papauté et témoigne de la montée du protestantisme en Europe.



Le sac de Rome

Le déclin des ambitions françaises

Les dernières guerres d’Italie marquent l’affaiblissement des prétentions françaises face à l’hégémonie de Charles Quint. Sous Henri II, la France concentre ses forces dans les Flandres, et l'Italie devient un théâtre d'opération secondaire. Les défaites françaises à Saint-Quentin (1557) et Gravelines (1558), dans le nord de la France, poussent Henri II à négocier avec les espagnols.

Les traités du Cateau-Cambrésis (1559) mettent fin aux guerres d’Italie. La France renonce définitivement à ses revendications sur Naples et Milan, tandis que l’Espagne consolide son emprise sur l’Italie.



traités du Cateau-Cambrésis

Bilan et héritage des guerres d’Italie

Les guerres d’Italie, bien que coûteuses et souvent infructueuses pour la France, transforment durablement l’Europe. Militairement, elles marquent l’émergence d’une révolution militaire, avec l’essor de l’artillerie et des armées professionnelles. Politiquement, elles consacrent la domination des Habsbourg sur l’Europe.

Culturellement, elles favorisent la diffusion de la Renaissance italienne à travers l’Europe, influençant l’art, l’architecture et la pensée.

En Italie, elles inaugurent une ère de domination étrangère, où les États italiens seront soumis à une tutelle espagnole et autrichienne.



Quiz de révision

-Il veut faire valoir ses droits sur le royaume de Naples
-Le régent de Milan l'appelle à intervenir dans une guerre de succession
-La péninsule est divisée, donc vulnérable aux interventions extérieures.
Faux ! Charles VIII est défait et doit abandonner Naples.
Charles Quint
Faux ! À l'issue du traité de Cateau-Cambrésis (1559), Henri II renonce définitivement à ses droits sur Naples et Milan, qui tombent sous l'emprise des Habsbourg.
Elles participent à propager la Renaissance en France et en Europe.